Pagina-afbeeldingen
PDF
ePub
[ocr errors]

82 MERCURE DE FRANCE. » fons, comme celles de ce Prince » sembloient être plutôt l'effet de con

caprice & de ses pallions, que le fruit de ses réflexions & le choix de son

» cælir.

Marguerite ne fut

pas

entièrement » exempte du reproche de cruauté que » mérita Charles IX, si toutefois on » peut comparer des excès passagers à un » vice habituel. Mais, de tous ces Rois, » Henri III fut celui avec qui elle eur » un rapport plus marqué. En les re

gardant l'un & l'autre, on croyoic » voir la Majesté du trône. Tout, dans » Henri III , annonçoit un Roi; tout, » dans la four, annonçoit une Reine. » D'une beauté surprenante, elle éclip» soit par ses grâces, fon enjouement » & le don de plaire, des femmes

qui pouvoient la surpasser par la dé» licatesse des traits & la justesse des

proportions. Elle joignoit à un teint

animé, des cheveux du plus beau » noir, un regard doux, voluptueux » & tendre, une taille riche, une dé» marche noble, un port majestueux, » un air grand & un art exquis dans le » choix de ses parures. Pour achever » le portrait de la Reine de Navarre,

» & sa rellemblance avec le Prince allal. » finé à Saint-Cloud , il faut nous la w peindre , tantôt prosternée aux pieds » des Autels, entendant plusieurs Messes » dans un jour, visitant les Hôpitaux, » distribuant, le jour de sa naissance & » aux Fêtes folennelles, cent écus d'or » aux malheureux, entrerenant annuel» lement cent onze pauvres, quarante » Prêtres Anglois, bâtissant & enrichisin sant les Monastères, entr’autres, celui » des Jésuites à Agen , & celui des

Augustins du Fauxbourg S. Germain; » passant des exercices de piété aux plai» firs les plus sensuels , & se livrant

après une retraite fainte & austère » aux raffinemens de toutes les voluptés. » C'est dans ce mélange bisarre de dé* votion & de galanterie , qu'elle finic » ses jours. Elle unit le luxe & la va» nisé à l'amour des Lettres; la musi» que & la danse aux études les plus » sérieuses; la charité chrétienne à l'in

justice. Marguerite affectoit de pa„ roître souvent dans les Temples ; elle » donnoit le dixième de fes revenus » aux pauvres; avoit à la suite des Gens » de Lettres, qui subsistoient de ses » libéralités ; & fe piquoic d'un autre

CC

côté, d'entretenir toujoursquelque in

trigue , d'imaginer de nouvelles fêtes, » & de ne jamais payer fes detres. Enfin, » cette Reine fembloit 'née pour ap» prendre aux Princesses à venir, quelles

disgrâces entraînent l'abus des talens, » la fougne des passions & le défaut de

principes ».

Nous ne nous rappelons pas d'avoir va ailleurs que dans cette histoire l'anecdote suivante, sur l'enfance de Henri IV. Ce Prince n'avoit alors que quatre ans. « Il étoit, dit un Historien » fi gentil & fi difpos', que le Roi » ( Henri II) résolut dès lors de le faire '» elever auprès du Dauphin François'; » & l'ayant careilé & embrassé plusieurs

fois,'il lui demanda s'il vouloit être x fon fils; ceļai-ci répondit aufli-côt en » Béarnois, en fe tournant vers le Roi » de Navarre : Quet es lo Seigne Pay: » Celui-ci est Monsieur mon père. Henri » Il prenant plaisir à fon jargon, lui » dit encore : Puifque vous ne voulez » pas être mon fils, voulez-vous être » mon gendre. O ! Oui, bien,

pondir-il avec vivacité. Dès lors ont w artêta dans les deux Cours un ma

riage qui paroiffuit commencé fous, * d'heureux auspices

[ocr errors]

Nous ne croyons pas devoir passer sous filence les réflexions que fait M. de Mongez sur le caractère de Charles IX; caractère dont il affure avoir faic une étude suivie. Elles nous paroissent très-bien fondées. « Les Historiens , » dit-il, trop attachés à jeter cour l'o» dieux des massacres faits fous fon » nom, sur Catherine de Médicis,

chargée de l'exécration de la postérité, » paroissent n'avoir pas assez approfondi » le génie de ce Prince. éblouis par » quelques lueurs d'espérance qu'il » donna au commencement de fon règne, » ils n'ont pas vu qu'il étoit natii» rellement dur, féroce, fanguinaire. » Ses amusemen's en portoient l'em

preinte; au sein des jeux & des plai» lics, il fe laissoit emporter aux vio» lences les plus affreufes : il voulut un » joar' tuer un Seigneur avec qui il ve» noit de jouer ; & ce dernier ne dut >> fon falut qu'à la porte du cabiner,

qu'il eut l'adresse de fermer für lui. » L'assassinat projeté du Duc de Guise » sert à confirmer ce portrait. D'après

. » cela, ne peut-on pas

croire

que

Char» les IX n'eur besoin que de fa férocité: do naturelle, pour concevoir l'horrible,

projer de faire périr un million de ses

Sujets en une senle nuit? Que Ca» therine lait entretenu dans ces noires » idées, on ne peut en douter; mais » elles ont cercaineinent pris naissance » dans l'imagination d'un Prince sujet

à des accès de fureur , tels que ceux » qu'on vient de citer ».

On trouve à la fin du volume le Mémoire justificatif que Marguerite de Valois composa en 1574, pour Henri IV, alors Roi de Navarre , lorsque ce Prince fut conduit à Vincennes avec le Duc d'Alençon, frère de Charles IX & de Henri lil. Cette pièce est trèspropre à faire connoître l'esprit & le génie de la Reine de Navarre.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

Histoire de la décadence & de la chûte de

l'Empiré Romain, par M. Gibbon;
Ouvrage traduit de l'Anglois

. Tome I
in-12. relié, 3 1. A Paris, chez Mou-
tard & les Frères Debure , Libraires,
quai des Augustins.

On sera curieux de comparer cet Duvrage aux Confiderations sur les causes de la grandeur & de la décadence des Romains de l'illuftre Montesquieu.

« VorigeDoorgaan »