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propriétaires, quelque puissants que ceux-ci puissent avoir été, nous ne pouvons espérer comprendre les progrès par lesquels l'industrie et le commerce anglais ont atteint la suprématie. » Quant à ce qui regarde la réglementation des salaires, ce qui est le principal argument de Rogers, M. Cunningham répond qu'ils n'étaient pas régulièrement déterminés par les juges, et que, quand ils l'étaient, leurs décisions restaient sans résultats (p. 200).

HISTOIRE LOCALE. - Dans l'histoire politique de l'Angleterre durant le XVIIe siècle, spécialement dans l'opposition aux rois Stuarts, Londres joua un rôle très important. « Il n'est pas exagéré de dire, »> écrit Macaulay, « que, sans l'hostilité de la Cité, Charles Ier n'aurait jamais été vaincu, et que, sans l'aide de la Cité, Charles II n'aurait guère pu être restauré. » M. Reginald R. SHARPE, un des conservateurs des archives de la cité de Londres, a eu l'heureuse idée d'exposer, dans un récit détaillé, la nature et l'importance de l'influence que la capitale a exercée sur la vie politique de la nation. Le second volume' de son ouvrage traite la période de 1603 à 1714. Il est en grande partie basé sur les archives de la Cité même et contient plusieurs nouvelles informations et des extraits de plusieurs documents inédits. Malheureusement l'auteur est à peine à la hauteur de la tâche qu'il s'est donnée, et il n'a pas complètement réussi à l'accomplir. Il connait mal l'histoire générale du siècle, et il ne fait pas ressortir les points saillants de son sujet avec force et clarté. Il n'a pas non plus complété ses documents inédits, comme il aurait dû le faire, à l'aide d'autres sources contemporaines déjà publiées. Il n'explique pas assez pourquoi les bourgeois penchèrent, à un moment, vers le parti populaire et, à un autre, vers celui du roi, et il laisse trop dans l'obscurité les causes des transformations politiques qu'il rapporte. Néanmoins, c'est un livre d'une réelle valeur.

Deux biographies, qui ont récemment paru, sont aussi une utile contribution à l'histoire de Londres. Abraham Reynardson, lordmaire en 1648-49, fut destitué par le Parlement en 1649 pour avoir refusé de proclamer la République, puis rétabli à la restauration de la monarchie. Reynardson était le maître de la compagnie des marchands tailleurs en 1640, et l'un de ses successeurs dans cet office, M. C. M. CLODE, a eu l'idée d'écrire sa vie; il a donné quelques détails biographiques sur d'autres bourgeois remarquables de cette époque et exposé la contribution levée par le roi et le Parlement sur la com

1. London and the Kingdom, a history derived mainly from the archives at Guildhall, in the custody of the corporation of the City of London. Vol. II. London, Longmans, Green and C, 1894.

REV. HISTOR. LXII. 1er FASC.

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pagnie des marchands tailleurs, ajoutant ainsi quelques faits nouveaux à ceux que l'on connaissait sur Reynardson lui-même1.

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Thomas Papillon 2 fut un des meneurs de la rébellion contre Charles II. Lui et John Dubois, tous deux fils de huguenots exilés, furent, en 1682, candidats du parti des whigs pour les fonctions de shériff, mais, bien qu'appuyés par les voles d'une grande majorité des électeurs, les candidats de la cour furent déclarés élus par le lord-maire. Pour son entêtement à chercher une réparation légale, Papillon fut injustement condamné à 250,000 fr. d'amende, et fut obligé de se réfugier en Hollande jusqu'à la révolution de 1689.

Il faut aussi mentionner une collection de documents judiciaires, qui jettent beaucoup de lumière sur l'état social de Londres durant ce siècle, c'est-à-dire les archives du comté de Middlesex. Elles se composent d'actes d'accusation, de certificats relatifs aux procès, à des renvois aux assises prononcés par les jurys et d'autres actes de la même nature, qui montrent comment la justice était rendue et la loi mise en pratique3. On peut voir dans ces volumes avec quelle sévérité étaient appliquées les lois contre les catholiques et les nonconformistes, l'inefficacité de la législation puritaine pour la réforme des mœurs dans la capitale de l'Angleterre.

Parmi les autres livres se rapportant à l'histoire locale, trois ou quatre méritent une mention spéciale. L'histoire de Hampton-Court, par M. E. LAW, contient plus de choses que son titre ne l'indique *. L'auteur cherche à donner non seulement une histoire complète de la construction du palais, mais aussi un récit détaillé de tous les événements historiques qui eurent lieu dans ses murs pendant la période étudiée. Aussi discute-t-il tout au long les caractères et les mœurs des monarques qui, de temps en temps, habitèrent le palais, et les événements sociaux ou politiques qui s'y rapportent; et il rassemble souvent des faits intéressants pour les uns et pour les autres. Mais c'est seulement comme répertoire de faits concernant la construction du palais, son ameublement, ses galeries de tableaux, etc., que l'ouvrage servira aux historiens.

1. London during the great Rebellion, being a memoir of Sir Abraham Reynardson, by C. M. Clode. Londres, Harrison et fils, 1892.

2. Memoir of Thomas Papillon of London, merchant, 1623-1702, by A. F. W. Papillon. Reading. Printed for the author, 1887.

3. Midlesex county Records. Vol. II, 1625; III, 1625-1667, 1888; IV, 1667-1668. Edited by John Cordy Jeaffreson; published by the Middlesex county Records society.

4. The History of Hampton-Court-Palace, by E. Law. Londres, Bell, 3 vol., 1892.

Les deux livres sur l'histoire locale de la guerre civile, mentionnés en note1, sont d'utiles monographies. Celle de M. COTTON peut être consultée avec profit par les historiens de la période en général.

CONCLUSION.Notons, avant de finir, le progrès du Dictionnaire de biographie nationale, dont le tome XLIV vient de paraître. On estime que l'ouvrage demandera encore seize ou vingt volumes au plus, et que, à raison d'un volume tous les trois mois, il sera terminé dans quatre ou cinq ans au plus. C'est une entreprise qui fait le plus grand honneur à l'éditeur, M. George Smith, au courage et à la libéralité duquel il est dû. L'Université d'Oxford a récemment conféré à M. Smith la distinction honorifique de maître ès arts; elle aurait plutôt dû lui décerner le titre plus élevé de docteur honoraire, titre qu'elle donne souvent à des personnes qui ont rendu de moindres services aux lettres et qui ont moins mérité d'être distinguées par un corps savant. Depuis son origine, le Dictionnaire a subi un changement de directeur. Les tomes de I à XXII furent édités sous la direction de M. Leslie STEPHEN; les tomes XXIII-XXVI parurent à la fois, sous les noms de MM. Stephen et Lee; des raisons de santé obligèrent alors M. Stephen à se retirer et, depuis lors, le fardeau de l'entreprise a été supporté par M. Lee seul. Ce Dictionnaire est indispensable à tous ceux qui s'occupent de l'histoire d'Angleterre. Pour la plupart, les articles sont l'œuvre de spécialistes dans les différentes branches; ils reposent sur un examen nouveau des sources et sur des documents nouveaux, dont beaucoup ont été récemment publiés. Grâce aux inventaires des papiers d'État et aux rapports de la Commission des manuscrits historiques, beaucoup d'anciennes erreurs ont été corrigées. Pour mon propre compte, ce que j'y trouve de plus utile, ce ne sont pas les biographies des grands personnages, quelque bonnes qu'elles soient, mais les notices claires et complètes sur les personnages secondaires de l'histoire d'Angleterre. Ils aident beaucoup à comprendre les mouvements littéraires et politiques de cette époque. De plus, comme il n'y a aucune bonne bibliographie de l'histoire moderne de l'Angleterre, les indications bibliographiques que contiennent les articles rendent les plus grands services. En ce qui concerne spécialement les articles du Dictionnaire sur le xvIIe siècle, on peut dire que les premiers souverains du temps, Jacques Ier et Charles, sont traités par M. GARDINER, à qui sont égale

1. Barnstaple and the northern part of Devonshire during the Civil war, 1642-1646, by R. W. Cotton. Printed for the author, 1889. Hertfordshire during the great Civil war, by A. Kingston. Hertford, Austin, 1895. 2. Dictionary of national biography. Londres, Smith Elder.

ment dues les vies de Henriette-Marie et de l'archevêque Laud. Les vies des derniers monarques, Charles II et Jacques II, et des deux filles de Jacques II sont dues au D' A. W. WARD. M. STEPHEN préfère s'occuper des grands écrivains, comme, par exemple, Dryden, Milton et Hobbes, mais sa vie du duc de Marlborough nous fait regretter qu'il ne se soit pas plus souvent essayé à des articles politiques. Dans cet article sur Marlborough et dans celui de M. J. M. RIGG sur Penn, les accusations de Macaulay contre ces deux personnages sont discutées, et, pour la plupart, réfutées. De semblables rectifications se trouvent dans la vie de Jacques II, par le Dr Ward, mais, dans la vie de John Graham, vicomte de Dundee, par M. T. F. Henderson, le verdict de l'auteur est au fond plus en accord avec les idées de Macaulay sur la carrière de Dundee qu'il ne s'accorde avec ceux qui le combattent. Il y a beaucoup d'autres articles qui méritent une mention spéciale. J'ai déjà parlé des séries de biographies maritimes du prof. Laughton, contribution de la plus grande valeur pour l'histoire maritime de la période. M. Osmund AIRY, le savant éditeur des lettres de Lauderdale, a fourni une excellente vie du duc de Lauderdale et aussi de Gilbert Burnet, sur lequel il prépare actuellement un travail très soigné. Parmi les biographies des savants, à nous en tenir toujours au XVIIe siècle, celles du D' MOORE sur William Harvey et de M. GLAZEBROOK sur sir Isaac Newton sont les plus importantes. Une autre série d'articles, sur de grands hommes, se compose de biographies d'auteurs dramatiques. La vie de Ben Johnson, par le prof. HERFORD, celle de Fletcher, par M. BULLEU, et celle de Otway, par M. LEE, avec les nombreuses vies d'acteurs par M. Joseph KNIGHT, méritent une attention particulière. Il y a évidemment des erreurs de détail dans beaucoup d'articles, mais elles ne sont pas nombreuses. Il y a aussi de très consciencieux travaux qui décrivent la vie de personnes sans importance avec une excessive minutie, et une bonne proportion n'est pas toujours gardée dans la longueur relative des articles. Néanmoins, il est universellement reconnu par de bons juges que l'exécution de ce grand ouvrage n'a fait que s'améliorer en avançant.

C. H. FIRTH.

COMPTES-RENDUS CRITIQUES.

Paul WENDLAND. Die Therapeuten und die philonische Schrift vom beschaulichen Leben (Extrait du t. XXII supplémentaire des Jahrbücher für classische Philologie). Leipzig, Teubner, 1895. In-8°, 75 pages.

Le traité de la Vie contemplative, attribué à Philon, a de tout temps suscité de nombreuses controverses. C'est un fait si singulier que l'apparition dans le judaïsme, au 1er siècle ap. J.-C., de cette institution monastique des Thérapeutes, décrite par Philon, qu'on a le plus souvent nié l'authenticité de ce traité pour le faire descendre à une époque beaucoup plus basse. Gratz y a vu l'œuvre d'un gnostique ou d'un montaniste du ire ou du me siècle; Lucius l'a mis au ive, et, en méconnaissant le caractère judaïque, il y a trouvé la glorification du monachisme et une imitation des apologistes chrétiens. Renan le croyait de l'école de Philon, d'un de ses disciples immédiats, mais le considérait comme une œuvre fictive, composée par un Juif, pour offrir un idéal de la vie ascétique sous la forme d'un tableau de fantaisie; il se déclarait cependant prêt à se rendre à une solide démonstration philologique qui eût restitué la Vie contemplative à Philon. C'est cette démonstration à la fois philologique et historique qu'a tentée M. W. avec talent et conviction, et aussi, du moins sur la question d'authenticité, avec succès.

Il a pris pour point de départ l'excellente étude de Conybeare sur les manuscrits de Philon (Philo about the contemplative Life. Oxford, 1895). Le traité de la Vie contemplative était sans doute dans le Corpus d'où viennent tous les manuscrits de Philon; il a été utilisé par Eusèbe, Lactance, Origène et très vraisemblablement aussi par Clément d'Alexandrie; il a donc été écrit avant le ive siècle; en second lieu, la parenté étroite qu'offre ce traité avec l'apologétique juive du premier siècle, la préface qui nous le montre comme la suite d'un autre ouvrage de Philon, la polémique qu'il soutient indirectement contre la théologie et la philosophie stoïciennes du er siècle, en particulier contre le philosophe stoïcien Chaeremon, nous obligent à placer la naissance du traité à la même époque. En troisième lieu, l'étude minutieuse de la langue et du style prouve qu'il est bien de Philon; un falsificateur n'aurait jamais pu imiter aussi exactement son modèle. M. W. nous paraît avoir pleinement démontré cette première partie de sa thèse. Mais que penser des Thérapeutes? Ont-ils réellement existé?

M. W., après nous avoir fait d'après Philon le tableau complet de la vie que menaient ces moines juifs sur les bords du lac Maréotis, en Égypte,

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