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son retour. Ce fut sa dernière mission à l'extérieur. Il avait fait preuve dans ses fonctions d'une certaine clairvoyance, d'une connaissance étendue de l'échiquier européen; il avait été un agent zélé, rompu au détail des affaires. Il en avait été largement récompensé, car il avait été nommé successivement évêque de Vannes, archevêque de Vienne, membre du conseil privé. Mais ces faveurs, il ne les avait pas obtenues sans appui il s'était tout d'abord dévoué au connétable de Montmorency et à sa politique; après Saint-Quentin, il fit volte-face et se tourna vers le soleil levant, vers François de Guise. Il racheta, il est vrai, cette faiblesse par sa conduite dans les troubles qui suivirent l'avènement du triste François II. A l'assemblée des Notables, il se rangea aux côtés de son compatriote, le chancelier de L'Hospital, et prononça contre les princes lorrains, leurs partisans, leur politique envahissante et dangereuse pour l'autorité royale, des paroles véhémentes qui le firent tomber en disgrâce. Il mourut exilé dans son abbaye de Saint-Pierre de Melun, le 2 décembre 1560. S'il semble impossible de dire avec M. Pierre de Vaissière qu'il fut un « diplomate de premier ordre » (p. 437), on lui accordera du moins qu'il a rempli de la façon la plus honorable des missions difficiles; ses mémoires, sa correspondance ajoutent beaucoup à ce que nous savions déjà sur la diplomatie européenne au milieu du xvIe siècle, et l'on n'étudiera plus, sans les consulter, l'histoire des luttes de Charles-Quint contre les protestants, surtout au moment de la fameuse diète d'Augsbourg'.

Le titre que M. E. FOURNOL a donné à sa substantielle étude : Bodin, précurseur de Montesquieu (A. Rousseau), donne une idée inexacte de ce qu'elle contient, car elle est en réalité une analyse, fort bien faite d'ailleurs, des idées politiques exposées par Bodin tant dans sa << Methodus ad facilem historiarum cognitionem » (1566) que dans sa << République » (1576), des origines de ces idées et de l'influence

1. Le style de M. P. de Vaissière est généralement clair et correct. Il faut cependant signaler une incorrection choquante qu'un ancien élève de l'École des chartes ne devrait pas commettre; il écrit : « les de Marillac,» « les de Lastic,»« le jeune de Marillac, » comme si, à cette époque-là, il existait une particule nobiliaire. M. P. de V. écrit aussi plusieurs fois Wirtemberg, ailleurs Würtemberg. Quant au nom de Marillac, il a eu raison de lui conserver son orthographe traditionnelle, bien que ce nom provienne de Marlhac, ou ChastelMarlhac, cant. de Saignes, arr. de Mauriac (Cantal). Charles de Marillac avait dix frères et sœurs. Un de ses frères, Guillaume, eut sept enfants de deux lits différents; de son premier mariage il eut Michel, qui fut garde des sceaux de France, et du second Louis, qui fut maréchal de France et décapité sous Richelieu.

qu'elles ont exercée sur les écrivains politiques du xvire et du XVIIIe siècle, Montesquieu et Rousseau en particulier. M. Fournol montre même que Rousseau paraît devoir plus à Bodin que Montesquieu. Si ce dernier a puisé dans la République cette théorie de l'influence des climats à laquelle il a fait une si grande place, il faut dire que cette théorie, dont Bodin est bien certainement l'initiateur, n'a pour ainsi dire pas d'application dans son système politique; ses idées sur la souveraineté, considérée dans son essence et dans ses manifestations, se retrouvent dans Rousseau, qui connaissait Bodin, surtout à travers Althusius. M. Fournol expose d'ailleurs finement non seulement les obligations que Montesquieu et Rousseau doivent à Bodin, mais aussi les divergences qui les séparent de lui, divergences qui s'expliquent peut-être plus encore par la différence des temps que par celle des esprits. La vie de Montesquieu par exemple offre un curieux parallélisme avec celle de Bodin; au lieu de construire, comme Rousseau, une machine politique d'après des raisonnements abstraits, ils cherchent dans les constitutions des divers peuples l'esprit des lois qui les régissent. Mais Bodin vivait au temps de la Ligue, et le spectacle de l'anarchie au sein de laquelle s'agitait la nation française' l'amenait à considérer les bienfaits qu'on devait attendre d'une monarchie absolue, gouvernant sans contrôle conformément aux lois de la nature, tandis que Montesquieu, en face d'une monarchie qui ne se maintenait que par des procédés tyranniques, cherchait et indiquait les limites qu'il fallait opposer au despotisme.

Le traité d'Utrecht attribua, comme on sait, la Sicile, avec le titre de roi, à Victor-Amédée, duc de Savoie. Cette acquisition était plus brillante en apparence qu'en réalité; quand il alla prendre possession de l'ile, Victor-Amédée constata bientôt que ses revenus étaient loin de suffire à ses dépenses, et que cet agrandissement territorial était pour le Piémont bien plus onéreux qu'utile. En outre, l'empereur, à qui les traités d'Utrecht réservaient Naples, refusait d'accéder au traité et prétendait ne rien abandonner du royaume des Deux-Siciles; et c'était pour Victor-Amédée une perpétuelle menace de guerre. Comment sortir de cette impasse? Quel avantage retirer de cette coû

1. Bodin publia sa République en français peu de semaines avant l'ouverture des États généraux à Blois en 1576. Il en donna lui-même une traduction latine qui parut en 1584. M. Fournol a eu l'heureuse idée de comparer les deux textes. Le latin est parfois plus précis. Cette comparaison permet en outre de préciser le sens de certains termes techniques de la langue latine employée, soit par les humanistes de la Renaissance, soit même par les scolastiques.

teuse acquisition? Ne valait-il pas mieux encore l'échanger, mais contre quoi? Le Milanais eût été à sa convenance, mais l'empereur prétendait garder ce beau duché et, d'autre part, voici que la France, l'Angleterre et les Pays-Bas concluent la triple-alliance sur la base du respect des traités, de ces mêmes traités que Victor-Amédée voulait modifier à son profit. Enfin les projets d'Albéroni en Italie décidaient l'empereur à se rapprocher de la triple-alliance. Du même coup, l'Espagne était arrêtée et le Piémont sacrifié; il devait échanger la Sicile contre la Sardaigne, plus pauvre encore. Ces neuf années (1713-1722) avaient été pour le malheureux Victor-Amédée une série de déboires; il avait déployé en pure perte toutes les ressources d'un génie fertile en intrigues. C'est l'histoire de cette période, de ces intrigues, de ces déboires, qu'a racontée M. Alfred BARAUDON dans un volume bien documenté, bien composé, très attachant: la Maison de Savoie et la triple-alliance (Plon). L'étude des documents conservés aux affaires étrangères lui a permis d'éclaircir quelques points obscurs, en particulier l'entreprise souterraine et compliquée poussée en 1717 vers un échange entre la Sicile et le Milanais. Naturellement, M. Baraudon a été amené à refaire l'histoire de la triplealliance, des rapports du régent avec Georges Ier, des projets aventureux d'Albéroni, et plus d'une fois l'histoire du petit royaume italien disparaît dans l'ensemble des affaires européennes; mais c'est moins la faute de l'historien que du sujet lui-même; et, d'ailleurs, il ne se passe rien en Europe où Victor-Amédée n'ait l'œil ou la main, et si, en fin de compte, on le traite en quantité négligeable, c'est que ses ressources n'étaient pas assez grandes pour son génie. M. Baraudon a bien mis en relief la singulière figure de ce principicule allié aux premières maisons royales de l'Europe et qui a si fortement tracé la politique qu'avait à suivre et que suivit la maison de Savoie.

La biographie du conventionnel Vadier, président du comité de sûreté générale, par M. Albert ToURNIER', se lit avec intérêt. L'auteur a réuni sur ce personnage beaucoup de faits et de documents, dont plusieurs sont nouveaux; la trame de son livre est lâche, les traits dont se compose la physionomie du personnage sont distribués sans art; son caractère 2 et son œuvre sont appréciés avec une indul

1. Vadier, président du comité de Sûreté générale sous la Terreur. Flammarion (Nouvelle collection historique).

2. C'est Philarète Chasles qui paraît avoir le mieux jugé Vadier. Voy. le passage de ses Mémoires cité par M. Tournier, p. 305.

gence qui paraît avoir sa source dans les opinions personnelles de l'auteur plutôt que dans l'observation critique des faits; mais l'ouvrage est très consciencieux et l'auteur d'une entière bonne foi. S'il n'a pas réussi à rendre l'individu bien intéressant, la faute en est surtout à Vadier lui-même, à cet ancien juge au présidial de Pamiers, qui devint un inquisiteur sèchement impitoyable, à ce méridional, exalté à froid, perfidement ironique, qui se vantait d'avoir été toujours le strict observateur de la foi, et qui s'associa aux plus cruelles mesures ordonnées par le gouvernement révolutionnaire. Aucune noblesse de sentiment chez ce parfait policier, qui, maintenant encore, demeure pour nous une énigme1.

Il y a peu de sujets plus dignes de solliciter l'attention anxieuse des historiens que la formation de l'unité allemande. M. E. DENIS l'a abordé de front et magistralement traité dans son volume sur l'Allemagne de 1789 à 18102. Ce n'est pas une œuvre d'érudition; l'auteur, qui s'adresse au grand public, n'a mis aucune référence au bas de ses pages et n'a donné en tête de chaque chapitre qu'une bibliographie sommaire; mais on sent à chaque page que ce livre est le fruit de lectures étendues; les faits sont abondants, sûrs et bien choisis; mais, ce qui vaut mieux encore, l'auteur sait les dominer; il en marque avec force les causes et l'enchaînement; il a fort bien exposé comment se forma l'idée de l'unité allemande dans le courant du XVIe siècle, quels obstacles elle rencontra dans la constitution même de l'Allemagne, quels services lui rendit la Révolution française, pourquoi l'Allemagne put être si longtemps dominée par la France sans d'abord en souffrir, comment elle fut secouée de son apparente résignation et sous l'empire de quelles influences s'opéra le réveil du sentiment national. L'auteur s'arrête en 1810, mais, bien qu'on ne nous en prévienne point, il ne s'en tiendra pas là, car son volume manque de conclusion. Cette conclusion, évidemment, on la trouvera dans le récit de la guerre de l'Indépendance et dans l'histoire des traités de 1815. Tel qu'il est, le présent volume, fortement

1. La préface mise par M. Jules Claretie en tête du volume est ce qu'on devait attendre du facile et bienveillant écrivain qui a sauvé de l'oubli tant de faits curieux sur les hommes et les choses de la Révolution. Peut-être le biographe de Camille Desmoulins aurait-il pu préciser le rôle de Vadier lors du procès des Girondins; peut-être l'historien des derniers Montagnards, qui sait les haines féroces qui animèrent les Conventionnels de factions rivales les uns contre les autres, aurait-il pu parler d'eux avec des expressions moins édulcorées et sentimentales. Il fait d'ailleurs un juste éloge du livre de M. Tournier. 2. May et Motteroz (Bibliothèque d'histoire illustrée).

pensé, écrit avec précision, est d'une lecture aussi émouvante qu'instructive.

On nous permettra de signaler seulement, sans nous y arrêter, le recueil de courtes biographies sur les Maréchaux de Napoléon, publié par M. Désiré LACROIX (Garnier frères); il plaira aux enfants des écoles: le grand public même y trouvera une médiocre récréation. Il n'en sera pas ainsi pour le nouveau volume de M. Geoffroy DE GRANDMAISON: Napoléon et ses récents historiens (Perrin, in-12). C'est un recueil d'articles sur des ouvrages récents, comme ceux de MM. Masson, Vandal, Houssaye, etc., ou sur des mémoires écrits par les contemporains: Macdonald, le général Bigarré, etc. L'auteur juge ces livres et l'homme qui en est l'objet en historien bien informé, en royaliste déclaré, en catholique militant. Cette note très personnelle n'est pas désagréable, et, comme M. de Grandmaison a étudié de fort près l'histoire religieuse sous le premier Empire, ce sont les chapitres sur les rapports de Napoléon avec l'Église de France et le pape qui sont les plus intéressants; çà et là on y pourra glaner quelques citations nouvelles ou heureusement rajeunies.

L'Histoire de la troisième république, que M. E. ZEVORT commence chez Alcan (Bibliothèque d'histoire contemporaine), est un résumé clair et saisissant des événements qui se sont accomplis chez nous depuis le Quatre Septembre; elle est écrite avec autant d'impartialité qu'on peut le demander à un historien qui a vu lui-même de près les événements, à un contemporain qui a dû faire son choix entre les opinions et les partis en présence depuis un quart de siècle. C'est un républicain et un libéral, admirateur de l'œuvre si considérable accomplie par Gambetta pendant la guerre et par Thiers durant sa présidence. Son premier volume s'arrête au 24 mai 1873, époque pour laquelle nous sommes très richement documentés et qu'on peut traiter en pleine connaissance de cause. En appendice, M. Zevort a publié divers documents, déjà connus par ailleurs, mais qui jettent une vive lumière sur certains épisodes de la guerre ou des débats parlementaires à l'Assemblée nationale.

M. Pierre DE COUBERTIN a étudié le même sujet que M. Zevort, à peu près dans le même esprit et avec les mêmes nuances d'opinion; mais il a développé l'histoire entière de ces vingt-cinq années en un seul volume, moins compact de beaucoup que le t. I de M. Zevort'. C'est assez dire que le détail des faits est beaucoup moins abondant;

1. L'Évolution française sous la troisième république. Plon et Nourrit, 432 p. in-8°.

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