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donner insensiblement ces moyens abréviateurs purement romains, qui d'ailleurs finissaient par ne plus répondre aux usages et aux formules d'une société qui s'était renouvelée sous l'influence du christianisme 1.

Aussi, bien avant l'entière exclusion de ces an: ciens systèmes, au ixe siècle, un grand nombre de copistes en étaient venus à faire usage de l'écriture pleine?, en y introduisant quelques abréviations d'une interprétation facile. Ces abréviations, dues à d'ingénieuses combinaisons qu'avait fait imaginer l'emploi des sigles et des notes de Tiron, ne présentant plus d'obscurité ni d'équivoque, furent adoplées par la généralité des scribes et des moines copistes qui leur donnèrent beaucoup de vogue.

Au vie et au vue siècle, on les rencontre en petit nombre et d'un mécanisme simple. Mais elles deviennent plus abondantes et se compliquent au vilio,

4 Au me siècle, saint Cyprien, évêque de Carthage, avait déjà compris la nécessité d'augmenter les notes de Tiron de toutes celles qui convenaient à l'usage des chrétiens. En effet, le langage théologique avait des expressions et des formules particulières, que les abréviations romainės ne pouvaient rendre.

Celle-ci n'avait pas cessé d'être cultivée malgré l'emploi de ces modes abréviateurs. « Quoique cette sorte d'écriture abrégée, disent les Diplom. BB., en parlant des notes de Tiron, fut à la mode, elle n'était ni assez commune, ni assez sûre pour qu'on put se passer de l'écriture ordinaire. »

sous le glorieux règne de Charlemagne, époque mémorable où l'écriture et les études furent renouvelées. C'est alors que les moines, qui se ressentirent les premiers des bienfaits de l'instruction, apportèrent plus d'ardeur et d'habileté dans la transcription des manuscrits. Mais le besoin d'aller vite et d'économiser le vélin qui était très-cher leur fit multiplier les abréviations. Elles reçurent donc un tel accroissement 1 et une systématisation si régulière qu'elles constituèrent du vie au xvie siècle un véritable art brachygraphique, dont la méthode fut généralement suivie par les moines copistes des différents États de l'Europe.

Cet art des abréviations, qui allégeait le travail de la transcription, contribua puissamment à multiplier les manuscrits et à former de la sorte de riches bibliothèques dans les monastères où, avant

Dom de Vaines nous donne le tableau suivant de la progression des abréviations : « Moins rares peu après le vie siècle, leur nombre augmenta considérablement au vile; elles se multiplièrent bien davantage au ixo; le xe enchérit à cet égard sur les précédents; au xie, il n'y a pas de lignes dans les manuscrits et les chartes où il n'y en ait plusieurs : on en compte jusqu'à huit et dix dans une même ligne. Dans des manuscrits du XIIe au XIIIe et dans les deux suivants on porta cet usage à l'excès. L'écriture en fut farcie, même dans les ouvrages en langue vulgaire et dans les premiers exemplaires de l'imprimerie. » (Diction. diplom., vo Abrév.) Voy, nos Spécimens d'écrit. des xie et XIVe siècles, P. XLVIII, nos II, III.

l'invention de l'imprimerie, on n'avait pas d'autres ressources que la plume pour se faire des livres. Les graveurs en lettres ont employé les abréviations non moins utilement; souvent même ils ont rendu leurs inscriptions obscures à force de les abréger pour leur faire trouver place dans l'espace trop circonscrit d'une médaille ou d'un marbre.

Enfin, cette brachygraphie, qui vint si bien en aide aux nombreux copistes du moyen âge ?, fut aussi bien accueillie de nos premiers typographes qui, pendant près de deux siècles, en chargèrent leurs éditions. Il y avait pour eux comme pour les scribes économie de temps et de matière 2. Aussi un seul de leurs énormes et compactes in-folios gothiques en produirait au moins trois des nôtres, s'il fallait aujourd'hui le réimprimer en toutes lettres.

* Le nombre des copistes était prodigieux; outre les moines, il y en avait de laïques. On en comptait, peu de temps avant la découverte de l'imprimerie, plus de dix mille dans les seules villes de Paris et d'Orléans qui vivaient de ce pénible métier de la transcription. Il fallait deux ans d'un travail soutenu à un copiste pour transcrire la Bible sur vélin.

* Ces avantages, qui n'ont pas besoin d'être démontrés, ont été avoués hautement par les imprimeurs des xve et xvie siècles. Jansen, dans son Essai sur l'origine de la gravure en bois, cite une chronique imprimée à Lubeck, en 1475, sous le titre de Rudimentum novitiorum, où il est dit qu'on y a adopté les abréviations afin de pouvoir réduire tout l'ouvrage en un seul volume, et en rendre par là l'acquisition plus facile. (Voy. t. II, art. Calligraphie, p. 33.)

Ainsi donc, si tant d'abréviations produites par cette brachygraphie sont venues obscurcir nos textes gravés ou écrits du moyen âge, n'est-ce pas une nécessité pour celui qui veut déchiffrer ces textes avec conscience d'étudier préalablement les règles qui président à la construction de chaque genre d'abréviation, et, par ce moyen, de se rendre facile la lecture des chartes, des manuscrits, des inscriptions métalliques et lapidaires ? Car, vouloir procéder autrement, c'est une témérité d'autant plus blåmable qu'elle a déjà donné lieu à de nombreuses et graves erreurs.

En effet, celui qui n'entend rien à la valeur et au mécanisme des signes, comment pourra-t-il distinguer fuit d'avec fuerit, prænotandum d'avec probandum, pater d'avec pariter ou præter, primo d'avec probatio, alia d'avec animalia, apostolus d'avec amplius, causc d'avec creare, inter d'avec intelligitur, et bien d'autres abréviations semblables qui ne diffèrent entre elles que par les signes ? (Voy. P. XLVI, no 4.) Le sens de la phrase n'est pas toujours un guide sûr en pareille occurrence, surtout quand ce sens dépend du mot qu'on ne pcut interpréter.

Il résulte donc de ce que nous venons de dire que les graveurs en lettres, les scribes et les copistes anciens, les uns pour renfermer une longue inscription dans un petit espace, les autres pour rendre plus expéditif le travail de la transcription, ont fait usage des différents modes suivants d'abréger l'écriture, savoir :

1° Par sigles; 2° par contraction ; 3° par suspension; 4° par signes abréviatifs; 5° par petites lettres supérieures; 6° par lettres abréviatives; 70 par lettres monogrammatiques et enclavées, et 80 par signes particuliers.

On concevra maintenant comment de ces différents modes employés simultanément et diversement combinés entre eux est résultée cette prodigieuse quantité d'abréviations, dont les formes sont si variées, si capricieuses, et qui abondent surtout dans les écritures du ville au xvje siècle.

L'explication que nous allons donner de chacun de ces modes abréviateurs apprendra d'abord à résoudre à la première vue un grand nombre d'abréviations simples, et rendra ensuite plus facile l'usage de notre Dictionnaire.

I

ABRÉVIATIONS PAR SIGLES

Les sigles, dans la rigueur du mot et selon la plus commune étymologie (singulæ litteræ), sont des

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