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gratuitement, ainsi que l'Organisateur; la prédication était ouverte aux quatre coins de Paris; un grand nombre de jeunes gens de talent et de mérite se faisaient apôtres et prêtaient le secours de leur plume. Tout cela produisait une grande illusion; surtout en province. Aussi examinons ce que devenait cette Eglise de Marseille, que nous avons laissée au moment où M. Dory ouvrait la salle des prédications. Nous allons commencer à être instruits des mécomptes qui préparaient sourdement la ruine du Saint-Simonisme.

Grande fut la sensation à Marseille de voir un jeune homme, jusque-là inconnu, se poser comme missionnaire d'une religion nouvelle. Plus grand encore fut peut-être l'étonnement du jeune homme, lorsqu'il se vit ainsi débutant en public; lui, timide, mal à l'aise, peu présomptueux jusqu'alors.

Lorsqu'il se souvient cependant de la facilité avec laquelle il faisait ses discours, de la présence d'esprit avec laquelle il répondait à toutes les objections, et surtout de la confiance, de la foi, de l'enthousiasme qu'il avait pour sa doctrine, il se méconnaît lui-même, et se demande si quelque puissance supérieure n'agissait pas en secret sur lui.

Et, cependant, le désenchantement arriva bientôt. Il faut voir

1 Voici les noms des Saint-Simoniens qui ont eu le plus de réputation, et comme apôtres et comme écrivains ;

Bazard Saint-Amand. - Enfantin, ex-employé à la caisse d'amortissement.Olinde Rodrigues, Juif, ex-commis-associé d'une maison de banque.-Stéphane Flachat, ex-élève de l'école polytechnique. -Michel Chevalier, id. et ingénieur des mines du nord. -Henri Fournel, id, ingénieur chargé de la direction de la fonderie du Creuzot.-Lambert, id. Reynaud, id. Hoart, id., ex-capitaine d'artillerie. Bouffard, id., ex-capitaine d'état-major.-Ch. Al. de St-Chéron. -Duveyrier, ex-avocat.-Em. et J. Pereire.-Jean Terson, ex-prêtre.—Granal. -Gustave d'Eichthal.-Leroux.-Laurent.-Edouard Charton.-Hercule Bourdon.-Aicard.-Paul Rochette.-P. Verrolot.-G. Cazavan.-Barrault.-Decourdemanche, avocat. -H. Baup, id. -Robinet, ex-notaire.-Demay. — Joncières.-H. Lagarmite, avocat à Strasbourg.–Guéroult.-L. Delaporte.—Em. Rousseau. Cavel.-E. Pouyat. - Cherruel.-Alex. Petit.-Olivier. - Lemonnier. -Holstein.--Resseguier.—Talabot.—Bruneau, ex-capitaine au corps royal d'état-major, etc.

Les principales femmes étaient Cécile Fournel.-Claire Bazard, sœur du père suprême.-Caroline Simon.-Aglaé St-Hilaire. - Palmyre, Claire et Marie Ta lon. Julie Fanfernault, héroïne de juillet.

dans son livre, comment il fut accablé peu à peu. On le repousse de toutes les sociétés; on lui parle de sinistres desseins formés par le peuple contre lui; ce n'est rien que ces difficultés, mais il est mal compris par ses auditeurs, mal apprécié ; les hommes à passions basses se disent ses amis. Bref, il en vient à juger que ceux qu'il catéchise ne sont guère dignes des peines qu'il se donne pour eux et des privations qu'il s'impose. Car il est privé de l'amitié et des caresses de sa famille. Oh! c'est que c'est une privation bien grande que celle des joies du foyer; un père et une mère, qui vous voient prospérer avec orgueil; une épouse. qui vous aime et se glorifie plus de son amour et du vôtre que de toutes les gloires; des enfans, qui remplissent une maison de bruit et de vie. Oh! oui, tous ces visages comme toutes ces voix amies, valent mieux que toutes les sciences et que toutes les gloires.... Et le cœur du jeune Saint-Simonien en était brisé, et, ne trouvant aucune compensation à tant de privations, il tournait ses espérances vers le Ciel, et s'écriait : « Bienheureux ceux >> qui souffrent persécution pour la justice. » Et ces paroles, tirées d'une religion qu'il voulait renverser, jetaient encore une espèce de consolation au fond de son cœur. - Enfin, ne pouvant sou→ tenir sa situation, il ferme son école et se retire à la campagne, dégoûté, sceptique, ni Chrétien, ni Saint-Simonien.

Les chrétiens, clairvoyans, prévoyaient la même fin aux gran¬ des joies des St.-Simoniens de Paris. Il m'en souvient encore : à cette époque, il m'arrivait souvent de diner au Palais-Royal avec plusieurs rédacteurs d'un journal catholique, qui alors attirait à lui de nombreuses sympathies. Après le dîner, nous passions une partie de la soirée au café Valois, où se rendaient aussi plusieurs St.-Simoniens, entre autres, MM. D., M., P., R.; ceux-ci soulevaient de nombreuses discussions, qui transformaient le café en salle de conférences, au grand déplaisir de la dame du comptoir. Il me semble les entendre accordant de magnifiques funérailles au Christianisme, et proclamant la glorification de la religion nouvelle. « Voyez-nous, disaient-ils, déjà nous avons des » églises et des apôtres dans toutes les villes; Hoart, à Toulouse; » Lemonnier, à Montpellier; Laurent, à Rennes; Leroux, à Lyon; » Talabot, à Brest; Bouffart, à Limoges; Jules Lechevalier et » Adolphe Guéroult, à Rouen; Duverger, en Belgique; d'Eichthal,

>> en Angleterre, etc.; nous sommes partout, vivans, vainqueurs, >> et le Christianisme est partout vaincu, muet, mort....» - Et nous répondions : « Vous êtes des enfans, la prospérité d'un jour >> vous fascine; ce que vous avez de bon, vous l'avez volé au Ca>> tholicisme; c'est là ce qui fait votre vie. Ce qui vous est propre >> est peu de chose, et c'est ce qui vous perdra. Voyez : déjà vous >> êtes divisés en vous-mêmes le panthéisme vous gagne; vous » n'avez pas de morale; ce que vous voulez mettre à sa place n'a >> pas de nom. C'est le moment où vous allez tomber; car c'est le » moment où il vous faut agir et développer vos preuves, votre >> doctrine, votre morale; vous verrez......... »

Mais eux soutenaient et expliquaient leur panthéisme, développaient ét défendaient leur morale. Que si parfois quelque vieux voltairien, sortant du rôle d'auditeur passif, s'avisait de lancer quelques-unes de ses vieilles plaisanteries contre le Christianisme ou le sentiment religieux, ils le tançaient fièrement, et se fatiguaient, jusqu'à demander répit, à défendre l'immutabilité de leur croyance et l'immortalité de leur foi... Et cependant huit mois ne s'étaient pas passés, que tout ce bruit avait cessé; les chaires étaient muettes, les fonds à sec, le Globe mort, le Père et les apôtres réduits à une retraite forcée... Le St.-Simonisme avait passé, et le Christianisme poursuivait tranquillement sa carrière, sans presque avoir fait attention à l'existence de ce faible ennemi.

Mais c'est dans un autre article que nous ferons l'histoire des dogmes, de la décomposition et de la mort du St.-Simonisme.

A. BONNETTY.

Beaux-Arts.

TABLEAU HISTORIQUE

DE L'INFLUENCE DES PAPES SUR LES BEAUX-ARTS.,
DEPUIS LE IV SIÈCLE JUSQU'A NOS JOURS.

Troisième Article.

DEPUIS LE 9 SIÈCLE JUSQU'A LA FIN DU 15o.

Déjà, dans un premier article, nous avons vu comment les pontifes de l'Eglise chrétienne, à mesure qu'ils sortaient des catacombes qui les avaient cachés, s'occupèrent à conserver les monumens qui si long-tems avaient été témoins des supplices de leurs frères, et ouvrirent aux arts et aux sciences une nouvelle carrière à parcourir, celle de décorer et d'orner le culte nouveau, pur et céleste, dont ils étaient les premiers gardiens. En effet, nous avons suivi pendant neuf siècles les arts et les pontifes, et nous avons vu ces derniers se montrant les pères, les conservateurs, les protecteurs des arts et des artistes, sauvant les uns et les autres de la barbarie qui les dévorait et du paganisme au service duquel ils s'étaient humiliés. Dans un second article, nous avons parlé fort au long du bel ouvrage qui nous a conservé l'histoire de la naissance de l'art chrétien, et nous avons donné quelques explications servant à faire connaître la langue parlée dans les vieux livres qui s'occupent de nos monumens1. Aujourd'hui nous allons reprendre notre narration, et prouver par des faits que la salutaire influence des Souverains Pontifes sur les beaux-arts n'a jamais été interrompue,

1 Voir l'article inséré dans le N° 59, t. x, p. 347, et celui qui a paru dans le N° 61, ci-dessus, page 33 des Annales.

qu'au contraire elle s'est toujours soutenue à la hauteur du rôle que les premiers Papes s'étaient donné, et que le plus souvent ils ont devancé leur siècle et leurs contemporains.

DE LA FIN DU 9e AU 10° SIÈCLE.

Cette époque est généralement nommée par les écrivains modernes siècles d'ignorance, tems de ténèbres, et cependant, çà et là, brillent encore quelques lumières, qui sont d'autant plus vives qu'elles étaient entourées de plus d'obscurité. Les monastères échappés aux flammes et aux dévastations des barbares, par une permission toute providentielle, ouvrent leurs asiles pour y recueillir tout ce qui n'est pas détruit. Peintures, dyptiques, reliquaires, vases sacrés, objets d'art chrétiens ou profanes, manuscrits grecs et romains, ouvrages des Pères et Docteurs de l'Eglise, les moindres vestiges de l'antiquité, tout est ramassé précieusement du milieu des ruines. C'est alors que sont copiés et sauvés de l'entière destruction, les anciens auteurs: Tite-Live, Térence, Horace, Cicéron, Virgile, et à leur tête Homère. Ce sont de pauvres moines chrétiens qui passent le jour et la nuit à recueillir ces trésors de l'esprit humain pour les transmettre à la postérité 1; plusieurs furent les martyrs de la science 2.

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La haute impulsion donnée aux lettres par Charlemagne s'était éteinte sous l'influence des barbares. Cependant, au milieu de ce chaos et de ce bruit d'armes, tout n'est pas perdu sans retour, et les successeurs de saint Pierre vont être chargés de consoler le monde aux abois, et de faire sentir aux peuples désolés que tout n'est pas destiné à périr.

1 Voir à ce sujet deux articles remarquables des Annales. Le 1er intitulé : Des monastères qui ont conservé les auteurs profanes, No 2, p. 93 du tom. 1; l'autre intitulé : Des manuscrits perdus et retrouvés dans le moyen-âge, No 51, p. 193, du t. ix des Annales. Voir en outre les articles insérés par M. Achery (le p. Cahier) dans les tomes xvIII et XIX, sur les Bibliothèques des églises et des monastères du moyen-âge.

2 On connaît le dévouement héroïque de plusieurs religieux qui se laissèrent mutiler, martyriser, plutôt que de livrer les images sacrées, les livres saints, les trésors des églises, et qui, privés de la main droite, essayèrent de peindre encore les sujets pieux de la main gauche.

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