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)) nuelle sur le sort du peuple; c'étoit aussi par » des jeux de mots qu'on cherchoit à ridiculiser » mes sentimens. Je voudrois bien aimer d'au» tres que .vous, lorsque vous m'abandonnez; » je voudrois bien le pouvoir; mais je n'ai pas » cette consolation; vos ennemis et les miens » ont mis, entre eux et moi, une barrière que » je ne chercherai jamais à rompre, et ils doi« vent me haïr toujours, puisqu'ils m'ont » rendu responsable de leurs propres fautes. » Ce n'est pas moi cependant qui les ai en» courages à jouir sans mesure de leur an» cienne puissance, et ce n'est pas moi qui les » ai rendus inflexibles , lorsqu'il falloit comn mencer à traiter avec la fortune. Ah ! s'ils n'é» toient pas dans l'oppression, s'ils n'étoient M pas malheureux, combien de reproches n'au» rois-je pas à leur faire! Aussi, quand je les dé» fends encore dans leurs droits et leurs proprié» tes, ils ne croiront pas, je l'espère, que je » songe un instant à les regagner. Je ne veux » aujourd'hui ni d'eux ni de personne ; c'est de » mes souvenirs , de mes pensées, que je cher» che à vivre et mourir; quand je fixe mon at» tention sur la pureté des sentimens qui m'ont » guidé, je ne trouve nulle part une associa» lion qui ny convienne; et, dans le besoin ce» pendant que toute âme sensible en éprouve, » je la forme cette association, je la forme en » espérance avec les hommes honnêtes de tous » les pays, avec ceux, en si petit nombre, » dont la première passion est l'amour du bien » sur cette terre. »

M. Necker regrettoit amèrement cette popularité qu'il avoit, sans hésiter, sacrifiée à ses devoirs. Quelques personnes lui ont fait un tort du prix qu'il y attachoit. Malheur aux hommes d'état qui n'ont pas besoin de l'opinion publique! Ce sont des courtisans ou des usurpateurs; ils se flattent d'dbtenir, par l'intrigue ou par la terreur, ce que les caractères généreux ne veulent devoir qu'à l'estime de leurs semblables.

En nous promenant ensemble , mon père et moi, sous ces grands arbres de Coppet qui me semblent encore des témoins amis de ses nobles pensées, il me demanda une fois si je croyois que toute la France partageât les soupçons populaires dont il avoit été la victime dans sa route de Paris en Suisse. « Il me )) semble, me disoit-il, que dans quelques » provinces ils ont reconnu jusqu'au dernier » jour la pureté de mes intentions et mon atta« chement à la France? » A peiqe m'eut-il adressé cette question, qu'il craignit detre trop attendri par ma réponse. « N'en par» Ions plus, dit-il, Dieu lit dans mon cœur: » c'est assez. » Je n'osai pas, ce jour-là même, le rassurer, tant je voyois d'émotion contenue dans tout son être. Ah! que les ennemis d'un tel homme doivent être durs et bornés! C'est à lui qu'il falloit adresser ces paroles de Ben Johnson, en parlant de son illustre ami le chancelier d'Angleterre. « Je prie Dieu qu'il vous donne » de la force dans votre adversité; car, pour de » la grandeur vous n'en sauriez manquer. »

M. Necker, au moment où le parti démocratique , alors tout-puissant, lui faisoit des propositions de rapprochement, s'exprimoit avec la plus grande force sur la funeste situation à laquelle on avoit réduit l'autorité royale. Et, quoiqu'il crût peut-être trop à l'ascendant de la morale et de l'éloquence, dans un temps où l'on commençoit à ne s'occuper que de l'intérêt personnel, il se servoit mieux que personne de l'ironie et du raisonnement, quand il le jugeoit à propos. J'en vais citer un exemple entre plusieurs.

« J'oserai le dire, la hiérarchie politique étai) blie par l'assemblée nationalesembloitexiger, » plus qu'aucune autre ordonnance sociale, l'in» tervention efficace du monarque. Celte au» guste .édiation pouvoit seule, peut-être, » conserv£r les distances entre tant de pouvoirs » qui se rapprochent, entre tant d'élus à titres )) pareils, entre tant de dignitaires égaux par » leur premier état, et si près encore les uns » des autres par la nature de leurs fonctions et » la mobilité de leurs places; elle seule pouvoit » vivifier, en quelque manière, les gradations » abstraites et toutes constitutionnelles qui » doivent composer dorénavant l'échelle des » subordinations. » Je vois bien

» Des assemblées primaires qui nomment un » corps électoral;

» Ce corps électoral, qui choisit des députés » à l'assemblée nationale;

» Cette assemblée, qui rend des décrets, et » demande au roi de les sanctionner et de les » promulguer;

» Le roi qui les adresse aux départemens; » Les départemens qui les transmettent aux » districts;

» Les districts qui donnent des ordres aux » municipalités;

» Les municipalités qui, pour l'exécution de

» ces décrets, requièrent au besoin l'assistance

» des gardes nationales;

M Les gardes nationales qui doivent contenir » le peuple;

» Le peuple qui doit obéir.

» L'on aperçoit dans cette succession un ordre » de numéros, auquel il n'y a rien à redire; un, « deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, » neuf, dix; tout se suit dans la perfection. » Mais en gouvernement, mais en obéissance, » c'est par la liaison, c'est par le rapport moral » des différentes autorités , que l'ordre général » se maintient. Le législateur auroit une fonc» tion trop aisée, si, pour opérer cette grande « œuvre politique, la soumission du grand » nombre à la sagesse de quelques - uns , il lui M suffisoit de conjuguer le verbe commander, et )) de dire comme au collége, je commanderai, » tu commanderas, il commandera, nous com» manderons, etc. 11 faut nécessairement, pour » établir une' subordination effective , et pour » assurer le jeu de toutes les parties ascendantes )) et descendantes, qu'il y ait entre toutes les » supériorités de convention, une gradation » proportionnelle de considération et de res» pect. Il faut, de rang en rang, une distinction » qui impose, et, au sommet de ces gradations,

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