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» présentent à tous les hommes éclairés les » bases fondamentales de la liberté civile et po» litique d'une nation. Il falloit donc les placer » hors de ligne dans l'acte constitutionnel , et » l'on ne devoit pas les confondre avec les » nombreuses dispositions que l'on vouloit » soumettre à un renouvellement continuel de » discussion.

» Pourquoi ne l'a-t-on pas fait ? C'est qu'en » assignant à ces articles une place marquée » dans la charte constitutionnelle, on eût mon» tré distinctement deux vérités que l'on vouloit » obscurcir.

» L'une , que les principes fondamentaux de » la liberté francoise se trouvoient en entier, » ou dans le texte , ou dans l'esprit de la décla» ration que le monarque avoit faite le 27 dé» cembre 1788, et dans ses explications subsé» quentes.

» L'autre, que tous les ordres de l'état, que » toutes les classes de citoyens , après un pre» mier temps d'incertitude et d'agitation, au» roient fini vraisemblablement par donner leur » assentiment à ces mêmes principes, et l'y » donneroient peut-être encore, s'ils étoient » appelés à le faire. »

On les a vus reparoître, ces articles qui constituent l'évangile social, sous une forme à peu près semblable dans la déclaration du 2 mai , datée de Saint-Ouen , par Sa Majesté Louis XVIII, et dans une autre circonstance dont nous aurons occasion de parler plus tard. Depuis le 27 décembre 1788, jusqu'au 8 juillet 1815, voilà ce que les François ont voulu quand ils ont pu vouloir.

Le livre du Pouvoir exécutif dans les grands états est le meilleur guide que puissent prendre les hommes appelés à faire ou à modifier une constitution quelconque; car c'est, pour ainsi dire , la carte politique où tous les dangers qui se présentent sur la route de la liberté sont signalés.

A la tête de cet ouvrage, M. Necker s'adresse ainsi aux François :

« Il me souvient du temps où, en publiant » le résultat de mes longues réflexions sur les » finances de la France , j'écrivois ces paroles : » Oui, nation généreuse, c'est à vous que je, » consacre cet ouvrage. Hélas ! qui me l'eût ...dit que, dans la révolution d'un si petit » nombre d'années, le moment arriveroit où » je ne pourrois plus me servir des mêmes » expressions, et où j'aurois besoin de tourner » mes regards vers d'autres nations, pour avoir

» de nouveau le courage de parler de justice » et de morale! Ah! pourquoi ne m'est-il pas » permis de dire aujourd'hui : C'est à vous que » j'adresse cet ouvrage, à vous, nation plus gé» néreuse encore, depuis que la liberté a dé» veloppé votre caractère, et la dégagé de » toutes ses gênes ; à vous, nation plus géné» reuse encore , depuis que votre front ne porte » plus l'empreinte d'aucun joug; à vous, na» tion plus généreuse encore , depuis que vous » avez fait l'épreuve de vos forces, et que vous » dictez vous-même les lois auxquelles vous » obéissez! — Ah! que j'aurois tenu ce langage » avec délices! mon sentiment existe encore; » mais il me semble errant, il me semble en » exil; et, dans mes tristes regrets, je ne puis, » ni contracter de nouveaux liens, ni reprendre, » même en espérance , l'idée favorite , et l'uni» que passion dont mon âme fut si long-temps » remplie. »

Je ne sais , mais il me semble que jamais on n'a mieux exprimé ce que nous sentons tous : cet amour pour la France qui fait tant de mal à présent, tandis qu'autrefois il n'étoit point de jouissance plus noble ni plus douce.

CHAPITRE 111.

Des divers partis dont l'assemblée législative

étoit composée.

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On ne peut s'empêcher d'éprouver un profond sentiment de douleur, lorsqu'on se retrace les époques de la révolution, où une constitution libre auroit pu être établie en France, et qu'on voit non-seulement cet espoir renversé, mais les événemens les plus funestes prendre la place des institutions les plus salutaires. Ce n'est pas un simple souvenir qu'on se retrace, c'est une peine vive qui recommence.

L'assemblée constituante, vers la fin de son règne, se repentit de s'être laissé entraîner par les factions populaires. Elle avoit vieilli en deux années, comme Louis XIV en quarante ans; c'étoit aussi par de justes craintes que la modération avoit repris quelque empire sur elle. Mais ses successeurs arrivèrent avec la fièvre révolutionnaire, dans un temps où il n'y avoit plus rien à réformer ni à détruire. L'édifice social penchoit du côté démocratique, et il falloit le relever en augmentant le pouvoir du trône. Toutefois, le premier décret de cette assemblée législative fut pour refuser le titre de majesté au roi, et pour lui assigner un fauteuil en tout semblable à celui du président. Les représentans du peuple se donnoient ainsi l'air de croire qu'on n'avoit un roi que pour lui faire plaisir à lui – même, et qu'en conséquence on devoit retrancher de ce plaisir le plus possible. Le décret du fauteuil fut rapporté, tant il excita de réclamations parmi les hommes sénsés ; mais le coup étoit porté, soit dans l'esprit du roi, soit dans celui du peuple; l'un sentit que sa position n'étoit pas tenable, l'autre embrassa le désir et l'espoir de la république.

Trois partis très-distincts se faisoient remarquer dans l'assemblée : les constitutionnels, les jacobins, et les républicains. Il n'y avoit presque pas de nobles, et point de prêtres parmi les constitutionnels ; là cause des privilégiés étoit déjà perdue, mais celle du trône se disputoit encore , et les propriétaires et les esprits sages formoient un parti conservateur au milieu de la tourmente populaire.

Ramond, Matthieu Dumas, Jaucourt, Beugnot , Girardin , se distinguoient parmi les

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