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nément tout ce qui avoit disparu devant elles. Les dangers dont l'ambition du premier consul menaçoit l'Angleterre, sont signalés avec autant de vérité que de force dans le discours que nous venons de citer. Le ministère anglois est donc amplement justifié d'avoir recommencé la guerre; mais quoiqu'il ait pu, dans la suite, prêter plus ou moins d'appui aux adversaires personnels de Bonaparte, il ne s'est jamais permis d'autoriser un attentat contre sa vie; une telle idée ne vint pas aux chefs d'un peuple de chrétiens. Bonaparte courut un grand danger par la machine infernale, assassinat le plus coupable de tous, puisqu'il menaçoit la vie d'un grand nombre d'autres personnes en même temps que celle du consul. Mais le ministère anglois n'entra point dans cette conspiration; il y a lieu de croire que les chouans, c'est-à-dire, les jacobins du parti aristocrate, en furent seuls coupables. A cette occasion pourtant, on déporta cent trente révolutionnaires, bien qu'ils n'eussent pris aucune part à la machine infernale. Mais il parut simple alors de profiter du trouble que causoit cet événement pour se débarrasser de tous ceux qu'on vouloit proscrire. Singulière façon, il faut le dire , de traiter l'espèce humaine! Il s'agissoi t d'hommes odieux , s'écriera -1 - on! Cela se peut, mais qu'importe? N'apprendrat-on jamais en France qu'il n'y a point d'acception de personnes devant la loi ? Les agens de Bonaparte s'étoient fait alors le bizarre principe de frapper les deux partis à la fois, lorsque l'un des deux avoit tort; ils appeloient cela de l'impartialité. Vers ce temps, un homme auquel il faut épargner son nom, proposa de brûler vifs ceux qui seroient convaincus d'un attentat contre la vie du premier consul. La proposition des supplices cruels sembloit appartenir à d'autres siècles que le nôtre; mais la flatterie ne s'en tient pas toujours à la platitude, et la bassesse est très-facilement féroce.

CHAPITRE VI.

De l'inauguration du concordat à NotreDame.

A L'époque de l'avénement de Bonaparte , les partisans les plus sincères du catholicisme , après avoir été si long-temps victimes de l'inquisition politique , n'aspiroient qu'à une parfaite liberté religieuse. Le vœu général de la nation se bornoit à ce que toute persécution cessât désormais à l'égard des prêtres, et qu'on n'exigeât plus d'eux aucun genre de serment; enfin, que l'autorité ne se mêlât en rien des opinions religieuses de personne. Ainsi donc, le gouvernement consulaire eût contenté l'opinion , en maintenant en France la tolérance absolue, telle qu'elle existe en Amérique, chez un peuple dont la piété constante et les mœurs sévères, qui en sont la preuve, ne sauroient être mises en doute. Mais le premier consul ne s'pccupoit point de ces saintes pensées; il savoit que si le clergé reprenoit une consistance politique, son influence ne pouvoit seconder que les intérêts du despotisme ; et, ce qu'il vou.* Tome H. 18..

loit, c'etoit préparer les voies pour son armée

au trône.

Il lui falloit un clergé comme des chambellans, comme des titres, comme des décorations , enfin , comme toutes les anciennes cariatides du pouvoir; et lui seul étoit en mesure de les relever. L'on s'est plaint du retour des vieilles institutions, et l'on ne devroit pas oublier que Bonaparte en est la véritable cause. C'est lui qui a recomposé le clergé , pour le faire servir à ses desseins. Les révolutionnaires, qui étoient encore redoutables, il y a quatorze ans, n'auroient jamais souffert que l'on redonnât aiusi une existence politique aux prêtres, si un homifle qu'ils considéroient, à quelques égards , comme l'un-d'entre eux, en leur présentant un concordat avec le pape, ne leur eût pas assuré que c'etoit une mesure très-profondément combinée, et qui servirait au maintien des institutions nouvelles. Les révolutionnaires , à quelques exceptions près, sont plus violens que rusés, et par cela même on les flatte quand.on les traite en hommes habiles.

Bonaparte assurément n'est pas religieux, et l'espèce de superstitiori dont on a pu decouvrir quelques traces dans son caractère, tient uniquement au culte de lui-même. Il croit à sa fortune, et ce sentiment s'est manifesté en lui de diverses manières ; mais, depuis le mahométisme jusqu'à la religion des pères du désert, depuis la loi agraire jusqu'à l'étiquette de la cour de Louis XIV, son esprit est prêt à concevoir, et son caractère à exécuter ce que la circonstance peut exiger. Toutefois son penchant naturel étant pour le despotisme, ce qui le favorise lui plaît, et il àurôit aimé l'ancien régime de France plus que personne , s'il avoit pu persuader au monde qu'il descendoit en droite ligne de saint Louis.

Il a souvent exprimé le regret de ne pas régner dans un pays où le monarque fût en même temps le chef de l'église, comme en Angleterre et en Russie-; mais, trouvant encore le clergé de France dévoué à la cour de Rome, il voulut négocier avec elle. Un jour il assuroit aux prélats que, dans son opinion, iï n'y avoit que la religion catholique de vraiment fondée sur les traditions anciennes; et, d'ordinaire, il leur montroit sur ce sujet quelque érudition acquise de la veille; puis , se trouvant avec des philosophes, il dit à Cabanis : Savez-vous ce que c'est que le concordat que je viens de signer? C'est la vaccine de la religion : dans cinquante c.ns il n'y en aura

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