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» nion est contraire à ce que nous avons enten. » du répéter après l'élection de Bonaparte. Voilà » la France, disoit-on , qui va se reprendre au » gouvernement d'un seul, c'est un point de » gagné pour la monarchie. Mais que signifient » de telles paroles ? Rien du tout; car nous ne » voulons pas parler indifféremment de la mo» narchie élective ou héréditaire , despotique » ou tempérée, mais uniquement de la monar» chie héréditaire tempérée; et sans doute que » le gouvernement d'un prince de l'Asie, le » premier qu'on voudra nommer, est plus dis» tinct de la monarchie d'Angleterre que la ré» publique américaine.

» Il est un moyen étranger aux idées répu» blicaines , étranger aux principes de la mo» narchie tempérée, et dont on peut se servir » pour fonder et pour soutenir un gouverne» ment héréditaire. C'est le même qui introdui» sịt, qui perpétua l'empire dans les grandes „ familles de Rome , les Jules , les Claudiens, » les Flaviens, et qui servit ensuite à renverser » leur autorité. C'est la force militaire, les pré»toriens, les armées de l'Orient et de l'Occi» dent. Dieu garde la France d'une semblable » destinée ! »

Quelle prophétie! Si je suis revenue plu

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sieurs fois sur le mérite singulier qu'a eu M. Necker dans ses ouvrages politiques, de prédire les événemens, c'est pour montrer comment un homme très - versé dans la science des constitutions, peut connoître d'avance leurs résultats. On a beaucoup dit en France que les constitutions ne signifioient rien , et que les circonstances étoient tout. Les adorateurs de l'arbitraire doivent parler ainsi , mais c'est une assertion aussi fausse que servile.

L'irritation de Bonaparte fut très-yive à la publication de cet ouvrage , parce qu'il signaloit d'avance ses projets les plus chers, et ceux que le ridicule pouvoit le plus facilement atteindre. Sphinx d'un nouveau genre, c'étoit contre celui qui devinoit ses énigmes que se tournoit sa fureur. Lạ considération tirée de la gloire militaire peut, il est vrai, suppléer à tout; mais un empire fondé sur les basards des batailles ne suffisoit pas à l'ambition de Bonaparte, car il vouloit établir sa dynastie, bien qu'il nc pût de son vivant supporter que sa propre grandeur.

Le consul Lebrun écrivit à M. Necker, sous la dictée de Bonaparte, une lettre où toute l'arrogance des préjugés anciens étoit combinée avec la rude âpreté du nouveau despotisme. On y accusoit aussi M. Necker d’être l'auteur

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du doublement du tiers, d'avoir toujours le même système de constitution, etc. Les ennemis de la liberté tiennent tous le même langage, bien qu'ils partent d'une situation très - différente. On conseilloit ensuite à M. Necker de ne plus se mêler de politique, et de s'en remettre au premier consul , seul capable de bien gouyerner la France : ainsi les despotes trouvent toujours les penseurs de trop dans les affaires. Le consul finissoit en déclarant que moi, fille de M. Necker, je serois exilée de Paris, précisément à cause des Dernières vues de politique et de finances publiées par mon père.

J'ai mérité depuis, je l'espère, cet exil aussi pour moi-même; mais Bonaparte, qui se donnoit la peine de connoître pour mieux blesser, vouloit troubler l'intimité de notre vie domestique , en me représentant mon père comme l'auteur de mon exil. Cette réflexion frappa mon père , qui ne repoussoit jamais un'scrupule; mais , grâces au ciel, il a pu s'assurer qu'elle n'approchoit pas un instant de moi.

Une chose très-remarquable dans le dernier ouvrage politique de M. Necker, peut-être supérieur encore à tous les autres, c'est qu'après avoir combattu dans les précédens avec beaucoup de force le système républicain en France, il examine dans cet écrit, pour la première fois, quelle seroit la meilleure forme à donner à ce gouvernement. D'une part, les sentimens d'opposition qui animoient déjà M. Necker contre le despotisme de Bonaparte, le portoient à se servir contre lui des seules armes qui pussent encore l'atteindre ; d'autre part, dans un moment où le danger d'exalter les esprits n'étoit pas à redouter, un politique philosophe se plaisoit à traiter dans toute sa vérité une question très-importante.

L'idée la plus remarquable de cet examen , c'est que, loin de vouloir rapprocher. autant que cela se peut une république d'une monarchie, alors qu'on se décide à la république, il faut au contraire puiser toute sa force dans les élémens populaires. La dignité d'une telle institution ne pouvant reposer que sur l'assentiment de la nation, il faut essayer de faire reparoître sous diverses formes la puissance qui doit , dans ce cas, tenir lieu de toutes les autres. Cette profonde pensée est la base du projet de république dont M.Necker détaille chaque partie , en répétant néanmoins qu'il ne sauroit en conseiller l'adoption dans un grand pays.

Enfin, il termine son dernier ouyrage par des considérations générales sur les finances.

Elles renferment deux vérités essentielles : l'une, que le gouvernement consulaire se trouvoit dans une beaucoup meilleure situation à cet égard , que celle où le roi de France avoit jamais été, puisque , d'une part, l'augmentation du territoire accroissoit les recettes , et que, de l'autre, la réduction de la dette diminuoit les dépenses ; que d'ailleurs, les impôts rendoient davantage, sans que le peuple fût aussi chargé, parce que les dixmes et les droits féodaux étoient supprimés. Secondement, M. Necker affirmoit , en 1802, que jamais le crédit ne pourroit exister sans une constitution libre; non assurément que les prêteurs de nos jours aiment la liberté par enthousiasme, mais le calcul de leur intérêt leur apprend qu'on ne peut se fier qu'à des institutions durables, et non à des ministres des finances qu’un caprice a choisis, qu’un caprice peut écarter, et qui, décidant du juste et de l'injuste au fond de leur cabinet, ne sont jamais éclairés par le grand jour de l'opinion publique.

En effet, Bonaparte a soutenu ses finances par le produit des contributions étrangères, et par le revenu de ses conquêtes ; mais il n'auroit pu se faire prêter librement la plus foible partie des sommes qu'il recueilloit par la force. L'on pourroit conseiller en général aux souverains

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