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du doublement du tiers, d'avoir toujours le même système de constitution, etc. Les ennemis de la liberté tiennent tous le même langage, bien qu'ils partent d'une situation très-différente. On conseilloit ensuite à M. Necker de ne plus se mêler de politique, et de s'en remettre au premier consul, seul capable de bien gouverner la France : ainsi les despotes trouvent toujours les penseurs de trop dans les affaires. Le consul fînissoit en déclarant que moi, fille de M. Necker, je serois exilée de Paris, précisément à cause des Dernières vues de politique et de finances publiées par mon père.

J'ai mérité depuis, je l'espère, cet exil aussi pour moi-même; mais Bonaparte, qui se donnoit la peine de connoître pour mieux blesser, vouloit troubler l'intpnité de notre vie domestique , en me représentant mon père comme l'auteur de mon exil. Cette réflexion frappa mon père , qui ne repoussoit jamais un scrupule; mais, grâces au ciel, il a pu s'assurer qu'elle n'approchoit pas un instant de moi.

Une chose très-remarquable dans le dernier ouvrage politique de M. Necker, peut-être supérieur encore à tous les autres, c'est qu'après avoir combattu dans les précédens avec beaucoup de force le système républicain en France, il examine dans cet écrit, pour la première fois, quelle seroit la meilleure forme à donner à ce gouvernement. D'une part, les sentimens d'opposition qui animoient déjà M. Necker contre le despotisme de Bonaparte, le portoient à se servir contre lui des seules armes qui pussent encore l'atteindre; d'autre part, dans un moment où le danger d'exalter les esprits n'étoit pas à redouter, un politique philosophe se plaisoit à traiter dans toute sa vérité une question très-importante.

L'idée la plus remarquable de cet examen , c'est que, loin de vouloir rapprocher, autant que cela se peut une république d'une monarchie , alors qu'on se décide à la république , il faut au contraire puiser toute sa force dans les élémens populaires. La dignité d'une telle institution ne pouvant reposer que sur l'assentiment de la nation , il faut essayer de faire reparoître sous diverses formes la puissance qui doit , dans ce cas, tenir lieu de toutes les autres. Cette profonde pensée est la base du projet de république dontM. Necker détaille chaque partie , en répétant néanmoins qu'il ne sauroit en conseiller l'adoption dans un grand pays.

Enfin, il termine son dernier ouvrage par des considérations générales sur les finances. Elles renferment deux vérités essentielles : l'une, que le gouvernement consulaire se trouvoitdans une beaucoup meilleure situation à cet égard , que celle où le roi de France avoit jamais été, puisque , d'une part, l'augmentation du territoire accroissoit les recettes, et que, de l'autre, la réduction de la dette diminuoit les dépenses; que d'ailleurs, les impôts rendoient davantage , sans que le peuple fût aussi chargé, parce que les dixmes et les droits féodaux étoient supprimés. Secondement, M. Necker affirmoit, en 1802, que jamais le crédit ne pourroit exister sans une constitution libre; non assurément que les prêteurs de nos jours aiment la liberté par enthousiasme , mais le calcul de leur intérêt leur apprend qu'on ne peut se fier qu'à des institutions durables, et non à des ministres des finances qu'un caprice a choisis, qu'un caprice peut écarter, et qui, décidant du juste et de l'injuste au fond de leur cabinet, ne sont jamais éclairés par le grand jour de l'opinion publique.

En effet, Bonaparte a soutenu ses finances par le produit des contributions étrangères, et par le revenu de ses conquêtes; mais il n'auroit pu se faire prêter librement la plus foible partie des sommes qu'il recueilloit par la force. L'on pourroit conseiller en général aux souverains qui veulent savoir la vérité sur leur gouvernement , d'en croire plutôt la manière dont leurs emprunts se remplissent, que les témoignages de lesrs flatteurs.

Bien que dans l'ouvrage de M. Necker , le premier consul ne pût trouver que des paroles flatteuses sur sa personne , il lança contre lui avec une amertume inouïe les journaux tous à ses ordres; et, depuis cette époque , ce système de calomnie n'a point cessé. Les mêmes écrivains sous des couleurs diverses n'ont pas dû varier dans leur haine contre un homme qui a voulu dans les finances l'économie la plus sévère , et dans le gouvernement les institutions qui forcent à la justice.

CHAPITRE VIII.

De l'exil.

Parmi toutes les attributions de l'autorité, l'une des plus favorables à la tyrannie, c'est la faculté d'exiler sans jugement. On avoit présenté avec raison les lettres de cachet de l'ancien régime , comme l'un des motifs les plus pressans pour faire une révolution en France; et c'étoit Bonaparte , l'élu du peuple , qui, foulant aux pieds tous les principes en faveur desquels le peuple s'étoit soulevé, s'arrogeoit le pouvoir d'exiler quiconque Jui dépla^soit un peu , et d'emprisonner, sans que les tribunaux s'en mêlassent, quiconque lui déplaisoit davantage. Je comprends, je l'avoue, comment les anciens courtisans, en grande partie, se sont ralliés au système politique de Bonaparte; ils n'avoient qu'une concession à lui faire, celle de changer de maître; mais les républicains que le gouvernement de Napoléon devoit heurter dans chaque parole, dans chaque acte , dans chaque décret, comment pouvoient-ils se prêter à sa tyrannie î

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