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guerre européenne. Or les jacobins désiroient cette guerre aussi vivement que les émigrés : car les uns et les autres croyoient qu'une crise quelconque pourroit seule amener les chances dont ils avoient besoin pour triompher.

Au commencement de 1792, avant la déclaration de guerre, Léopold, empereur d'Allemagne, l'un des princes les plus éclairés dont le dix-huitième siècle puisse se vanter, écrivit à l'assemblée législative une lettre, pour ainsi dire , intime. Quelques députés de l'assemblée constituante, Barnave, Duport, l'avoient composée , et le modèle en fut envoyé par la reine à Bruxelles à M. le comte de Mercy-Argenteau, qui avoit été long-temps ambassadeur d'Autriche à Paris. Léopold attaquoit dans cette lettre nominativement le parti des jacobins , et offroit son appui aux constitutionnels. Ce qu'il disoit étoit sans doute éminemment sage ; mais on ne trouva pas convenable que l'empereur d'Allemagne entrât dans de si grands détails sur les affaires de France, et les députés se révoltèrent contre les conseils que leur donnoit un monarque étranger. Léopold avoit gouverné la Toscane avec une parfaite modération, et l'on doit lui rendre la justice que toujours, il avoit respecté l'opinion publique , et les lumières du

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I

siècle. Ainsi donc il crut de bonne foi au bien que ses avis pouvoient produire. Mais dans les débats politiques, où la masse d'une nation prend part, il n'y a que la voix des événemens qui soit entendue ; les argumens n'inspirent que le désir de leur répondre.

L'assemblée législative , qui voyoit la rupture prête à éclater , sentoit aussi que le roi ne pouvoit guère s'intéresser aux succès des François combattant pour la révolution. Elle se défioit des ministres, persuadée qu'ils ne vouloient pas sincèrement repousser les ennemis dont ils invoquoient en secret l'assistance. On confia le département de la guerre, à la fin de 1791, à M. de Narbonne, qui a péri depuis dans le siége de Torgau. Il s'occupa avec un vrai zèle de tous les préparatifs nécessaires à la défense du royaume. Grand seigneur, homme d'esprit , courtisan et philosophe , ce qui dominoit dans son âme, c'étoit l'honneur militaire , et la bravoure françoise. S'opposer aux étrangers dans quelque circonstance que ce fût, lui paroissoit toujours le devoir d'un citoyen et d'un gentilhomme. Ses collègues se liguèrent contre lui, et parvinrent à le faire renvoyer : ils saisirent le moment où sa popularité dans l'assemblée étoit diminuée, pour se débarrasser d'un homme

qui faisoit son métier de ministre de la guerre aussi consciencieusement qu'il l'auroit fait dans tout autre temps.

Un soir M. de Narbonne, en rendant compte à l'assemblée de quelques affaires de son département, se servit de cette expression : « J'en » appelle aux membres les plus distingués de » cette assemblée. » Aussitôt la montagne en fureur se leya toute entière, et Merlin, Bazire et Chabot déclarèrent que tous les députés étoient également distingués : l'aristocratie du talent les révoltoit autant que celle de la naissance.

Le lendemain de cet échec, les autres ministres, ne craignant plus l'ascendant de M. de Narbonne sur le parti populaire, engagèrent le roi à le renvoyer. Ce triomphe inconsidéré dura peu, Les républicains forcèrent le roi à prendre des ministres à leur dévotion, et ceuxlà l'obligèrent à faire usage de l'initiative constitutionnelle pour aller lui-même à l'assemblée proposer la guerre contre l'Autriche. J'étois à cette séance où l'on contraignit Louis XVI à la démarche qui devait le blesser de tant de manières. Sa physionomie n’exprimoit pas sa pensée, mais ce n'étoit point. par fausseté qu'il: cachoit ses impressions; un mélange de résignation et de dignité réprimoit en lui tout signe

na

extérieur de ses sentimens. En entrant dans l'assemblée , il regardoit à droite et à gauche avec cette sorte de curiosité vague qu’ont d'ordinaire les personnes dont la vue est si basse qu'elles cherchent en vain à s'en servir. Il proposa la guerre du même son de voix avec lequel il auroit pu demander le décret le plus indifférent du monde. Le président lui répondit avec le laconisme arrogant adopté dans cette assemblée, comme si la fierté d'un peuple libre consistoit à maltraiter le roi qu'il a choisi pour chef constitutionnel. . . . Lorsque Louis XVI et ses ministres furent sortis, l'assemblée vota la guerre par acclamation. Quelques membres ne prirent point part à la délibération, mais les tribunes applaudirent avec transport ; les députés levèrent leurs cha

peaux en l'air, et ce jour, le premier de la lutte · sanglante qui a déchiré l'Europe pendant vingt

trois années, ce jour ne fit pas naître dans la plupart des esprits la moindre inquiétude. Cependant, parmi les députés qui ont voté cette guerre, un grand nombre a peri d'une manière violente, et ceux qui se réjouissoient le plus venoient à leur insu de prononcer leur arrêt de mort.:.: .: .

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CHAPITRE VI.

Des moyens employés en 1792 pour établir la

république.

Les François sont peu disposés à la guerre civile, et n'ont point de talent pour les conspirations. Ils sont peu disposés à la guerre civile, parce que chez eux la majorité entraîne presque toujours la minorité ; le parti qui passe pour le plus fort devient bien vite tout-puissant, car tout le monde s'y réunit. Ils n'ont point de talent pour les conspirations, par cela même qu'ils sont très-propres aux révolutions; ils ont besoin de s'exciter mutuellement par la

communication de leurs idées; le silence pro. fond, la résolution solitaire qu'il faut pour

conspirer ne sont pas dans leur caractère. Ils en seroient peut-être plus capables, maintenant que des traits italiens se sont mêlés à leur 'naturel ; mais l'on ne voit pas d'exemples d'une conjuration dans l'histoire de France ; Henri III et Henri IV furent assassinés l'un et l'autre par deux fanatiques sans complices. La cour, il est vrai, sous Charles IX, prépara dans l'ombre

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