Pagina-afbeeldingen
PDF
ePub

rite, ne cesseront de l'accuser auprès de l'espèce humaine, c'est l'établissement et l'organisation du despotisme. Il l'a fondé sur l'immoralité; Car leslumières qui existoient en France étoient telles, que le pouvoir absolu ne pouvoit s'_ymaintenir que par la dépravation, tandis qu'ailleurs il subsiste par l'ignorance.

Peut-on parler de législation dans un pays où la volonté d'un seul homme déckloit de tout ^ où cet homme, mobile et agité comme les flots de la mer pendant la tempête , ne pouvoit pas même supporter la barrière de sa propre volonté , si on lui opposoit celle de la veille , quand il avoit envie d'en changer le lendemain? Une fois un de ses conseillers d'état s'avisa de lui représenter que le Code Napoléon s'opposoit à la résolution qu'il alloit prendre. Eh bien! dit-il, le Code Napoléon a été fait pour le salut du peuple, et si ce salut exige d'autres mesures, il faut les prendre. Quel prétexte pour une puissance illimitée que celui du salut public! Robespierre a bien fait d'appeler ainsi son gouvernement. Peu de temps après la mort du duc d'Enghien, lorsque Bonaparte étoitpeutêtre encore troublé dans le fond de son âme par l'horreu/ que cet assassinat avoit inspirée, il dit, en parlant de littérature avec un artiste

[ocr errors]

très-capable de la bien juger : « La raison d'é» tat, voyez-vous, a remplacé chez les rao» dernes le fatalisme des anciens. Corneille est » le seul des tragiques françois qui ait senti » cette vérité. S'il avoit vécu de mon temps, je » l'aurois fait mon premier ministre. »

Il y avoit deux sortes d'instrumens du pouvoir impérial , les lois et les décrets. Les lois étoient sanctionnées par le simulacre d'un corps législatif; mais c'étoit dans les décrets émanés directement de l'empereur, et discutés dans son conseil, que consistoit la véritable action de l'autorité. Napoléon abandonnoit aux beaux parleurs du conseil d'état, et aux députés muets du corps législatif, la délibération et la décision de quelques questions abstraites en fait de jurisprudence , afin de donner à son gouvernement un faux air de sagesse philosophique. Mais quand il s'agissoit des lois relatives à l'exercice du pouvoir, alors toutes les exceptions comme toutes les règles ressortissoient à l'empereur. Dans le Code Napoléon , et même dans le Code d'Instruction criminelle, il est resté de très-bons principes, dérivés de l'assemblée constituante : l'institution du jury, ancre d'espoir de la France, et divers perfectionnemens dans la procédure, qui l'ont sortie des ténèbres où elle étoit avant la révolution , et où elle est encore dans plusieurs états de l'Europe. Mais qu'importoient les institutions légales, puisque des tribunaux extraordinaires nommés par l'empereur, des cours spéciales , des commissions militaires jugeoient tous les délits politiques, c'est-à-dire , ceux qui ont le plus besoin de l'égide invariable de la loi? IVous montrerons dans le volume suivant combien , dans ces procès politiques, les Anglois ont multiplié les précautions, afin de mettre la justice plus sûrement à l'abri du pouvoir. Quels exemples n'a-1-on pas vus sous Bonaparte, de ces tribunaux extraordinaires qui devenoient habituels! car, dès qu'on se permet un acte arbitraire , ce poison s'insinue dans toutes les affaires de l'état. Des exécutions rapides et ténébreuses n'ont-elles pas souillé le sol de la France ? Le Code militaire ne se mêle que trop, d'ordinaire, au Code civil dans tous les pays, l'Angleterre exceptée; mais il suffisoit sous Bonaparte d'être accusé d'embauchage, pour être traduit devant les commissions militaires; et c'est ainsi que le duc d'Enghien a été jugé. Bonaparte n'a pas permis une seule fois qu'un homme put avoir recours pour un délit politique, à la décision du jury. Le général Mo

[ocr errors]

reau et ses coaccusés en ont été privés; mais ils eurent heureusement affaire à des juges qui respectoient leur conscience. Ces juges n'ont pu cependant prévenir les iniquités qui se commirent dans cette horrible ' procédure , et la torture fut de nouveau introduite dans le dixneuvième siècle par un chef national, dont le pouvoir devoit émaner de l'opinion.

11 étoit difficile de distinguer la législation de l'administration sous le règne de Napoléon; car l'une et l'autre dépendoient également de l'autorité suprême. Cependant nous ferons une observation principale sur ce sujet. Toutes les fois que les améliorations possibles dans les diverses branches du gouvernement ne portoient en rien atteinte au pouvoir de Bonaparte, et que ces améliorations, au contraire , contribuoient à ses plans et à sa gloire , il faisoit, pour les accomplir, un usage habile des immenses ressources que lui donnoit la domination de presque toute l'Europe; et, comme il possédoit un grand tact pour connoître parmi les hommes ceux qui pouvoient lui servir d'insirumens, il employoit presque toujours des têtes très-propres aux affaires dont il les chargeoit. L'on doit au gouvernement impérial les musées des arts et les embellissemens de Paris, des Tome u. 24..

grands chemins, des canaux qui facilitoienl les communications des départemens entre eux; enfin, tout ce qui pouvoit frapper l'imagination, en montrant, comme dans le Simplon et le Mont - Cenis, que la nature obéissoit à Napoléon presque aussi docilement que les hommes. Ces prodiges divers se sont opérés parce qu'il pouvoit porter sur chaque point en particulier les tributs et le travail de quatre-vingts millions d'hommes; mais les rois d'Egypte et les empereurs romains ont eu sous ce rapport d'aussi grands titres à la gloire. Ce qui constitue le développement moral des peuples, dans quel pays Bonaparte s'en est-il occupé? Et que de moyens, au contraire, n'a-t-il pas employés en France pour étouffer l'esprit public qui s'étoit accru malgré les mauvais gouvernemens enfantés par les factions?

Toutes les autorités locales, dans les provinces, ont été par degrés supprimées ou annulées; il n'y a plus en France qu'un seul foyer de mouvement , Paris; et l'instruction qui naît de l'émulation a dépéri dans les provinces, tandis que la négligence avec laquelle on entretenoit les écoles, achevoit de consolider l'ignorance si bien d'accord avec la servitude. Cependant, comme les hommes qui ont de l'esprit éprou

[graphic]
« VorigeDoorgaan »