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introduire à Paris les livres des Anglpis et des Allemands, si l'on ne veut pas que les écrivrains françois, tout en respectant les règles du goût, suivent les progrès de l'esprit humain dans les pays où les troubles civils n'en ont pas ralenti la marché. .

Enfin, de toutes les douleurs que l'esclavage de la presse fait éprouver, la plus amère, c'est de voir insulter dans les feuilles publiques ce qu'on a de plus cher, ce qu'on respecte le plus, sans qu'il soit possible de faire admettre une réponse dans ces mêmes gazettes qui sont nécessairement plus populaires que les livres. Quelle lâcheté dans ceux qui insultent les tombeaux , quand les amis des morts ne peuvent en prendre la défense ! Quelle lâcheté dans ces folliculaires qui attaquoient aussi les vivans avec l'autorité derrière eux, et servoient d'avantgarde à toutes les proscriptions que le pouvoir absolu prodigue, dès qu'on lui suggère le moindre soupçon! Quel style que celui qui porte le cachet de la police ! A côté de cette arrogance, à côté de cette bassesse, quand on lisoit quelques discours des Américains ou des Ànglois, des hommes publics enfin qui ne cherchent , en s'adressant aux autres hommes , qu'à leur communiquer leur conviction intime, on se sentoit ému comme si la voix d'un ami s'étoit tout à coup fait entendre à l'être abandonné qui ne savoit plus où trouver un semblable.

CHAPITRE XVII.

Un mot de Bonaparte imprimé dans le Moniteur.

Ce n'étoit pas assez que tous les actes de Bonaparte fussent empreints d'un despotisme toujours plus audacieux; il falloit encore qu'il révélât lui-même le secret de son gouvernement, méprisant assez l'espèce humaine pour le lui dire. 11 fit mettre, dans le Moniteur du mois de juillet 1810, ces propres paroles qu'il adressoit au second fils de son frère Louis Bonaparte; cet enfant étoit alors destiné au grandduché de Berg. N'oubliez jamais, lui dit-il, dans quelque position que vous placent ma politique et F intérêt de mon empire, que vos premiers devoirs sont envers moi, vos seconds envers la France; tous vos autres devoirs, même ceux envers les peuples que je pourrois vous confier, ne viennent qu'après. Il ne s'agit pas là de libelles, il ne s'agit pas là d'opinions de parti : c'est lui, lui Bonaparte, qui s'est dénoncé ainsi plus sévèrement que la postérité n'auroit jamais osé le faire. Louis XIV fut accusé d'avoir dit dans son intérieur: Létal, c'est moi; et les historiens éclairés se sont appuyés avec raison sur ce langage égoïste pour condamner son caractère. Mais si, lorsque ce monarque plaça son petit-fils sur le trône d'Espagne, il lui avoit enseigné publiquement la même doctrine que Bonaparte enseignoit à son neveu, peutêtre que Bossuet lui-même n'auroit pas osé préférer les intérêts des rois à ceux des nations; et c'est un homme élu par le peuple, qui a voulu mettre son moi gigantesque à la place de l'espèce humaine ; et c'est lui que les amis de la liberté ont pu prendre un instant pour le représentant de leur cause! Plusieurs ont dit: Il est l'enfant de la révolution. Oui, sans doute , mais un enfant parricide : devoient-ils donc lereconnoitrc?

CHAPITRE XVIII.

De la doctrine politique de Bonaparte.

Un jour M. Suard, l'homme de lettres françois qui réunit au plus haut degré le tact de la littérature à la connoissance du grand monde , parloit avec courage devant Napoléon sur la peinture des empereurs romains dans Tacite. Fort bien, dit Napoléon ; mais il devait nous expliquer pourquoi le peuple romain toléroit et même aimoit ces mauvais empereurs. C'étoit ce qu'il importoit defaire connoître à la postérité. Tâchons de ne pas mériter, relativement à l'empereur de France lui-même, les reproches qu'il faisoit à l'historien romain.

Les deux principales causes du pouvoir de Napoléon en France ont été sa gloire militaire avant tout, et l'art qu'il eut de rétablir l'ordre sans attaquer les passions intéressées que la révolution avoit fait naître. Mais tout ne consistoit pas dans ces deux problèmes.

On prétend qu'au milieu du conseil d'état, Napoléon montroit dans la discussion une sagacité universelle. Je doute un peu de l'esprit Tome H. ?.5..

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