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naparte a ménagé l'idée dominante qu'il 9 régné. Les François ont cru pendant longtemps que le gouvernement impérial les pré— servoit des institutions de l'ancien régime qt?.i leur sont particulièrement odieuses. Ils ont confondu long-temps aussi la cause de la révolution avec celle d'un nouveau maître. Beaucoup de gens de bonne foi se sont laisse séduire par ce motif, d'autres ont tenu le même langage , lors même qu'ils n'avoient plus la même opinion; et ce n'est que très-tard que la nation s'est désintéressée de Bonaparte, À dater de ce jour, l'abîme a été creusé sous ses pas.

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CHAPITRE XIX.

Enivrement du pouvoir; revers et abdication de Bonaparte.

Cette vieille Europe m'ennuie , disoit Napoléon avant de partir pour la Russie. En effet, il ne rencontroit plus d'obstacle à ses volontés nulle part, et l'inquiétude de son caractère avoit besoin d'un aliment nouveau. Peut-être aussi la force et la clarté de son jugement s'altérèrent-élles, quand les hommes et les choses plièrent tellement devant lui, qu'il n'eut plus "besoin d'exercer sa pensée sur aucune des difficultés de la vie. Il y a dans le pouvoir sans bornes une sorte de vertige qui saisit le génie comme la sottise, et les perd également l'un et l'autre.

L'étiquette orientale que Bonaparte avoit établie dans sa cour, interceptoit les lumières que l'on peut recueillir par les communications faciles de la société. Quand il y avoit quatre cents personnes dans son salon, un aveugle auroit pu S'y croire seul, tant le silence qu'on observoit «toit profond. L^s maréchaux de France, au tnilieu des fatigues de la guerre, au moment de la crise d'une bataille , entroient dans la tente de l'empereur pour lui demander ses ordres , et il ne leur étoit pas permis de s'y asseoir. Sa famille ne souffroit pas moins que les étrangers de son despotisme et de sa hauteurLucien a mieux aimé vivre prisonnier en Angleterre que régner sous les ordres de son frère. Louis Bonaparte , dont le caractère est généralement estimé, se vit contraint par sa probité même, à renoncer à la couronne de Hollande; et, le croiroit - on? quand il causoit avec son. frère pendant deux heures tête à tète, foi-cé par sa mauvaise santé de s'appuyer péniblement contre la muraille, Napoléon ne lui offroit pas une chaise : il demeuroit lui-même debout, de crainte que quelqu'un n'eût l'idée de se familiariser assez avec lui pour s'asseoir en sa présence. La peur qu'il causoit dans les derniers temps étoit telle , que personne ne lui adressoit le premier la parole sur rien. Quelquefois il s'entretenoit avec la plus grande simplicité au milieu de sa cour, et dans son conseil d'état. Il souffroit la contradiction , il y encourageoit même , quand il s'agissoit de questions administratives ou judiciaires sans relation avec son pouvoir. Il falloit voir alors l'attendrissement de ceux auxquels il avoit rendu pour un moment la respiration libre ; mais, quand le maître re

paroissoit, on demandent en vain aux ministres de présenter un rapport à l'empereur contre une mesure injuste. S'agissoit-il même de la victime d'une erreur, de quelque individu pris par hasard sous le grand filet tendu sur l'espèce humaine, les agens du pouvoir vous objectoient la difficulté de s'adresser à Napoléon, comme s'il eût été question du Grand Lama. Une telle stupeur causée par la puissance auroit fait rire, si l'état où se trouvoient les hommes sans appui sous ce despotisme, n'eût pas inspiré la plus profonde pitié.

Les complimens, les hymnes, les adorations sans nombre et sans mesure dont ses gazettes étoient remplies, devoient fatiguer un homme d'un esprit aussi transcendant; mais le despotisme de son caractère étoit plus fort que sa propre raison. Il aimoit moins les louanges / vraies que les flatteries serviles, parce que, dans les unes, on n'auroit vu que son mérite, tandis que les autres attestoient son autorité. En général , il a préféré la puissance à la gloire ; car l'action de la force lui plaisoit trop pour qu'il s'occupât de la postérité sur laquelle on ne peut l'exercer. Mais un des résultats du pouvoir absolu qui a le plus contribué à précipiter Bonaparte de son trône, c'est que, par degrés, l'on n'osoit plus lui parler avec vérité sur rien. U a fini par ignorer qu'il faisoit froid à Moscou , dès le mois de novembre, parce que personne , parmi ses courtisans, ne s'est trouvé assez romain pour oser lui dire une chose aussi simple.

En 1811, Napoléon avoitiait insérer, et désavouer en même temps,dans le Moniteur une note secrète, imprimée dans les journaux anglois, comme avant été adressée par son ministre des affaires étrangères à l'ambassadeur de Russie. Il y était dit que l'Europe ne pouvoitêtre en paix tant que l'Angleterre et sa constitution subsisteraient. Que cette note fût authentique ou non, elle portoit du moins le cachet de l'école de Napoléon, et exprimoit certainement sa pensée. Un instinct dont il ne pouvoit se rendre compte, lui apprenoit que, tant qu'il y auroit un foyer de justice et de liberté dans le monde , le tri bunal qui devoit le condamner tenoit ses séances permanentes.

Bonaparte joignoit peut-être à la folle idée de la guerre de Russie celle de la conquête de la Turquie , du retour en Egypte, et de quelques tentatives sur les établissemens des Anglois dans l'Inde; tels étoient les projets gigantesques avec lesquels il se rendit la première fois à Dresde , traînant après lui les armées de tout

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