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29 août. Le général Frossard, aide de camp de l'empereur, donne au chef du génie à Chambéry l'ordre de démolir immédiatement le fort Charles-Félix de l'Esseillon. C'est une satisfaction donnée. Ensuite, dit une lettre, nous ferons ce que nous voudrons à l'Esseillon. Les forts sont depuis la veille occupés par quatre compagnies d'infanterie française; un détachement d'artilleur piémontais y est encore, évacuant le matériel d'artillerie sarde.

Ce détachement part le 20. Les travaux de démolition, commencés le 19, sont terminés le 22; les officiers piémontais y assistent du haut d'un mamelon voisin, où l'on avait le projet, qui ne fut pas exécuté, de construire un fort sous le nom de fort Napoléon. L'Italie n'ayant fait aucune réclamation, on peut conclure que l'empereur n'avait définitivement promis que la démolition du seul fort Charles-Félix, pour donner une satisfaction à l'amour-propre du Piémont.

C'était déjà beaucoup. C'était trop d'avoir cédé le plateau du Mont-Cenis « jusqu'au dernier contrefort qui s'avance vers Lanslebourg » et de d'avoir pas même stipulé que ce plateau ne serait pas fortifié.

Le R. P. Eugène offre son Nécrologe des FF. Mincurs Capucins de la province de Savoie, 1611-1902, (grand in-8 de xxxxv-406 p.), « en reconnaissance de ce que la Société a fait à nos chers défunts le 13 juin 1867. » Le couvent de St-Jean-de-Maurienne, dit-il, (p. xv), fut fondé en 1580 par Mgr. Pierre de Lambert, en face du collège qui porte son nom. Le père Jérôme de Milan, provincial, avait, l'année précédente planté la croix du couvent et laissé le père Théodose de Bergame pour supérieur et prédicateur de l'Avent et du Carême. On y voit encore un certain nombre de cellules intactes.

Plus loin (p. xxxm) le père Eugène raconte la translation solennelle aucimetière, faite le 13 juin 1867, des restes des religieux morts dans l'ancien couvent, de

venu l'hôtel de l'Europe. La Société d'Histoire et d'Archéologie avait fait pratiquer des fouilles dans l'écurie, l'ancienne chapelle, et réunir dans deux caisses les nombreux ossements, eutre antres 87 têtes, que l'on y avait découverts.

Le livre contient : 1° une courte notice sur les couvents qui composaient la province de Savoie avant la Révolution et sur ceux qui ont été rétablis depuis; 2o le nécrologe des religieux dont l'auteur a pu retrouver le nom, avec indication du nom patronymique, du lieu de la naissance, du lieu et de la date du décès lorsque l'auteur a eu la bonne fortune de les découvrir, mais elle lui a manqué pour un grand nombre; 3o de courtes notes biographiques sur les religieux les plus remarquables. Parmi ceux-ci on trouve le P. Jean de Maurienne, Pierre Bizel, né à Albiez-le-Vieux, mort à Chambéry en 1614; le P. Chérubin, noble Alexandre Fornier, né à St-Jean-deMaurienne, missionnaire bien connu en Chablais et en Valais, mort à Turin en 1610; le P. Sébastien, né aussi à St-Jean, prédicateur de grand renom dans les environs de Genève et en Valais, mort dans sa ville natale en 1634.

Le diocèse de Maurienne, en ses limites actuelles, a donné à l'ordre des Capucins 108 religieux connus comme lui appartenant, 83 prêtres et 25 frères. La ville de St-Jean en a fourni 11; 18 sont notés seulement comme étant de Maurienne.

Citons encore parmi les ecclésiastiques incarcérés à Chambéry en 1796, le Père Séverin d'Hermillon, Louis Favier, âgé de 78 ans.

Notre confrère M. le chanoine Bouchage a fait hommage à la Société de deux brochures:

1° « La Sapaudia avant les Allobroges, sous les Romains et jusqu'à l'avènement de la Maison de Savoie, par M. le chanoine Ducis », étude non achevée, publiée par M. Bouchage avec tant de scrupule, que l'im

pression s'arrête au milieu d'une phrase, à la fin de la p. 164. Ce travail comporte naturellement de très fréquents points d'interrogation et de nombreuses hypothèses. La Sapaudia, occupée d'abord par les Saboi, puis par les Allobroges, venus les uns et les autres de la région du Caucase, s'étendait d'Iverdon à Grenoble et à Chamousset, ne dépassant pas l'Isère. Quant à la Maurienne, dont l'auteur parle peu, elle aurait appartenu, la haute aux Graiocèles, la basse aux Médules. Un acte de 806 (p. 18) distingue encore la Maurienne de la Savoie. M. Ducis mentionne d'autres tribus plus faibles, venues en nos pays avec les Saboi et ayant occupé des vallées latérales: les Albanes, Albanoi, qui furent pourchassés par les Médules, les Albiaci et les Albienses. Les points d'interrogation de M. Ducis en ont produit un dans mon imagination: nos communes haut perchées d'Albane et des Albiez auraient-elles été le refuge des Albanoi, des Albiaci ou des Albienses, poursuivis par les Médules?

2o«La chaire de Beaufort et celle de Conflans en Savoie », communication de M. Bouchage au Congrès d'Annecy en 1901. Ces deux chaires, fort remarquables comme dessin et comme sculpture, sont l'œuvre de Jacques Cléran, sculpteur de Moûtiers, natif de Chambéry; elles portent, la première la date de 1722, la seconde celle de 1758. La chaire de la cathédrale de St-Jean-de-Maurienne, qui est manifestement de la première moitié du XVIIIe siècle, a, avec elles de nombreux traits de ressemblance; mais elle n'a aucune inscription et je n'ai trouvé aucun renseignement sur sa construction.

L'exemplaire du Glossaire de du Cange (6 vol. in fol. éd. des Bénéd. 1736), que la bibliothèque de la Société vient de recevoir, a été donné par M. le chanoine Dhumbert à la bibliothèque du petit-séminaire. Celleci ayant reçu dernièrement celui que possédait Mgr Rosset, M. le chanoine Brunet voulut bien céder le

premier à la Société ; comme il ne pouvait l'abandonner purement et simplement, le président donne en échange quelques ouvrages de sa bibliothèque qu'il avait déjà l'intention de laisser au petit-séminaire.

M. l'abbé Gorré lit la note suivante :

CURIEUSE RÉCEPTION

du roi de France Henri II à St-Jean-de-Maurienne en 4548.

Dans son Histoire du Diocèse de Maurienne, le chanoine Angley raconte que le roi de France Henri II, se rendant en Italie pour voir par lui-même l'état de ses troupes, arriva à St-Jean-de-Maurienne le 22 août 1548 (1) où il fut reçu solennellement et prit possession, à l'exemple de son père François Ier, du canonicat des Ducs de Savoie que les souverains français remplaçaient dans leurs droits, par suite de la conquête. Le chroniqueur du diocèse qui cite, à cette occasion, les Mémoires du maréchal de Vieilleville (2), qui accompagnait Henri II, n'a pas mentionné une circonstance fort curieuse de cette réception que le maréchal de Vieilleville rapporte assez au long.

Sans doute, le bon chanoine aura trouvé l'incident trop grotesque, ou bien hors de propos dans une histoire du diocèse. Mais une Société archéologique n'en juge pas de même et fait bon accueil à tous les détails qui peuvent jeter quelque lumière sur les mœurs et et coutumes du passé. C'est à ce titre que nous don

(1) Cette date ne parait pas précise: M. le chanoine Truchet, dans son St-Jean-de-Maurienne au XVI° siècle, donne la date du 7 août.

(2) François de Scepeaux, comte de Duretal, maréchal de Vieilleville (1509-1571), d'abord page de Louise de Savoie, servit en Italie sous Lautree en 1526, et joua un rôle assez important sous François I", Henri II et Charles IX. Les Mémoires qui portent son nom ont été écrits par Vincent Carloix, son secrétaire. Le manuscrit a été publié pour la première fois par le jésuite Griffet en 1757, 5 volumes in-12. On trouve ces Mémoires daus la collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, de Petitot (Foucault, Paris, 1822) tome XXVI.

nons ici la transcription du passage (1) en question dans la langue et le style du temps qui n'ôtent rien à l'intérêt du récit. Si ce n'est pas de l'inédit, nous avons du moins pour excuse de n'être pas le premier qui ait mis à contribution pour cette historiette les Mémoires de Vieilleville, puisque nous la trouvons reproduite dans un opuscule de Schiller, poëte et historien allemand (2).

« Les aultres villes de Savoye, par le chemin de Chambéry tirant au Mont-Cenys, ne méritoient pas qu'un si grand Roy se deubt parer en sorte quelconque. Aussi il les passa en chasseur, sa trompe en escharpe. Il est vrai que à Sainct-Jehan de Morienne, pour ce qu'elle porte tiltre d'evesché, il fust prié par l'evesque (3) et les habitants de les honorer de quelque forme d'entrée, et l'asseurèrent de lui donner le plaisir de quelque nouveauté qui le contenterait et qu'il n'avait encores jamais veue. Sa Majesté, pour ne perdre sa part de ceste nouvelle invention, à luy toutesfois incongnue, les en voulut bien gratiffier et se présenta le lendemain à la porte de Morienne en équipage assez royal ponr une telle ville, accompagné des princes et seigneurs de sa suicte, semblablement de toute sa maison, et entra soubs le poisle à luy préparé. Mais comme il eust marché environ deux cents pas en belle ordonnance, voici une compagnie de cent hommes, vestus de peaux d'ours, testes, corps, bras et mains, cuysses, jambes et pieds, si proprement, qu'on les eust pris pour des ours naturels, qui sortent d'une rue, le tambour battant, enseigne déployée, et chacun l'espieu sur l'espaule, et se vont jecter entre le Roy et sa garde de Suisses, marchants quatre par rang, avec un esbahissement très grand de toute la cour et du peuple qui estoient par les (1) Ce passage se trouve au livre III, chap. IX, pp. 251 et 252. (2) Schillers Sammtliche Werke in 12 Banden, Cotta, Stuttgard 11 volume p. 138.

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(3) L'évêque n'était pas celui du diocèse, le siège étant vacant. C'était probablement, d'après le chanoine Angley, Pierre de Meynard, évêque in partibus d'Hébron, administrateur de l'Evêché de Bourg, et appelé quelquefois suffragant de Maurienne.

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