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IX:

Les derniers jours.

La dernière visite à la cathédrale

de Saint-Jean-Baptiste.

Témoignages et souvenirs.

Cependant la maladie dont souffrait M. le Chanoine Truchet s'était considérablement aggravée et ses forces déclinaient visiblement. Ce fut à l'Echaillon petite station thermale près St-Jean-de-Maurienne le 1er juillet 1902, qu'il prit une dernière fois part à nos si intéressantes excursions archéologiques. Il nous semble encore l'entendre, avec sa verve coutumière, avec une joie qui paraissait le rajeunir, porter en ce jour à sa chère Société un toast tout empreint de la plus vive affection et que plusieurs considérèrent comme un dernier adieu.

Dès lors il n'assista plus que rarement à nos réunions mensuelles et se hàta de préparer, pour le Tome IV, première partie de nos bulletins, un mémoire sur les Sujets ducaux de la mestralie de La Chambre et une série de notices qu'il intitula: Fragments historiques (1).

En même temps, il mettait la dernière main à la composition d'un important travail que lui avaient facilité tous ses travaux précédents et que N. N. S. S. Vibert et Rosset lui avaient instamment demandé: L'Histoire de la Cathédrale de Saint-Jean-Baptiste et de ses dépendances à Saint-Jean- de Maurienne. Il avait

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(1) Il termina encore quelques communications qui, en leur temps, paraitront dans nos bulletins : Etymologie de noms de lieux. Montandré et Greny, Une reconnaissance des communiers de Bramans au XVI siècle. Amblard d'Entremont, érêque de Maurienne et fondateur de la chartreuse de Curriere. groises de St-Jean et Termignon,

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Anciennes familles bour

trouvé à cette œuvre « un attrait particulier ». Ecoutons-le nous le dire avec une émotion profonde :

« C'est dans cette chère église que j'ai reçu, non seulement la grâce du sacerdoce, mais la première grâce du baptême, la grâce de la première formation chrétienne; c'est à son service qu'est attachée ma vieillesse; c'est à elle, je l'espère du moins, que je serai porté, prochainement, pour faire ma dernière visite et recevoir les maternelles prières de l'Eglise. Après avoir commencé par les saints du diocèse, après avoir écrit tant de pages, trop de pages peut-être, comment n'aurais-je pas souhaité donner les derniers efforts de ma main tremblante à l'église de sainte Thècle et de saint Gontran, de saint Felmase et du bienheureux Ayrald, à mon église de chrétien et de prêtre ? »

C'est donc avec amour que M. Truchet nous fait visiter notre cathédrale, vrai musée d'architecture où se retrouvent le roman secondaire, l'ogival de toutes formes, le style de la Renaissance et l'ordre ionique. Et c'est avec le plus grand intérêt que nous l'entendons nous parler de reconstructions, agrandissements, embellissements de l'antique édifice et nous faire une description aussi minutieuse que toute pleine d'érudition des voûtes, des fenêtres, du ciborium et des stalles. On sent vraiment que dans sa vieille cathédrale, notre savant guide est chez lui, que toute sa vie il lui a gardé dans son cœur un culte filial (1).

Cependant les douleurs de son impitoyable maladie augmentaient chaque jour. Lorsqu'elles lui laissaient quelques instants de repos, notre vénéré président élaborait le programme des fêtes par lesquelles notre Compagnie devait célébrer le cinquantenaire de sa fondation; avec franchise mais aussi avec délicatesse. il encourageait ses jeunes collègues qui lui soumet

(1) A cette œuvre d'un de ses membres les plus considérés, l'Académie de Savoie s'empressa de donner l'hospitalité dans ses mémoires (IV série, tome X, 190). Il en fut fait un tirage à part, malheureuse ment fort insuffisant.

taient leurs manuscrits pendant qu'au dévouement et à l'expérience des anciens il recommandait cette Société qui avait tenu une si large place dans sa vie et dans son cœur.....

Après de longues et terribles souffrances, la fin arriva. Le 19 juillet 1904, au soir, lorsqu'il commençait sa soixante-dix-septième année, le chanoine Truchet entrait en agonie, agonie qui fut longue et pénible... Enfin, vers quatre heures du matin, le vénérable prêtre rendait son âme à Dieu... La sépulture eut lieu le surlendemain, 22 juillet, présidée par Mgr Hermiraz, prévôt du chapitre, membre de notre société et ami particulier du défunt. Le chanoine Truchet faisait à l'antique cathédrale dont il venait d'écrire l'histoire << sa dernière visite ». Tous les membres de notre Compagnie que n'avaient pas retenus d'impérieux devoirs l'accompagnaient, ainsi que ses parents et un magnifique cortège de plus de quatre-vingts prêtres parmi lesquels on remarquait M. le chanoine Borrel, vicaire général de Tarentaise et président de l'Académie de la Val d'Isère, M. le chanoine Lavorel et M. l'abbé Burlet, de l'Académie de Savoie c'était un juste hommage rendu à la haute piété du prêtre et à la profonde science du président de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Maurienne.

Dès que la nouvelle du décès fut connue, un grand nombre de sociétés savantes et de personnages les plus éminents par leur science ou leur position sociale s'associèrent à notre deuil (1).

Voudra-t-on nous permettre de rapporter ici quelques-uns des précieux témoignages qui nous ont été

(1) Un grand nombre de journaux français relatèrent la mort de M. Truchet et firent son éloge. Au congrès des sociétés savantes tenu à Aix-les-Bains en septembre 1905, M. Descostes, président de l'Académie de Savoie, président du congrès, rendit un témoignage de profonde admiration à la mémoire de notre cher défunt. M. d'Arcollières, secrétaire perpétuel de l'Académie de Savoie, le fit également dans son rapport.

donnés en cette douloureuse circonstance? M. le chanoine Bouchage, de l'Académie de Savoie et membre honoraire de notre Compagnie, écrivit à notre viceprésident :

« ..... C'est à étudier sa petite province natale dans ses sources historiques, à la révéler, à lui gagner des sympathies que notre regretté président a employé les puissantes et originales facultés qu'il avait reçues de Dieu comme esprit, cœur et caractère. Comme il y a réussi Ses œuvres si savantes, ses admirateurs si nombreux, ses amis si fidèles, l'influence qu'il a exercée, l'estime universelle qu'il s'était acquise en Savoie et en France, le proclameront hautement. Des hommes de ce mérite honorent leur patrie. Ils sont des présents de la Providence qui les donne pour animer leurs contemporains à la poursuite du vrai et du bien... La société d'Histoire et d'Archéologie de Maurienne voudra, pour la postérité, tracer dans une reconnaissante biographie, le portrait du cher disparu. L'exemple d'une vie sacerdotale si virtueusement et si utilement remplie, est un patrimoine commun dont tous pourront profiter... >>

Laissons maintenant la parole à M. le général Borson, de l'Académie de Savoie et de notre société :

« J'avais apprécié M. Truchet d'abord pour sa science, son patriotisme savoyard qui perçait dans tous ses écrits. Ces qualités lui avaient valu les suffrages de tous les amis de l'histoire de notre pays. C'est en leur nom qu'au dernier congrès d'Annecy j'ai pu rendre hommage au Président de la Société de Maurienne et ce souvenir me reste au coeur. C'est qu'en effet à côté du savant il y avait l'homme si sympathique par sa bonne humeur, sa verve primesautière, son esprit vif et toujours en éveil; tout cela était uni à une grande bonté d'âme, à un caractère indépendant, à une puissante originalité. Quelquefois le trait était un peu vif : on voyait que c'était le fait d'une nature riche, expan

sive, pleine de sève généreuse et que le fond de bonté était intact. C'était le caractère savoyard avec la vivacité des pays du soleil. Excellent et bon chanoine! Ceux qui l'ont approché de près ne l'oublieront pas ! » Enfin, M. le Comte de Seyssel, auteur d'un ouvrage très remarqué sur l'illustre famille de Seyssel, écrivait au rédacteur de cette petite notice:

« .....Contrairement à bien des savants, le chanoine Truchet était heureux de faire participer ses amis à l'immense récolte de documents qu'il avait faite. Quand, pour la première fois, je suis allé timidement frapper à la porte de l'historien de la Maurienne, j'espérais de lui quelques indications qui faciliteraient les recherches que je faisais alors, mais je n'avais pu m'imaginer l'accueil que je devais recevoir. M. Truchet se déclara de suite très heureux d'encourager mon travail et amoncela devant moi ses volumineux cahiers de notes. Mon voyage de Maurienne se fit tout entier, cette année-là, devant la table de travail du chanoine ou dans la salle d'archives de l'évêché de Saint-Jean. Qu'avais-je besoin d'aller au loin chercher ce qu'un autre avait trouvé, et de déchiffrer péniblement les vieux titres que ce savant paléographe avait lus mieux que je n'eusse pu le faire ? Une courte analyse résumait clairement tout un long cahier et avec un tact merveilleux de ce qui pouvait être utile au travailleur. M. Truchet y avait relevé juste les quelques lignes renfermant toute la valeur documentaire de la charte... Fasse le ciel que la Maurienne puisse compter souvent dans l'avenir au nombre de ses enfants, des savants aussi éminents et surtout des hommes au caractère aussi trempé et aux vertus aussi élevées que Monsieur le chanoine Truchet! »>

Notre Compagnie avait pensé que la biographie de M. le chanoine Truchet méritait d'être retracée

nous

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