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rées. Le plus remarquable en ce genre est celui qu'a publié, il y a un siècle, un antiquaire allemand, J. Lud. Walther, sous le titre de Lexicon diplomaticum (1). Ce lexique, aussi bien que les autres recueils, est dépourvu d'une méthode explicative.

Les savants diplomatistes bénédictins, qui regrettaient de n'avoir pu traiter avec étendue la matière des abréviations, disaient, en citant le beau lexique de Walther : « Notre littérature française manque d'un pareil ouvrage, dont la nécessité se fait sentir à ceux qui veulent déchiffrer les anciennes écritures et travailler dans les archives; >> puis ils ajoutaient : « Au moyen d'un Dictionnaire d'abréviations fait sur les manuscrits et les chartes de France, on surmonterait sans peine bien des difficultés, et l'on éviterait de

(1) Imprimé à Gættingue en 1745. C'est un in-folio contenant 125 planches d'abréviations expliquées. L'auteur a marqué le siècle où chaque abréviation était employée, en partant du VIIIe siècle et finissant au XVIe. Nous n'avons pas cru devoir employer ce système, attendu que la même forme abréviative traverse souvent plusieurs siècles, ne recevant d'autres modifications que celles qui lui viennent du changement de l'écriture.

prendre un mot pour un autre, méprise qui change souvent le sens d'une phrase. >>

C'est surtout à une époque comme la nôtre, où cette ardeur pour la recherche et la publication des manuscrits inédits de notre histoire et de notre littérature va toujours croissant, qu'il serait urgent de rendre vulgaire une science qui peut faire éviter bien des méprises.

Nos études sur les difficultés paléographiques et la haute bienveillance qui a accueilli nos publications sur cette matière, nous ont encouragé à rédiger un Dictionnaire d'abréviations qui serait pour l'inexpérience un guide, sinon infaillible, au moins plus sûr que le tâtonnement de la routine, et qui pourrait n'être pas inutile même aux habiles dans ce genre d'étude.

En nous proposant ce travail, nous n'avons pas voulu copier rigoureusement le lexique du diplomatiste allemand. Il ne nous paraissait pas suffisant de ne donner que les abréviations latines des chartes et des manuscrits de notre pays. Les abréviations des inscriptions lapidaires et métalli

ques et les abréviations françaises les plus ordinaires devaient trouver place aussi dans ce Dictionnaire. Mais là encore ne devait pas se borner notre travail. Car ne faire que réunir dans un ordre plus ou moins méthodique des abréviations de tous genres, quelque étendu qu'en fût le nombre, c'eût été rendre un bien faible service et n'améliorer en rien les travaux déjà produits sur cette matière. En effet, qu'est-ce que donner un Recueil ou Dictionnaire d'abréviations, sans rien dire de leur mécanisme, sans les expliquer par principes? c'est forcer les personnes qui le consultent d'y revenir à chaque abréviation qui se présente. Procéder ainsi, n'est-ce pas tomber dans ce défaut signalé par les auteurs de la nouvelle diplomatique, à l'occasion des notes de Tiron? « On s'est contenté, disent-ils, de rechercher leur signification dans quelques anciens manuscrits, où elles sont rendues en latin, et d'en composer des listes alphabétiques, sans expliquer ni pourquoi, ni comment telles et telles figures ont la valeur des lettres qu'elles expriment et des mots qu'on leur fait signifier. »

Il nous restait donc à réparer une omission importante des paléographes, c'est-à-dire à expliquer, comme nous l'avons fait dans notre Paléographie des chartes et des manuscrits (1), la méthode brachygraphique à l'aide de laquelle les graveurs en lettres, les scribes et les copistes du moyen-âge rendaient leur écriture si brève, si serrée et quelquefois si énigmatique. En faisant connaître les divers modes abréviateurs dont se compose cette méthode, en expliquant les signes qu'elle emploie, et les règles observées dans la formation de chaque genre d'abréviation, c'est déjà répandre, ce nous semble, quelque lumière sur le point le plus obscur des écritures anciennes? On concevra alors que notre Dictionnaire n'a plus besoin, une fois les règles connues,

(1) Dès 1835, nous avions déjà, dans notre Essai sur la Paléographie française, cherché à débrouiller le chaos des abréviations, en les classant par geure et en expliquant les règles qui président à leur construction Dans une seconde édition de cet ouvrage, en 1839 (Paléographie des charles el des manuscrits), plus de développement fut donné à cette partie importante de la paléographie; aujourd'hui nous penson s l'avoir complètement expliquée.

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d'être grossi des abréviations simples et régulières qui s'expliquent aisément : il ne doit contenir que les mots abrégés qui sont d'une construction trop brève, ou qui échappent aux règles générales. Il fallait encore, afin d'éviter la confusion et de faciliter les recherches, ranger à part les abréviations commençant par des signes ou des chiffres au lieu de lettres.

C'est sur ces bases que nous avons construit notre Dictionnaire, et nous n'avons rien négligé pour en faire un livre utile et commode. Il contient en outre une table des sigles romains qu'on rencontre dans les inscriptions chrétiennes jusqu'au VIe siècle inclusivement; et, pour aider à lever un obstacle qui résulte de l'obscurité que répand sur certains mots latins une orthographe ancienne ou barbare (1), nous avons donné

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(1) « Non negaverim, dit le docte Mabillon, tamen residere in illis instrumentis orthographiæ nævos non paucos, qui vel ex dictantis, vel ex scribentis vitio processerunt. Ex omissione litteræ geminatæ. - Vocabuli similitudine. sitione.

Litteræ transpo

Syllabæ detractatione. - Litteræ redundantis adjectione» (De re Diplom. Orthographia vitiata, p. 57.)

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