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Il a décrit l'état pitoyable des logements affectés aux ouvriers de notre ville, a exposé les conditions que doit réunir un logement garni pour être salubre, et a terminé en indiquant les mesures humanitaires au moyen desquelles on parviendrait, dans un avenir peu éloigné, à améliorer l'habitation de cette classe de notre population, et il a donné pour exemple d'une cité ouvrière la Douane du Havre.

M. RAMOND, directeur de la Douane, a fait observer que la caserne a été une mauvaise opération financière, dont l'Etat peut supporter les conséquences, mais qui ne pourrait être tentée par des particuliers. D'autre part, il a demandé s'il serait possible de soumettre des ouvriers libres à toutes les exigences qui doivent être imposées aux habitants d'une cité populeuse.

M. MAIRE a ajouté qu'on rencontrerait de l'opposition de la part des ouvriers eux-mêmes. Il a rappelé ce qui s'est passé en 1852, à l'occasion de l'application de la loi sur les logements insalubres. Une commission permanente fut nommée à cet effet dans le sein du Conseil Municipal. Or elle a vu des malheureux réclamer contre leur expulsion de logements qui étaient de véritables bouges.

Nonobstant ces quelques observations, la Société s'est unie aux vœux qu'un sentiment d'humanité a inspirés à M. LECADRE; et il serait à désirer que son travail eût toute la publicité possible, dans l'intérêt des ouvriers, pour leur instruction hygiénique et morale peut-être. Vous voyez, MESSIEURS, que les sciences médicales occupent une très large part dans vos séances.

3° SCIENCES MORALES.

Les sciences morales vous ont fourni aussi des travaux assez considérables. M. BÉZIERS vous a lu un Mémoire sur les destinées de la philosophie. Il y fait l'éloge de l'Eclectisme plutôt comme méthode que comme école; tout en rendant justice à la grande école dont M. Cousin est le chef. Il désirerait voir tous les philosophes se réunir dans un concile, et là, au moyen de concessions mutuelles, arrêter un dogme définitif, conforme aux croyances du genre humain. Mais peu de membres ont partagé son opinion sur l'efficacité de l'Eclectisme M. BORELY, dans un Rapport plein de hautes considérations sociales, l'a attaqué au nom de la politique et du gouvernement moral des peuples; M. LECADRE, au nom de la médecine, l'a déclaré impuissant et stérile, et ne l'admet que comme transition, en attendant un système. En vain M. BÉZIERS a-t-il, dans une note sur les systèmes, expliqué son éclectisme, apporté de nouvelles raisons, il n'a trouvé d'appui que dans M. le docteur DEROME qui admet et professe l'éclectisme dans la médecine; mais il n'a pu, je pense, convaincre ses adversaires.

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Le même Membre a lu devant vous la première partie d'une classification des facultés de l'âme; cette partie comprenait principalement la méthode à suivre dans cette étude. Il a renoncé à traiter ce sujet, dès qu'il a connu le livre de votre savant Président. Mais je me hâte; car j'ai plusieurs choses à vous rappeler sur l'Histoire, cette autre science morale, qui est la philosophie en action, la philosophie non plus envisagée dans l'individu, mais dans l'humanité tout entière.

Un de vos plus beaux travaux en ce genre a été provoqué par l'Autorité supérieure. Une circulaire de M. le Ministre de l'Instruction Publique invitait la Société à rechercher dans les archives de notre ville les documents propres à entrer dans la grande collection publiée par le comité de la Langue, de l'Histoire et des Arts de la France. La Société a désigné M. BORÉLY, professeur d'Histoire, pour procéder à ces recherches. Son attention s'est portée surtout sur l'époque du Ministère du Cardinal Mazarin, époque "pendant laquelle le pouvoir central dut avoir et eut des rapports avec le Havre. Il espérait trouver dans les archives de la ville quelques traces de ces événements historiques. Mais son attente a été déçue: ces documents si précieux ont complétement disparu. Cependant, s'il n'a rien trouvé qui fût relatif à l'administration de Mazarin, il a été assez heureux pour mettre la main sur quelques pièces qui rentrent dans le cadre tracé par la circulaire ministérielle, et qui ont une importance réelle: il s'agit de lettres et de pièces relatives à la nomination et à l'installation du gouverneur Armand Jean-Duplessis de Richilieu; puis de lettres de Louis XIV et d'Anne d'Autriche, écrites trois jours après la mort de Louis XIII.

M. BORÉLY a apprécié ces documents avec cette critique éclairée par une longue expérience et une connaissance approfondie de l'Histoire. Pour rendre certains passages plus intelligibles, il a dû établir la généalogie de Richelieu, gouverneur de notre ville, et il vous a raconté quelques curieuses et piquantes anecdotes. La Société a félicité l'auteur de cette œuvre intéressante, et l'a publiée, sans attendre, dans le volume des années précédentes.

L'Histoire refait le passé et lui rend la vie, mais elle a besoin d'auxiliaires pour remplir une mission aussi difficile. J'ai à vous parler maintenant de deux de ces auxiliaires, la Biographie et l'Archéologie: ce ne sont pas les moins utiles, 'car l'une lui représente les portraits des hommes, vus de face, de profil, de toutes les manières; et l'autre lui représente les choses elles-mêmes, vieillies il est vrai, presque mortes quelquefois, mais ayant encore assez de vie pour qu'on puisse les reconnaître.

Pour commencer par les hommes, M. CHÉRON DE VILLIERS Vous a lu une notice sur Benvenuto Cellini, cet étrange héros, caractère bizarre, mauvais compagnon, mauvaise tête, homme de génie et d'action, dout la physionomie, telle qu'il l'a peinte lui-même dans ses Mémoires, tient à la fois du grand artiste et du condottière, et est peut être la personnification la plus complète de la société dans laquelle il a vécu. Cette notice vous a aussi vivement intéréssés, et vous lui avez accordé tout de suite les honneurs de l'impression.

Ensuite M. l'abbé HERVAL Vous a fait un rapport sur deux opuscules de M. PAPE, la Vie de St-Germain l'Ecossais, et l'Esquisse historique de la ville d'Aumale. Ce dernier travail offre un intérêt général par les détails qu'il donne sur l'antiquité et le rôle de cette ville, aux différentes époques de la monarchie française, mais surtout pendant les guerres de Henri IV; il offre un intérêt particulier aux habitants du pays qui se sont distingués pendant les guerres de la République, de l'Empire et la conquête de l'Algérie.

M. PAPE a une verve intarissable dans ce genre de

travaux il vous a raconté de suite la mort misérable du dernier descendant de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, puis l'Histoire de Robert du Puits qui fit réparer une chaussée de Brunehaut par le diable, à la condition de lui livrer la première créature qui passerait; mais plus fin que le diable, il y fit passer un chat. Il a continué par l'histoire d'un Doyen de la Magistrature française, nous montrant en lui la considération et l'estime qui viennent tôt ou tard récompenser l'homme de bien; mais il en a détaché un épisode et a raconté à part l'arrestation d'une bande de chauffeurs opérée sous sa conduite. Il vous a dépeint ensuite dans la Fille de la Punition, un terrible châtiment infligé à une famille révolutionnaire de 93, dont la fille n'a jamais su prononcer d'autres paroles que celles-ci : du sang, du sang, il me faut du sang! Enfin il vous a édifiés par une légende relative à Notre-Dame du Cardonnay, près d'Aumale.

Vos Correspondants étrangers vous ont offert aussi un grand nombre de biographies. Vous avez entendu un rapport de M. l'abbé HERVAL sur la biographie de SaintAnselme, par M. Charma, ouvrage où l'érudition interrompt peut-être trop souvent le récit, et dont les nombreuses notes qu'on ne peut s'empêcher de lire, mécontentent parfois le lecteur, en lui faisant perdre le fil de l'histoire. Mais la postérité studieuse ne se plaindra pas de ce défaut, si défaut il y a il lui épargnera de nouvelles recherches; et nous-mêmes, quand nous les avons lues, ces notes, ne trouvons-nous pas un plus grand charme à une seconde lecture que commande toujours le talent de l'auteur?

M. le docteur LECADRE vous a signalé une biographie

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