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qui ignorent les règles de leur devoir, Nescicrunt neque intellexerunt : nuovebuntur omnia fundamenta terro. Psal. 81.

Pour ce qui est de la connaissance du mal, elle paraît facile et peu importante, mais nous pouvons dire qu'elle est très-importante et infiniment plus difficile que la connaissance des règles ni ancune autre connaissance. Elle consiste à discerner deux sortes de maux, l'injustice qu'on doit réprimer, et les obstacles qui peuvent empêcher les juges de rendre justice, comme sont les préoccupations et les impressions que peuvent faire sur l'esprit d'un juge les promesses, les menaces, les présens, la haine on l'affection pour une partie, l'intérêt et autres semblables. Tous les juges connaissent assez que ces sortes d'impressions peuvent les détourner de rendre justice, ct qu'elles peuvent aussi les aveugler et leur ôter le discernement de l'injustice qu'ils doivent juger; mais il ne leur est pas si facile de discerner dans chaque occasion où ils rendent justice, si leur esprit est libre de toutes ces sortes d'impressions, ni de connaître en quoi consiste leur force sur l'esprit de l'homme; et comme il arrive très-souvent qu'encore qu'un juge ne' sente en lui-même l'effet d'aucune de ces impressions, il ne laisse pas d'en être prévenu et d'agir par ce principe lorsqu'il s'imagine de n'agir que pour la justice, et que, dans cette préoccupation, il ne perd pas seulement la connaissance de l'impression qui l'occupe, mais que même il cesse de discerner l'injustice ou le mauvais droit des parties. Il est important de faire voir la vérité de cet effet de ces sortes d'impressions, et la cause de cet effet, afin que la connaissance du mal nous mette en état de le prévenir et de discerner tout ensemble les injustices des parties et les nôtres propres.

La connaissance de ce mal et de sa cause dépend seulement d'une vérité que personne n'ignore, c'est que le cæur de l'homme, c'est-à-dire sa volonté, est toujours le principe qui le fait agir, soit qu'il se porte au bien ou au mal; parce que l'homme étant libre, c'est toujours sa volonté qui est la maîtresse de ses actions; mais non-seulement la volonté est la maîtresse des actions, elle est encore la maîtresse de toutes les puissances de l'homme : car, lorsque Dieu l'élève au bien, la volonté est tellement la maîtresse, qu'elle surmonte la pente naturelle de l'homme au mal, et porte au bien toutes ses puissances; mais si au contraire elle se porte au mal, elle v tonrne aussi toutes les puissances : nous apprenons cette parole du sage, qui nous explique ces deux effets de la volonté bonne ou mauvaise : Cor sapicntis in dextera ejus, et cor stulli in sinistra illius. Eccle. 10. 2. Le cour du sage le conduit à la droite, c'est-à dire au bien; et le cœur du méchant le conduit à la gauche, c'est-à-dire au mal, et il ne le conduit que par l'em pire qu'il exerce sur toutes les puissances , et sur l'esprit même

que le coeur tourne comme il lui plaît, quoique non pas toujours par la même voie; car il arrive quelquefois qu'il l'entraîne contre sa propre lumière : Video meliora proboque, deteriora sequor, Senec.; ce qui arrive principalement dans l'excès de la violence de quelques passions, qui, ne pouvant effacer les traits des premières vérités, ne laissent pas d'entraîner l'esprit contre sa lumière, parce que la connaissance est inutile , si le cœur qui est le principe ne veut pas agir : Videntes nec ponentes in præcordiis. Sap. 4. 14. Mais cet empire de la volonté sur l'esprit s'exerce le plus souvent d'une autre manière bien plus fine et plus dangereuse lorsque le coeur se contente de tourner l'esprit sans le coutredire; car il le détourne de la vue de la vérité, et le tourne it la vue du bien qu'il trouve dans son objet; et cette vue fournit i l'esprit, esclave du cœur, des apparences qui lui tiennent lieu de raison et de vérité; c'est ce qui a fait dire au sage, que ceux qui marchent dans la voie de l'injustice marchent dans les ténèbres, et qu'ils ne savent où ils tombent : Via impiorum tenebrosa : nesciunt ubi corruant. Prov. 4. 19. Personne n'iguore cet effet de la volonté et cet empire du ceur sur l'esprit, et on le discerne surtout dans les autres par une expérience infaillible, lorsqu'on voit la mème personne sur le même fait sans intérêt et sans passion juger sainement de la vérité, et changer de raisonnement en même temps qu'il lui survient quelque passion ou quelque intérêt, parce que l'intérêt et la passion tournent l'esprit, et renversent les idees, selon cette parole du sage : Malitia mutat intellectum, Et inconstantia concupiscentiæ transvertit sensum. Sap. 4. 10. 1.

Ainsi, les juges discernent assez les faux raisonnemens des parties, la mauvaise foi, et les autres injustices des mauvais plaideurs, lorsqu'ils regardent les affaires qu'ils doivent juger sans affection, sans intérêt et sans aucune autre préoccupation; mais s'il arrive qu’un juge ait quelque intérêt, quelque affection, que que haine ou quelque autre impression, son cœur, prévenu de ce mouvement, tournera son esprit à d'autres vues, et il ne verra plus du mème oeil la justice ou l'injustice dont il doit juger.

Ce sont ces sortes d'injustices qui sont les plus périlleuses et les plus fréquentes ; tout le monde connaît de reste que c'est un crime horrible que de vendre la justice pour de l'argent, mais il n'est pas si facile de s'apercevoir qu'un intérêt secret, une crainte, une espérance, une affection, une aversion, un mépris, une caresse, un présent, et toutes les autres impressions de cette nature, peuvent tourner et tournent très-souvent l'esprit du juge contre la justice. Cependant il n'y a point de vérité plus certaine que celle de cet effet de ces sortes d'impressions, et c'est sur ce principe que sont fondées les lois des récusations. Pourquoi est-ce que les lois ordonnent qu'un juge parent s'abstiendra de la

cause de son parent ? Pourquoi est-ce qu'un juge, qui a dit son sentiment, ou qui a un intérêt semblable, est récusé ? Pourquoi est-ce que toutes les lois divines et humaines ont défendu si fortement aux juges de recevoir des présens ? Ce n'est pas que les lois aient jugé que les juges dans ces circonstances trahiraient leur propre lumière, et jugeraient contre la connaissance de la vérité : il y a peu de juges abandonnés jusqu'à ce point; mais c'est qu'ils ont jugé que l'affection pour ses parens, l'amour de son intérêt, la complaisance de son propre sentiment, le plaisir de recevoir des présens, et la reconnaissance pour ceux qui les donnent, et les autres semblables impressions touchent le cænr et tournent l'esprit, non-seulement des méchans, mais mème de ceux qui seraient les mieux intentionnés, comme le sage nous l'apprend par cette parole : Concupiscentia transvertit sensum sine malitid. Ei la loi divine nous apprend encore cette même raison des récusations dans l'exemple des présens; car elle nous marque expressément la raison pour laquelle elle les défend, qui n'est pas fondée sur ce que les présens portent les juges à faire une injustice ouverte contre les lumières; mais parce qu'ils obscurcissent la lumière des plus éclairés, et renversent les jugemens des plus sages et des plus justes : Ne accipias munera que etiam excæcant prudentes et subvertunt verba justorum. Et c'est par cette même raison que l'écriture défend si fréquemment et si fortement aux juges toute sorte d'acception de personnes, ce qui n'est fondé que sur les diverses impressions que peuvent faire sur l'esprit des juges les différentes considérations d'affection, d'amitié, d'aversion, d'espérance, de crainte, de complaisance et autres semblables qu'ils peuvent avoir pour les personnes qui pourraient les empecher de faire justice.

Il s'ensuit de ces vérités, que les juges ne sont pas seulement obligés de s'abstenir de juger dans les occasions où il y a des récusations que les lois ont établies, mais qu'ils doivent étudier eux-mêmes dans le secret s'ils sont libres de toutes les impressions qui pourraient les détourner de faire justice, et ils doivent en cela se rendre plus suspects à eux-mêmes, qu'ils ne le sont aux parties qui les récusent.

Mais les juges ne doivent pas seulement examiner et discerner les motifs qui peuvent les empêcher de rendre justice, ils doivent encore employer la science et le discernement du mal à considérer les obstacles qui peuvent les empêcher de rendre la justice en la manière en laquelle ils la doivent rendre, c'est-à-dire, le plus promptement et le plus exactement qu'il se peut. Ainsi, la pal'esse vi le plaisir sent des obstacles qui détournent souvent les juges de leurs fonctions nécessaires, et ce sont des maux qu'ils doivent discerner pour les éviter. Il en est de même des autres passions et des impressions dont nous avons parlé, qui peuvent

toutes ensemble détourner aussi de l'exactitude, de la diligence et de l'intégrité qu'il doit apporter dans son ministère.

Ainsi, l'avarice n'est pas seulement capable de corrompre les jugés daus leurs jugemens, mais elle les porte souvent à diverses corruptions dans les procédures selon qu'ils y trouvent leur interet, et surtout cette passion est périlleuse et criminelle lorsque le juge fait son principal motif de son intérêt. Car si les juges les mieux intentionnés , et qui n'ont pour leur fin principale que la justice, sont en péril de se corrompre s'ils n'évitent toutes les impressions qui peuvent les surprendre dans leur bon dessein de rendre justice, ceux dont la fin principale est leur intérêt, tombent bien plus facilement dans les injustices. Ainsi, par exemple, au lieu que les juges doivent regarder les émolumens comme une récompense de leur travail légitime, les juges qui regardent principalement leur intérêt dans leur ministère rapportent à cette fin toutes les fonctions qu'ils peuvent y rapporter, multiplient les procédures et avancerit ou retardent l'expédition de la justice, selon que leur intérêt les y peut porter.

Il est facile de juger par ce seul exemple et par la connaissance du principe d'où il est tiré, qui est l'impression et l'empire du coeur sur l'esprit de l'homme, combien il est important que les juges aient l'esprit et le caur libres de toutes sortes d'impressions, qui peuvent donner quelque mauvaise pente à leur volonté, puisque cette pente est capable de détourner leur esprit de la vue de la vérité et de la justice, et les porter à quelque injustice, sans que mème ils y fassent de réflexion. Nous n'eatrerons pas davantage dans le détail, chacun peut s'appliquer les principes, et en tirer les conséquences; nous remarquerons seti

réduire tout ce que nons avons dit en peu de paroles, que les juges, qui doivent rendre les jugemens de Dien, doivent rendre la justice avec la lumière de la sagesse et de la science divine du bien et du mal, ils doivent savoir les règles et les principes de leur profession, ils doivent regarder les affaires qu'ils doivent juger avec une extreme exactitude, pour bien tendre les faits, les questions et les raisons, ils doivent regarder les parties sans aucune pente ni pour ni contre, et sans aucune impression qui puisse les corrompre et les affaiblir.

Ainsi, nous pouvons dire par occasion aux avocats, aux pro. cureurs et aux autres qui participent aux fonction de la justice, qu'ils doivent à proportion de leur ministère user de la science du bien et du mal, pour savoir les règles de leur profession, et discerner les principes qui les font agir. Les avocats et les procureurs doivent prendre garde au péril continuel où ils sont de donner de manvais conseils par l’affection à l'intérêt de leurs parties ou au leur propre, et ils doivent craindre que cet intérêt tournant leur cæur au gain que les parties leur procurent, ils ne

Iement, pour

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détournent en même temps leur vue de l'injustice des mauvaises causes; et ainsi, dans chaque fouction, tous ceux qui participent au ministère divin de la justice, juges, avocats, procureurs, greffiers et tous autres, doivent employer la lumière de la sagesse pour sonder les mauvais motifs qui peuvent les porter à quelque injustice, afin de prévenir la recherche exacte que la sagesse elle-même saura bien faire de tous ces motifs les plus secrets et les plus cachés, qui auront fait de mauvaises impressions sur leur caur et sur leur esprit, et qui les auront portés à quelque injustice. Interrogabit opera vestra et cogitationes scrutabitur, quoniain cùin essetis ministri regni illius, non rectè judicastis nec custodistis legein justitiæ, Sap. 6.4; et parce qu'ils auront négligé la recherche et la connaissance de cette lumière de la sagesse divine, elle leur paraîtra un jour, mais d'une manière horrible, pour les surprendre et les accabler. Horrendè et citò apparebit vobis, quoniain judicium durissimum his qui præsunt, fiet. Sap. 6. 6.

HARANGUE

Prononcée à l'ouverture des audiences de l'année 1672.

Ce serment, que les avocats et les procureurs vont renouveler à cette ouverture des audiences, ne doit pas être regardé comme une simple cérémonie, mais ils doivent le considérer comme un devoir très-essentiel et d'une conséquence très importante, puisque c'est un engagement qui les oblige aux devoirs de leur profession. Et ils doivent regarder ce serment comme un premier devoir général et universel qui les engage à tous les devoirs particuliers de l'observation de ces règles : car, comme il leur est libre d'embrasser cette profession et d'en faire les fonctions ou s'en abstenir, il ne leur est plus libre quand il les font d'en blesser les règles , et ils y sont encore bien plus étroitement obligés après leur serment. Il est donc bien important qu'ils fassent réflexion sur la qualité de cet engagement, et sur les conséquences de celte obligation qu'ils contractent par leur serment.

Tous les devoirs en général ont cela de commun que ce sont des liens qui assujettissent ceux qui y sont engagés, et ainsi , il est certain que tous les devoirs les plus saints et les plus inviolables sont ceux dont les liens sont les plus fermes et les plus sacrés. C'est par cette raison que les premiers de tous les devoirs sont ceux de la religion, parce qu'elle nous lie et nous sommet à Dicu par une infinité de liens et de dépendances. Hoc vinculo pictatis astricli Deo et obligati sumus, unde ipsa Religio nomen accepit. Lactan. 1. 4. Mais parce que la religion ne forme pas seulement les liens des premiers devoirs envers Dieu, et qu'elle renferme dans son étendue tous les devoirs de toute sorte de conditions

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