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leur, libre, et âgé de 18 à 50 ans, payât trois piastres de tribut annuel; et comme il n'y avait alors dans le pays ni monnaie ni commerce, et que beaucoup de gens de couleur ne pouvaient pas payer le tribut, on imagina de les livrer aux ecclésiastiques ou aux espagnols aisés, pour les employer comme s'ils eussent été leurs esclaves, mais à condition de payer pour eux le tribut en question. C'est cette manière de livrer un homme de couleur à un espagnol, que l'on appelle amparo (protection.) Les gouverneurs ne tardèrent pas à abuser de cette institution, et ils l'étendirent à tout sexe et à tout âge; et soit que ces malheureux payassent le tribut ou non, ils les livraient à leurs favoris et à leurs favorites, à l'insçu de l'administration des finances à laquelle ils ne payaient rien. C'est dans cet état que sont aujourd'hui les choses, quoique beaucoup de ces gens de couleur, et peutêtre même la plupart, vivent en pleine liberté, sans payer ni contribution, ni tribut, soit qu'ils trouvent des protections, soit que l'on ignore leur demeure au fond de la campagne, ou soit qu'ils aillent s'établir dans un autre gouvernement. Il y en a aussi quelquesuns qui paient le tribut: les gouverneurs ne

veulent pas qu'ils le versent au trésor royal, mais dans une autre caisse qu'ils appellent département de la guerre, parce que c'est un fonds dont ils peuvent disposer arbitrai

rement.

Un gouverneur qui se vit serré de près par les indiens mbayás, prit, en 1740, une partie des gens de couleur qui étaient en amparo, les déclara libres du tribut, et en forma la peuplade appelée de la Emboscada. Il les obligea au service militaire, dont ils avaient été exempts jusqu'alors. C'est ce qui a donné lieu aux gouverneurs qui sont venus ensuite, d'obliger tout homme de couleur au service militaire, ainsi qu'à tout autre. Il est vrai que la plupart s'y soustraient, ainsi qu'à l'amparo, et par les mêmes moyens.

CHAPITRE X V.

Des Espagnols.

CEUX qui habitent le gouvernement de Buenos-Ayres proviennent plutôt des recrues continuelles qui arrivent d'Europe, que du mélange avec les indiens, qui, dans ce pays, ont toujours été en petit nombre; et c'est pour cela qu'ils y parlent espagnol. Au contraire, les espagnols du Paraguay, et leurs voisins les habitans du district de la ville de Corrientes, viennent plutôt du mélange de leurs pères avec les indiennes, comme nous l'avons dit : c'est pour cela qu'ils parlent guales instruits et raný, et qu'il n'y a que gens les hommes du bourg de Curuguaty qui entendent l'espagnol, ainsi que nous l'avons vu Chapitre X.

Les espagnols de toutes ces contrées croient être d'une classe très-supérieure à celle des indiens, des nègres et des gens de couleur; mais il règne entre ces mêmes espagnols la plus parfaite égalité, sans distinction de nobles ni de plébéïens. On ne connaît parmi eux ni

fiefs, ni substitutions, ni majorats : la seule distinction qui existe est purement personnelle, et n'est due qu'à l'exercice des fonctions publiques, au plus ou moins de fortune, ou bien à la réputation de talens ou de probité. Il est vrai que quelques-uns d'entr'eux se glorifient de descendre des conquérans de l'Amérique, des chefs, ou même de simples espagnols; mais ils n'en sont pas plus considérés pour cela, et, dans l'occasion, ils épousent la première femme venue, pourvu qu'elle ait de l'argent, sans s'embarrasser de ce qu'elle était auparavant. Ils ont une telle idée de leur égalité, que je crois que, quand bien même le roi y accorderait des lettres de noblesse à quelques particuliers, personne ne les regarderait comme nobles, et qu'ils n'obtiendraient ni distinctions, ni services de plus que les autres. A Lima, on a érigé des titres de Castille (barons, comtes, marquis, ou ducs). J'ignore de quelle considération ils jouissent; mais, s'ils en obtiennent, peut-être ne la devront-ils qu'à leurs capitaux ou aux biens qu'ils possèdent. Ce même principe d'égalité fait que, dans les villes, aucun blanc n'en veut servir un autre, et que le vice-roi lui-même ne saurait trouver un cocher ou un laquais espa

gnol: c'est ce qui fait que tout le monde se sert de nègres, de gens de couleur, ou d'indiens.

Comme les espagnols different beaucoup les uns des autres, je parlerai d'abord des citadins, ou habitans des villes de BuenosAyres, Montevidéo, Maldonado, l'Assomption, Corrientes et Santa - Fé de la VeraCruz, que l'on peut considérer comme les seules villes espagnoles du pays. En effet, quoiqu'on y trouve encore quelques bourgs et quelques paroisses, leurs habitans ne sont pas réunis dans un seul endroit, comme en Espagne, mais très-dispersés dans les campagnes, dans des maisons isolées et très-éloignées de sorte qu'il n'y a guères à côté de l'église que le curé, quelque maréchal, quelque mercier ou épicier, et quelque cabaretier (pulpero ). Et même, lorsque quelques-uns des paroissiens construisent une case dans le bourg, elle ne leur sert que les jours qu'ils vont à la messe, ou à quelque fête ecclésiastique; après quoi, ils s'en retournent aux maisons qu'ils ont à la campagne.

Les villes que je viens de citer, renferment peut-être autant d'espagnols que tout le reste du pays; ce qui, à mon avis, est une coutume très-nuisible, à laquelle les chefs ne font pas

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