Pagina-afbeeldingen
PDF
ePub

EXTRAIT

D'une Lettre de M. Schmidt, de St.-Pétersbourg, adressée à M. Klaproth, en réponse à l'Examen des Extraits d'une Histoire des Khans mongols (1).

MONSIEUR,

Saint-Pétersbourg, le 22 Mai 1823.

J'ai reçu votre lettre du 15 avril avec l'examen de mes Extraits de l'Histoire mongole, et je vous demande la permission d'y faire les objections suivantes (2) :

1o. Je sais très-bien que la vie de Tchinghiz-khan, telle qu'elle est rapportée dans l'Histoire mongole de Sanan-Setsen, diffère considérablement du récit des écrivains chinois et mahométans, et qu'il s'y trouve des anachronismes incontestables. Je ne cherche pas à défendre ces erreurs, et si vous lisez les notes qué je prépare pour la traduction de cet ouvrage, vous y verrez que je soumets l'auteur mongol à une critique beaucoup plus sévère que vous ne l'avez fait vous même. Je suis par exemple surpris que vous ayez passé sous silence plusieurs de ces erreurs, et entre

[ocr errors]
[ocr errors]

(1), Inséré dans le Journal Asiatique, V. II, p. 193 suiv

(2) Plusieurs de ces objections confirment ce que j'avais dit du degré de confiance que méritait l'Histoire ancienne des Mongols, extraite par M. Schmidt. Pour les autres, j'ai ajouté des remarques qui servent à les affaiblir ou à les détruire entièrement.

KL.

autres, la paix de dix-huit ans, qui, comme nous le savons positivement, n'a jamais existé. Mon auteur compte aussi parmi les khans mongols Gouden ou Godan, frère de Gouiouk, et il diffère en cela des historiens musulmans et chinois. La raison en est que ce prince et sa mère avaient un fort parti dans le peuple, et que les Mongols ont toujours eu la plus grande vénération pour lui et pour Khoubilai, parcequ'ils sont les premiers qui ont introduit le Bouddhisme parmi eux. L'histoire de Sanan-Setsen ne dit absolument rien des princes mongols qui ont fait des conquêtes ou qui ont régné dans l'Occident de l'Asie, et le nom de Khoulagou même ne se trouve pas dans la liste des fils de Tollai. J'ai commis une faute en prenant Arrik et Boekè pour des noms de deux princes différens; c'est un seul nom Arik-Bœkè (Arik-Bouga).

2o. Je ne crois pas que les Solongos soient les Coréens, mais bien les Solons, appelés encore aujourd'hui Solong-Dakhour par les Mongols. L'histoire de la guerre contre eux, paraît aussi indiquer la contrée, située sur le fleuve Amour, ou la Daourie.

*

Remarque. -Ici M. Schmidt se trompe: Solonggos est le nom mongol des Coréens. Le Miroir de la langue Mongole (Vol. V, fol. 3 verso) dit: Tchookhianu kumæni SOLKHO kèmèmoi; bassa SOLONGGOs kèmèmoi. « Les gens » de Tchao-sian sont appelés SOLKHO; on les nomme en>> core SOLONGGOS. » Solkho est aussi en mandchou le nom de la Corée, appelée Tchao-sian par les chinois.

3. Vous avez raison de lire Tayan-khân. Ce nom

se trouve écrit de même dans l'ouvrage de SananSètsen. C'est dans un seul endroit qu'on lit Dain ou Taïn. Dans le manuscrit que je possède le et le ▲ sont souvent confondus, ce qui occasionne de fréquentes méprises. De cette manière j'ai lu Unkhagan au lieu de Ong ou Oung-khagan.

4°. Mon historien dit seulement que Temoudjin a été élu khaghan par les Aroulood (ou plutôt Aroulad), dont le chef était Bohrdji, le premier et le plus fidèle des compagnons de ce prince. - Marco Polo met cet évènement en 1187, ainsi deux ans avant l'époque indiquée par l'histoire mongole.

5°. Vous auriez pu vous épargner la note sur l'impossibilité reconnue par tous les savans qui connaissent le Mongol, que jamais dans cette langue les quatre consonnes ND GL puissent se suivre immédiatement. Le mot mondglokho est une faute d'impression pour monglocho, qui est véritablement mongol. Votre mongak, est vraisemblablement mongkak, qui ne signifie pas fou, mais bien obscur, hébété, barbare. Vous attribuez ces dernières significatious au mot monggoo (1), que je ne connais pas. Mong, signifie hardi, audacieux; de-là le nom Mong-khamar, que les Kalmuks donnent au plus haut promontoire de la chaîne des collines, qui, sur la frontière du gouvernement de Saratow commence au Wolga, et se perd insensiblement dans le step. Bergmann se trompe

[ocr errors]

(1) C'était une faute d'impression. Le mot cité par moi doit être écrit manggoo.

KL.

duit

en lui donnant le nom de Moo-khamar, qu'il trapar mauvais nez. Khamar ou khawar, en kalmuk et mongol, signifie aussi bieu nez que promontoire (1); comme tologhai (tête ) est le nom ordinaire qu'on donne aux collines isolées dans le step. Mong-khamar est donc le promontoire fier ou audacieux, puisqu'on le voit de très-loin dans les vastes plaines habitées par les Kalmuks, auxquels il sert souvent de guide.

6o. Je ne renonce pas encore au nom des Bidè, que j'écrirai dorénavant Bèdè, puisqu'il se trouve prononcé de cette manière dans les livres kalmuks. Les sinologues assurent que les Chinois choisissent exprès des caractères d'un sens humiliant, pour rendre les noms des peuples voisins, qui sont leurs ennemis naturels. J'aurai bientôt le plaisir de démontrer que Hioung-nou ou Khioun-nou est véritablement un nom mongol (2).

que

Remarque. Ce M. Schmidt dit du nom Bèdė, qu'il pense être identique avec la dénomination Pe-ti, ou barbares septentrionaux, par laquelle les Chinois désignèrent autrefois les peuples de la race toungouse, ne peut avoir aucun fondement, puisque cette dénomination

(1) Comme nos en russe, bouroun dans les langues turques, et oforo en mandchou. KL.

(2) Hioung-nou peut être un mot significatif en mongol; mais la nation qui portait ce nom était incontestablement turque. La ressemblance des sons des noms d'hommes ou d'endroits ne démontre nullement la parenté des peuples chez lesquels on les trouve. La ville russe de Toula n'a rien de commun avec Toul, Toulon et Toulouse en France, ni avec les Toulteques du Mexique. KL.

est véritablement significative; car les Chinois ont appelés Ti (barbares) ces mêmes peuples, long-tems avant de leur donner le nom de Pe-ti (barbares du nord ). Il n'y a donc ici aucun point de contact avec Bèdè, qui est l'ancien nom tubetain des Mongols.

Outre les Pe-ti, ou barbares du nord, les historiens chinois parlent encore d'un autre peuple qui porte le même nom, écrit, à la vérité, avec d'autres caractères; savoir, L'histoire de la Chine méridionale, pendant la division de l'empire qui eut lieu dans le Ve. et VI. siècle de notre ère, dit : « Le nom de la famille du roi des Pe-ti » est Tchhi, et son nom propre Szu-hi-ny. Les ancêtres » de cette peuplade étaient une tribu séparée des Hioung» nou. Quand Kouan-yng, sous les Han, faisait la guerre » contre les Hioung-nou, il fit mettre à mort un homme » de la tribu des Pe-ti. Cette tribu se trouve à l'orient du >> royaume des Houo. En allant de ce dernier pendant six jours vers l'occident, on entre dans la Perse (Po-szu). Leur » pays produït du blé et du froment, des melons, des fruits » et d'autres comestibles. Les Pe-ti ressemblent tout-à-fait » aux Houo. Sous la dynastie des Liang, la troisième des » années appelées Phou-thoung (522 de J.-C.), ils en» voyèrent une ambassade, qui apporta un tribut consistant » en productions du pays (1) ». Le même ouvrage dit que les Houo étaient une tribu séparée des Khiu-szu, ou des Ouigours. Les Pe-ti, qui leur ressemblaient parfaitement, étaient donc aussi une peuplade ouigoure, et non pas des Mongols.

[ocr errors]

7°. Votre remarque, sur la signification du mot dorona, est fondée; cependant son application ne

(1) Voyez Youan-kian-louy-han, Sect. CCCXXXVI, p. 27 recto.

« VorigeDoorgaan »