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çons bengalis, ouigours et mongols qu'il serait à désirer de voir completter et mettre en œuvre. En offrant à un artiste habile les modèles d'un caractère arabe correspondant à notre Saint-Augustin, et d'un autre analogue au Petit-Romain, M. Langlès a voulu que ces deux caractères pussent servir à imprimer aussi le persan, le turk, l'hindoustani, le malais et le pouschto ou idiôme des Afghans; et il a fait graver ou frapper tous les signes particuliers à ces diverses langues, de manière à réunir dans une même casse les élémens de l'écriture des six peuples qui font usage de l'alphabet arabe. Le style d'écriture qu'il a adopté, et qu'il nomme Nestaalik, est une sorte de Neskhi, qui comporte un plus haut degré de liberté et d'élégance que le caractère ordinaire. Personne n'ignore les difficultés qu'on rencontre en voulant assujétir les formes variables et les combinaisons multipliées de la calligraphie arabe aux procédés réguliers de notre typographie. M. Langlès n'a pu les surmonter entièrement qu'en portant à 175 le nombre des poinçons, et à plus de 300 celui des cassetins ou plombs. On doit savoir à M. Langlès d'autant plus de gré de l'achèvement de cette belle entreprise, que les avantages n'en sont pas concentrés dans une seule imprimerie, et que cette nouvelle richesse typographique entrera effectivement en circulation. Déjà nous nous sommes empressés de nous procurer une fonte de ce nouveau caractère, et les rédacteurs de ce journal croient exprimer un sentiment commun à tous les amis de la littérature orientale, en remerciant M. Langlès de leur avoir procuré un secours qui leur manquait, et au moyen duquel la Société pourra publier plus facilement des ouvrages utiles, et donner plus d'importance et de développement aux discussions littéraires dont son Journal s'enrichira chaque jour de plus en plus.

A. R.

(Octobre 1823.)

JOURNAL ASIATIQUE.

Exposé des principaux Dogmes tibétains-mongols. Extrait de l'ouvrage de B. Bergmann, traduit par M. MORIS (1).

PARMI les religions polythéistes, aucune ne mérite autant d'exciter notre curiosité et notre attention, que la religion tibétaine-mongole, soit pour la combinaison systématique de ses dogmes, soit par l'élan poétique de ses principes, soit par la plus pure morale qui en fait le fondement.

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'Cette religion, qui s'est répandue dans une partie de l'Asie, principalement en Chine et dans les lieux où habitent les peuplades mongoles, d'après les mémoires kalmuks, tire son origine d'Enetkek ou de l'Inde. La vraisemblance de cette origine est pour

(1) Nous avons annoncé dans notre neuvième numéro ( T. II, p. 179), la prochaine publication de la traduction de l'ouvrage de B. Bergmann, sur les Mongols. Nous pensons que nos lecteurs verront avec plaisir quelques échantillons de cette traduction, qui fera connaître en France un livre aussi curieux pour les savans, qu'intéressant pour les gens du monde, et qui donnera des idées justes sur la religion, les opinions philosophiques et les habitudes morales de l'une des branches les plus célèbres de la nation mongole. On ne peut qu'applaudir au zèle que M. Moris a mis à faire passer dans notre langue l'un des ouvrages allemands les plus importans pour l'histoire et la géographie. N. d. R.

T. III.

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ainsi dire confirmée par la ressemblance frappante qu'il y a entre les dogmes indiens et les dogmes tibétains-mongols.

Les raisons qu'on peut donner à l'appui de cette opinion consistent : 1o Dans l'hypothèse, qui n'est pas contestée, que l'Inde fut jadis le berceau du genre humain, et par conséquent celui de la première religion; 2° dans la haute antiquité que les traditions indiennes donnent à cette origine qu'ils placent avant celle de Brama; 3° enfin dans l'enthousiasme pour la sagesse indienne qui régnait en Europe et en Asie, et qui a pu être communiquée aussi aux Mongols.

Les ressemblances frappantes, entre les dogmes indiens et les dogmes tibétains-mongols, se font remarquer partie dans leurs principaux dogmes, savoir; La chute des esprits et celle des hommes, la migration des ames, les châtimens futurs et les purifications; partie dans les suppositions cosmogoniques; partie enfin dans une foule d'usages religieux qui diffèrent fort peu entre eux chez les Indiens et chez les Tibétains-Mongols.

Quoiqu'il existe quelques différences entre les dogmes de l'Inde et ceux du Tibet, et que, dans l'un de ces pays, il y ait des dogmes qui ne sont pas adoptés dans l'autre, il n'en résulte point que l'origine de la religion tibétaine-mongole, ne soit point indienne, puisque les tems et les lieux ont dû faire naître des changemens, ou faire oublier certaines choses. L'intérêt particulier et celui des peuples ont pu aussi étouffer certains dogmes, et en mettre d'autres, au contraire, dans la plus grande évidence.

Les Indiens réunissent le monothéisme et le polythéisme. Les Tibétains-Mongols honorent une foule de dieux, sans reconnaître un Créateur tout-puissant qui dirige tout, et qui rend hommage à Brama. Cette différence est assez grande; mais si l'on réfléchit que ce dogme, même dans l'Inde, est regardé comme se cret parmi les prêtres, on trouve au moins une raison qui sert à expliquer pourquoi cette base du système religieux des Tibétains a été étouffée par les fondateurs, et le fut de telle manière, qu'enfin les prêtres et les peuples partagèrent la même ignorance et la même erreur. Peut-être aussi ce dogme est-il encore caché dans quelques livres mongols? Peut-être les prêtres mongols sont-ils plus secrets sur ce dogme que ceux de Brama.

Les Indiens croient à une espèce de trinité qui réunit, sous le nom de Trimoutri, c'est-à-dire trois personnes, les trois ouréon, du seul Dieu, tandis que les Mongols ne reconnaissent que les trois sublimes honorables (Dedou-Gourban-Aerdeni), sans qu'ils entendent par là une trinité. Le Mongol entend sous cette dénomination seulement la sainteté du Bourkhan, le dogme et les prêtres. La manière dont les Bramines envisagent leur trimoutri n'a-t-elle pu recevoir à dessein une autre signification dans les DedouGourban-Acrdeni mongols? Il y a des raisons en faveur de cette opinion que je développerai plus

tard.

Avant le commencement de toute chose, d'après les Mongols, il existait dans les régions supérieures du

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ciel des êtres divins (Tengheri) parmi lesquels les uns étaient plus puissans que les autres. Un de ces êtres, nommé Dewong-Kharra, forma un monde tiré du chaos. Ce monde existera pendant six révolutions, dans lesquelles l'âge des hommes doit successivement décroître depuis 80,000 ans jusqu'à 10 ans, et augmenter de nouveau depuis 10 ans jusqu'à 80,000 ans. Les mers et les fleuves se dessécheront enfin, et la terre, détruite par le feu ainsi que les six ciels inférieurs et l'enfer, rentreront dans le néant.

Avant la création du monde, une longue période de tems avait existé confondue dans le chaos, lorsqu'un grand vent vint à souffler et forma une masse profonde de 1,600,000 bères (1), et longue de 10,000 bères. Une quantité de nuages d'or s'amoncelèrent, et se changèrent en une pluie dont les gouttes étaient de la grandeur d'une roue à chariot. Ce fut ainsi que la mer du monde fut formée. Sa longueur était de 1,120,000 bères, et sa largeur de 1,203, 450.

Sur la surface de cette mer immense, la force du vent forma une écume qui couvrit 320,000 bères de sa superficie; c'est à l'épaississement de cette écume qu'est due la formation du monde actuel.

Lorsque par l'épaississement de l'écume le monde commença à se développer, sur l'immense Océan flottait une tortue couleur d'or, que le divin Manchouchari avait créée, afin de la percer, avec une flèche, et de l'enfoncer dans la profondeur de la mer; c'est sur cette tortue que fut fondée la montagne Sumer.

(1) Une mesure de huit werstes environ de longueur.

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