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On s'informa auprès du soleil, mais sa réponse ne fut pas satisfaisante; on eut recours à la lune, celle-ci in diqua le lieu ou Aracho était caché. On le tira de son réduit, et son audace fut punie par les autres dieux. Depuis ce tems pour se venger il poursuit le soleil et la lune, et chaque fois qu'il parvient à saisir l'un ou l'autre de ces astres, il y a éclipse. Pour sauver ces corps lumineux du danger, on fait dans le ciel un bruit avec des instrumens de musique qui effraient Aracho, il lâche alors sa proie pour la poursuivre de nouveau.

Les autres étoiles sont aussi de grandes boules de verre brillantes; leur grandeur est très-loin d'être aussi considérable que celle du soleil et de la lune, puisque les plus grandes n'ont que 3,000 coudées de circuit, les moyennes 1,500, et les plus petites 500 (dans le Jertunntchun-tooli cette grosseur diffère). L'étoile polaire, qui porte le nom de Pieu d'or ( altan Gassounn), est immobile; mais les autres étoiles sont traînées par des chevaux aériens. Pendant le jour la montagne Sumer nous cache les étoiles; leur nombre est de 285,000,000. La chute d'une étoile indique chaque fois la mort d'un Tengheri qui descend sur la terre pour animer un autre corps.

C'est à un monstre ailé (lou), qui habite paisiblement en hiver dans les sept mers, et qui en été s'élève au-dessus de leur surface, couronné de brouillards et de nuages, qu'est attribuée la cause de ces phénomènes de la nature. Un Tengheri, monté sur ce dragon monstrueux, l'oblige de faire entendre sa voix de tonnerre, et le feu qui sort de sa gueule enflammée est ce qui

produit l'éclair. Le Tengheri lance quelquefois sur la terre des flèches qui y portent la mort et le ravage.

Le changement qui avait eu lieu chez les hommes leur fit apercevoir leur nudité, ils en rougirent et se couvrirent; mais aussitôt les désirs prirent naissance. La faim ne put être rassasiée par le dangereux Chimé, car celui-ci fut consommé en telle quantité qu'en peu de tems il disparut. D'abord les hommes eurent recours au miel sauvage, ensuite au fruit salla. Ces moyens de subsistance tarirent aussi, car les hommes, par une prévoyance exagérée, commencèrent à amasser des provisions. Le superflu des uns, la pénurie des autres, fit naître des disputes sérieuses, Celles-ci obligèrent les habitans de la terre à choisir des chefs pour mettre un frein aux abus de la force, et établir des lois pour protéger les droits de chacun ; mais ces chefs abusèrent de leur pouvoir, et de juges qu'ils devaient être, ils devinrent despotes; ce fut ce qui occasiona parmi les hommes la différence des conditions.

La dégénération des hommes ayant augmentée de plus en plus, leur âge diminua aussi, et bientôt ils ne parvinrent qu'à l'âge de 30,000, ensuite 20,000, puis 10,000 et 1000; enfin 100 ans. Cet âge est le plus haut où les hommes de la génération actuelle peuvent prétendre.

Lorsque la période de tems pendant laquelle les hommes doivent vivre 100 ans sera passée, leur vie sera réduite à 10 ans, et leur grandeur diminuera à proportion de leur âge. Les hommes futurs ne gran

diront pas au-dessus d'une coudée. Un enfant qui aura reçu le jour dans la nuit, déjà le lendemain se mettra à courir autour du foyer. Les hommes se marieront à 5 ans...

La dégénération continuelle du genre humain ren→ · dra sa destruction nécessaire, et une génération meilleure sera produite de nouveau. Quand l'époque fixée pour la destruction commencera, pendant sept ans de suite, la terre ne produira rien, et la plupart des pygmées périront. Ensuite, parmi les nains qui auront survécu, un des plus vertueux entendra une voix venant du ciel, qui annoncera que, pendant sept jours, de suite, il pleuvera des épées. Ce pygmée, ainsi prévenu par cette voix, cherchera dans les cavernes de la montagne un lieu pour se retirer avec sa famille. Alors, pendant sept, jours, il ne pleuvera que des épées, la terre, sera couverte de cadavres et de sang, et tout sera détruit. Une forte pluie d'eau succédera à celle des épées, et lavera la terre; une seconde pluie bienfaisante ramenera la végétation. Une nouvelle pluie, qui succédera aux précédentes fera tomber des habits, des ornemens, des pierres précieuses, des vivres pour servir à ceux qui auront survécu et qui, en sortant de leur caverne, se réjouiront de la nouvelle création. Les vertus reprendront peu à peu leur empire, et la vie des hommes augmentera dans la même proportion qu'elle avait diminuée.

LA PIÈCE D'OR (1),

Séance de Hariri, traduite de l'arabe par

.:

TASSY.

M. GARCIN DE

JE me trouvais un jour dans une assemblée compo. sée d'hommes aussi spirituels qu'aimables. Parmi eux le briquet du génie ne manquait jamais de donner des étincelles, et le feu de la dispute n'élevait point ses flammes dévorantes. La conversation roulait sur des objets littéraires, lorsque tout à coup un boiteux, portant, la livrée de la misère, pénètre dans la salle où nous étions. Il s'avance vers nous, nous fait avec la plus rare éloquence le récit des malheurs auxquels il était en proie, et finit par implorer notre générosité (2).

A ces paroles, touché de compassion pour lui, je voulus soulager sa misère; et, frappé de la manière dont il nous avait tracé le tableau de son infortune, et du choix heureux de ses expressions, il me vint dans l'idée d'essayer s'il serait en état d'improviser des vers. Je tirai donc de ma bourse une pièce d'or, et la faisant briller à ses yeux, tiens, lui dis-je, si tu

(1) Voyez ce Journal, Tome I, p. 292.

(2) Je n'ai pas besoin d'avertir que, dans le texte, cet homme tient un long discours, plein de jeux de mots et de métaphores intraduisibles, qui finit par ces mots : « Oui, j'en jure par celui qui m'a fait venir de la tribu de Caïla, je suis le frère de la pauvreté. De là vient que Hariri a donné à cette séance le titre de Caïla. On lit, dans plusieurs manuscrits, Séance de la pièce d'or.

te sens capable de faire à l'instant même en vers l'éloge de cette pièce, elle est à toi. Je n'avais pas achevé ma proposition, que ces vers, semblables à des perles, découlèrent de sa bouche :

« Quelle agréable couleur; qu'une pièce d'or est une jolie chose ! L'or traverse tous les pays, il a partout la même valeur; il donne le contentement, il fait réussir l'homme dans toutes ses entreprises: sa vue seule réjouit, et l'amour violent qu'il inspire ne peut s'exprimer ; aussi celui dont il remplit la bourse estil fier et superbe, car l'or peut lui tenir lieu de tout. Que de gens, qui par son moyen trouvent partout des esclaves prêts à exécuter leurs ordres, seraient sans lui condamnés à se servir eux-mêmes. Que d'affligés dont il dissipe l'armée des noirs chagrins; que de beautés il parvient à séduire; que de colères il appaise; que de captifs dont il brise les chaînes et dont il sèche les larmes. Oui, si je n'étais retenu par les sentimens religieux, j'oserais attribuer à l'or la puissance de Dieu même. »

Après avoir proféré ces vers, le poète tendit la main demandant la pièce d'or. « Celui qui est bien né, dit-il, tient ce qu'il a promis, de même que le nuage envoie la pluie après avoir fait entendre le tonnerre. » Je m'empressai de lui remettre aussitôt le dinar. Notre étranger se disposait à partir après m'avoir remercié; mais j'étais si content de la manière dont il avait fait l'éloge que je lui avais demandé, que tirant de ma bourse une nouvelle pièce d'or, je lui dis : « Pourrais-tu faire actuellement des vers con

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