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Explication de cinq Médailles des anciens rois musulmans du Bengale ; par M. REINaud.

CES médailles sont en argent, et portent des inscriptions arabes; elles ont été trouvées au milieu des ruines d'un fort, sur les bords de la rivière Barhampoutz, dans le Bengale, par M. Duvaucel, naturaliste français, qui les a offertes à la Société Asiatique. Elles étaient accompagnées d'une transcription des légendes en caractères européens. C'est M. Prinsep qui est l'auteur de cette transcription, et l'on voit en la lisant qu'il a bien lu les noms et les titres des deux princes auxquels les médailles appartiennent; mais il s'est abstenu de tout développement : il a même laissé en blanc le nom de la ville où elles ont été frappées. Ces médailles sont les premières des rois du Bengale qui soient parvenues en Europe dans un bel état de conservation; celles qu'on a publiées jusqu'ici (1), et qui se tronvent dans le cabinet de l'académie de Goëttingue, paraissent mal conservées et les explications en sont défectueuses. Nous croyons donc faire une chose agréable à la Société en essayant de jeter quelque jour sur ce genre d'antiquités musulmanes. Nous donnerons d'abord les légendes en caractères orientaux avec une traduction française; ensuite nous présenterons les réflexions auxquelles ces médailles ont donné lieu.

(1) Voy. les Commentationes Societatis Gottingensis, tom. XIV, pag. 164.

No I.

Médaille de Schems-eddin Elias-Schah, roi du Bengale, de l'année 754 de l'hégire, ou 1353 de J.-C.

Le sultan juste

Schems-eddounia-oua-eddin

le victorieux Elias

schah, Sultan,

second Alexandre,

السلطان العادل شمس الدنيا والدين ابو المظفر الياس شاه السلطان

سکندر الثاني الخلافة

يمين

صر امیر المومنین نا

ضرب هذه السكة بحضرة جلال سنار گانوسنة اربع : Legende

و خمسين وسبعماية

bras droit du califat

et protecteur du commandeur des croyans.

Cette pièce a été frappée dans la brillante résidence (la ville) de Sonarganou, l'an 754.

N° II.

La même médaille que la précédente, mais d'un travail plus grossier.

N. III.

Médaille de Sekander-schah fils d'Elias-schah, roi du Bengale, de l'an 760 de l'hégire ou 1359 de J.-C.

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هذه السكة بحضرة جلال ستارگانو سنة ستين ؛ .Leg

ضرب وسبعماية

الواثق بتایید الرحمن أبو المجاهد

Cette pièce a été frappée dans la brillante résidence de

Sonarganou, l'an 760.

B.

No IV.

Médaille du même prince.

Le fort par la puissance

de Dieu, le zélé

Sekander-schah fils d'Elias

schah, Sultan,

bras droit

du calife de Dieu, protecteur du

commandeur

سکندر شاه ابن الیاس شاه السلطان

يمين

خليفة الله ناصر امیر

الاسلام و -des croyans, défenseur de l'isla المومنين عون

المسلمين خلد خلافته*

misme et

des musulmans

que son califat soit éternel.

Cette médaille a cela de particulier, qu'elle porte une légende de chaque côté. On lit du côté opposé au revers, les titres du calife qui vivoit sous le roi Sekander, avec les noms des quatre premiers califes placés entre des espèces de parenthèses. Voici cette légende :

الامام أبو بكر الاعظم (عمر) والخليفة (عثمان) المعظم

( على )

C'est-à-dire : L'imam suprême et le calife magnifique : Abou-becr, Omar, Othman et Ali.

La légende du revers est tronquée. On y lit

:

ضرب السكة المباركة في بلك المحروسة

Cette pièce bénie a été frappée dans la ville la bien gar

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N° V.

Médaille du même prince.

الامام الاعظم ابو المجاهد سکندر

شاه ابن الیاس شاه السلطان

يمين خليفة الله ناصر امیر

المومنين خلد الله خلافته*

L'imam

suprême,

le zelé Sekander

schah fils d'Elias

schah, Sultan,

bras droit du calife

de Dieu, protecteur du commandeur

des croyans, dont Dieu

perpétue le califat.

La légende est rognée. On distingue à peine le bout des lettres. Je crois apercevoir cependant que cette médaille a été aussi frappée dans la ville de Sonarganou.

Elias-schah et son fils Sekander-schah, dont les noms se trouvent sur ces médailles, furent les deux premiers rois de leur race qui régirent le Bengale. Elias-schah s'empara de l'autorité en fesant périr Alaeddin qui l'exerçait avant lui. Cet événement eut lieu vers l'an 743 de l'hégire, ou 1342 de J.-C. Le premier de ceux qui se rendirent souverains du Bengale, avait commencé assassiner celui qui en avait le gouvernement sous la dépendance des sultans de Dehli. Après avoir régné un peu plus de deux ans, il fut tué par Alaeddin qui le fut, à son tour, par Elias-schah. Ainsi, cette suite d'assassinats fut l'ouvrage de quelques années. Jusqu'à cette époque, le Bengale avait

par

formé une des provinces de l'empire des sultans de Dehli. L'Hindoustan tout entier et une partie du Dekan, composaient cet empire. Le pays qui donna le premier le signal de l'indépendance, fut le Bengale, et cet exemple fut suivi en peu de temps de la révolte du Guzarate, du Dekan, etc. Dès ce moment l'empire des sultans de Dehli fut démembré, et ce corps immense ne commença à se réunir qu'au seizième siècle, sous Akbar, empereur mogol.

Cette grande révolution fut causée par le désordre qui se mit tout d'un coup dans l'empire, sous le règne du sultan Mohammed-schah. Ce prince, en montant sur le trône, conçut l'idée de faire la conquête du Monde. Il aspirait, disent les auteurs orientaux, à égaler le grand Alexandre; dans cette vue, il essaya d'envahir le Corassan et les pays qui bornent l'Inde du côté du nord. Son entreprise ayant échoué, les gouverneurs des provinces profitèrent de la faiblesse du souverain pour se rendre indépendans. Telle fut l'origine des troubles qui ne cessèrent dès-lors de dé soler l'Inde. Mohammed-schah tenta, mais en vain, de soumettre les rebelles; le Bengale opposa toujours la plus vive résistance. Dès qu'Elias-schah fut maître du trône, il prit le titre de sultan et tous les attributs de la souveraineté. Comme il était toujours à la veille d'être attaqué par le sultan de Dehli, il fixa sa résidence vers les frontières occidentales de ses états du côté de Dehli, et choisit pour sa capitale la ville de Pandoua, dont il venait de jeter les fondemens à peu de distance des ruines de Gour, non loin des rives du

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