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CHAPITRE VIII

ÉCOLES SUPÉRIEURES POUR LES JEUNES

FILLES

I

Il existe en Prusse et en Allemagne un grand nombre d'établissements d'instruction primaire pour les jeunes filles. Depuis plusieurs années elles participent aussi aux leçons données dans les écoles bourgeoises et les écoles réelles qui leur sont ouvertes. Mais, au-dessus de ces deux ordres d'établissements, il n'existe, excepté dans quelques grandes villes, rien qui ressemble à cet enseignement supérieur, à ces hautes études littéraires et scientifiques qui sont devenues chez plusieurs nations de l'Europe, comme aux États-Unis, l'objet des aspirations des femmes appartenant aux classes élevées de la société. Malgré quelques tentatives isolées qui se sont produites dans ces derniers temps, on peut dire que l'éducation des femmes allemandes ne s'était pas encore élevée au-dessus du niveau qui a longtemps, en France, en Angleterre et ailleurs, marqué la limite que l'enseignement donné

aux jeunes filles et aux femmes ne devait pas franchir. Nous ne pouvons y signaler rien qui se rapproche de l'éducation supérieure que les jeunes gens reçoivent dans les Gymnases et encore moins dans les Universités. Ce n'est pas dans le pays classique des inégalités sociales et politiques qu'il faut s'attendre à voir s'introduire de longtemps le principe moderne de l'égalité dans l'éducation pour les deux sexes. On voit donc ce qu'il faut entendre par la qualification d'écoles supérieures de jeunes filles. Il ne s'agit ici, en effet, que de ce degré d'instruction, dont j'ai fait connaître la nature dans les chapitres consacrés aux écoles bourgeoises et aux écoles réelles.

Avant de parler des tentatives ayant pour objet une plus grande extension et une plus grande importance donnée à l'éducation des filles, je dirai quelques mots de ces écoles supérieures, auxquelles s'appliquent ce que l'on sait des écoles de garçons du même degré.

La ville de Berlin ne possède pas aujourd'hui moins de sept écoles supérieures pour les jeunes filles. Trois ont été fondées par l'État, et les quatre autres par la ville elle-même. Ces sept écoles réunissent aujourd'hui 2 660 élèves. L'école fondée en 1838 par l'administration municipale est une des plus florissantes. Le programme des études est le même que celui des écoles hourgeoises. On y con

sacre seulement un plus grand nombre de leçons à l'enseignement de la langue française. Les cours sont presque gratuits, car les dépenses mensuelles ne dépassent pas, même pour les élèves des divisions supérieures, 3 thalers, c'est-à-dire 11 fr. 25. L'établissement n'a pas de pensionnaires. Les jeunes filles qui y sont admises vivent dans leurs familles. Les États du Nord n'ont plus d'internats cloîtrés, il n'en existe plus que dans quelques États du Sud.

L'École royale, plus récemment établie à Berlin, donne à peu près le même enseignement aux jeunes filles pendant les huit années qu'elles y passent. On y a joint une division supérieure (oberschule), dont les cours sont de deux années, et une école normale destinée à former des institutrices privées et des maîtresses d'école.

Cette école normale d'institutrices est parfaitement organisée. L'enseignement y est gratuit et se complète en trois ans. Le nombre des élèves est de 36; on n'en reçoit par conséquent que douze chaque année. Pour y être admises, les jeunes filles doivent: 1° être âgées de 16 ans accomplis; 2o appartenir à une famille irréprochable de Berlin, et 3° enfin avoir subi avec succès un examen écrit et un examen oral portant sur les matières suivantes : religion, langue allemande, langue française, arithmétique, géographie, histoire, écriture.

Pendant les premiers mois qui suivent leur en

trée dans l'école, les élèves doivent étudier dans tous ses détails l'organisation de l'École royale, ainsi que la tenue des classes et les méthodes qu'on y suit. Au bout de six mois, elles rendent compte au directeur de leurs observations et lui font connaître en même temps les branches d'enseignement pour lesquelles elles ont besoin d'être spécialement préparées. Dans le deuxième semestre, on leur explique les différents systèmes d'enseignement et les règles pédagogiques que l'expérience indique comme les meilleures. En même temps elles. vont dans l'après-midi, accompagnées par une ancienne institutrice, donner des leçons de tricot et de travaux d'aiguille, dans les quatre classes inférieures de l'École royale. Dans la troisième année, elles sont envoyées dans les écoles publiques de la ville pour faire la classe aux élèves des divisions les moins avancées. Les leçons théoriques et pratiques de pédagogie sont, avec raison, l'objet de soins particuliers de la part des directeurs de l'école normale. Le cours se compose en général de quatre parties: la pédagogie, la théorie, l'éducation et l'art d'enseigner. Elles ont à faire sur cette science des compositions écrites d'après lesquelles on peut juger de leur aptitude.

Les progrès de l'enseignement seront médiocres, tant que les écoles normales d'institutrices ne se seront pas multipliées. On vient récemment d'en

fonder une à Droyssig. Celle de Münster, établie en 1832, est soutenue par une dotation provenant des biens d'un ancien couvent de femmes, supprimé en 1811. Elle reçoit 50 élèves sur lesquelles 16 seulement sont pensionnaires. Les autres ont leur résidence dans la maison paternelle ou dans des familles honorables désignées par les directeurs de l'établissement.

II

Leipzig, qui avait fondé en 1804 la première Bürgerschule pour les garçons, a voulu offrir aux jeunes filles le même degré d'instruction. La création de cette école supérieure était d'autant plus nécessaire que la ville n'avait eu jusqu'alors pour l'éducation des filles que des écoles privées dans lesquelles on ne s'occupait guère que de leur apprendre à lire et à écrire. Aujourd'hui l'école supérieure est en pleine prospérité. Il y a fort peu de différence entre les programmes de l'enseignement pour les élèves des deux sexes. On les trouve en général trop chargés, et le labeur exigé des enfants de dix à seize ans qui les suivent paraît excessif pour un âge où les exercices physiques, qui fortifient le corps, ne doivent pas être sacrifiés aux travaux de l'esprit.

L'école israélite de Francfort, désignée sous le

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