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rières qui eussent conservé au pays son caractère fédératif. On n'a pas été long à comprendre à Weimar l'avantage de cette situation. En recevant, le 13 juillet, les ministres des Finances des Etats particuliers, M. Erzberger leur a fait savoir que l'Allemagne (l'Empire et ses Etats), ainsi que s'exprime le traité, étant dorénavant consi déré comme un bloc, toutes ses ressources financières devraient nécessairement passer à la caisse centrale. Les Etats particuliers, pour autant qu'ils subsisteront, ne pourront donc établir leur budget qu'au moyen d'allocations de l'Empire, ou en percevant, à l'instar des communes, des centimes additionnels sur les contributions directes. li est évident que, quand la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg ne seront plus en état de rétribuer leurs fonctionnaires particuliers et d'entreprendre, pour leur propre compte, des travaux d'intérêt public, il n'y aura bientôt plus ni Saxe, ni Bavière, ni Wurtemberg. Et commen! de nouveaux Etats se créeraient-ils, comment des portions de territoires se sépareraient-elles de la Prusse, s'il est impossible, pour ces nouveaux organismes, de vivre sur leurs propres ressources?

Les Alliés n'ont évidemment pas prévu cette conséquence fatale de leur étroitesse de vues. Actuellement, les Etats du Sud résistent encore à l'absorption économique par l'Empire. L'unité financière de l'Allemagne n'est point faite. Mais le vote des nouveaux impôts que discute l'Assemblée nationale obligera les « membres de l'Empire » à céder. Par contre l'unité politique peut être considérée comme définitivement assurée depuis le 31 juillet. L'adoption en troisième lecture du projet de Constitution rend illusoires toutes les velleitės séparatistes qui se manifestent depuis huit mois chez nos anciens adversaires.

Après l'armistice du 11 novembre toutes les possibilités étaient ouvertes. L'Empire se trouvait en pleine désorganisation. Le pouvoir central n'existait pour ainsi dire plus et le cri de Los von Berlin! retentissait sur plusieurs points du pays. A Munich, le gouvernement de Kurt Eisner était nettement opposé à la Prusse et ne demandait qu'à négocier avec l'Entente. Dans la province rhénane, le Centre catholique et les milieux industriels apercevaient tout le parti qu'ils pourraient tirer de l'occupation, pour faire revivre des tendances qui, pendant cinquante ans, avaient alimenté l'opposition an régime prussien. Les aspirations guelfes n'étaient pas endormies dans le Hanovre et ne demandaient qu'à revivre. Avec un peu de clairvoyance et d'esprit politique on pouvait donner de la consistance a ce qui n'était que velléités. Les dynasties ayant disparu avec leurs enchevêtrements territoriaux, rien ne s'opposait à des regroupements d'Etats autonomes. La Hesse-Darmstadt, guidée par des vues asse égoïstes, a fait, il y a quelques semaines, des tentatives dans ce sens. Elle n'est parvenue qu'à provoquer, de la part du Palatinat, unė

manifestation de loyalisme... bavarois. Là encore nous pouvions agir efficacement. Le malencontreux « coup d'Etat » de Dorten, que la presse française fut à peu près unanime à saluer, au commencement du mois de juin, comme l'aurore d'une république rhénane, ne pouvait qu'échouer lamentablement, parce qu'il ne s'appuyait sur rien. Ceux-là mêmes qui avaient été jusque-là les plus solides partisans du séparatisme rhénan furent surpris par la soudaineté d'une manœuvre qu'on se plut à les laisser ignorer. Il était difficile de procéder d'une façon plus maladroite !

Mais ne nous y trompons pas. Les aspirations des Rhénans vers un régime autonome, qui les rendrait indépendants de la Prusse, n'ont pas été imaginées par quelque gazetier, en mal d'informations. Elles existent véritablement et le parti du Centre catholique les encourage, avec prudence, à vrai dire, car il ne voudrait à aucun prix se voir accusé de tendances anti-nationales, mais en leur prêtant l'importante tribune de la Gazette populaire de Cologne, où les opinions les plus diverses se sont fait entendre depuis plusieurs mois. Activistes et légalistes sont loin d'être d'accord sur la façon dont il faudrait procéder pour réaliser la constitution d'une république autonome. Aussi le gouvernement impérial vient-il brusquement d'arrêter leurs controverses, en faisant rentrer le problème rhénan dans la voie légale, par des mesures législatives.

Les Allemands se rendent très bien compte du prestige qu'exerce la France dans les territoires occupés et du danger qui peut en résulter pour le sentiment national allemand. Pour canaliser le mouvement et lui enlever son caractère anti-prussien ils ont donc eu recours à un subterfuge. Après avoir accusé de trahison ceux qui voulaient organiser une république dans les limites des régions cirhénanes, ils ont favorisé, au contraire, toutes les manifestations qui auraient leur centre sur la rive droite du Rhin. Le 23 et 24 juillet s'est tenue à Dusseldorf, sous les auspices du ministre prussien des cultes, M. Haenisch, une conférence de notabilités rhénanes qui, si elle n'a pas donné de résultats, a permis cependant des échanges de vues entre riverains occupés et riverains libres. La déclaration de M. Haenisch a été particulièrement significative. Il a montré que l'Allemagne évoluait forcément vers l'Etat unitaire, simplement parce que l'Empire prendrait en main successivement toutes les institutions particulières. Pour le moment, la seule chose qui importait, c'était de développer le sentiment unitaire sur la rive gauche du Rhin et d'y fortifier l'attachement à l'Empire. Le meilleur moyen. d'arriver à ce résultat, selon un autre orateur, serait précisément de souder plus étroitement les deux rives, en créant une union politique entre les territoires occupés et les territoires rhénans non occupés. M. Würmeling, président supérieur (préfet) de Westphalie, a été à

vrai dire d'avis qu'il faudrait ajourner toute agitation en faveur d'un Etat rhénan, jusqu'au moment où la rive gauche serait évacuée par les armées étrangères, mais l'idée n'en a pas moins prévalu qu'une organisation autonome du Rhin favoriserait la propagande nationale dans les territoires occupés.

Malgré ces belles perspectives, on s'inquiète en Prusse de ces tendances séparatistes. M. Wolfgang Heine, ministre prussien de l'intérieur et socialiste majoritaire, a publié, dans le Vorwaerts du 29 juillet, un long article pour protester contre le « morcellement ». Pour dorer la pilule aux séparatistes, il déclare tout d'abord qu'il comprend parfaitement leur opposition à l'esprit prussien. Mais << tous ceux qui veulent s'éloigner de la Prusse affirment maintenant que de cette façon ils entendent fortifier l'Empire ». Pour lui, après la catastrophe, il n'y a qu'une seule politique, celle de l'union entre tous les Allemands, afin qu'ils édifient, dans un sentiment commun, un nouvel esprit, dans un travail commun, une nouvelle forme de l'Etat ».

Plus on affaiblit la Prusse, poursuit Wolfgang Heine, plus on lui fait perdre sa force centrale, plus est grand le danger de voir ses pays fromtières graviter vers le voisin plus fort. Cela d'autant plus que celui-ci està même d'agir par des concessions économiques et que l'espoir de soustraire la fortune personnelle aux impôts de confiscation que l'Empire est obligė d'exiger joue déjà un rôle considérable.

Toutes ces aspirations constituent les plus graves dangers pour la force de l'Allemagne à l'extérieur. Mais, à l'intérieur, leur effort ne serait pas moins néfaste.

L'Allemagne a donc pris des mesures importantes pour mettre un frein aux velléités séparatistes et pour arrêter les tendances au morcellement. La Prusse, par un projet d'autonomie des provinces, l'Empire par des dispositions spéciales, introduites dans la nouvelle Constitution, imposent un terme aux aspirations que nous avons été incapables d'encourager et de développer au moment où il en était encore temps.

Le projet prussien, de l'aveu même de ses promoteurs, est une loi de circonstance (Notgesetz). Les assemblées des provinces, qui correspondent à peu près à nos conseils généraux, y obtiennent le droit de légiférer en matière scolaire et dans les questions municipales Des conseils sont adjoints aux autorités provinciales qui se réuniront périodiquement pour formuler des voeux et participer à l'élaboration de statuts locaux. Une seconde langue officielle peut être admise dans les régions bilingues. Ceci s'applique surtout à la HauteSilésie, qui actuellement n'est qu'un cercle de gouvernement et sera érigée en province. En lui conféant dès maintement une complète autonomie administrative, le gouvernement espère que ce plébiscite

ordonné par le traité de paix sera favorable au maintien du régime prussien. Ce vaste programme régionaliste, qui tiendra compte des aspirations locales de certaines régions, doit permettre à la Prusse de maintenir son autorité, partout où se manifesteront des tendances séparatistes. Ainsi, « l'épine dorsale de l'Empire »> ne sera point affaiblie.

Le projet de Constitution, adopté à Weimar, le 31 juillet, par 262 voix contre 75, contient un article relatif aux modifications des frontières territoriales, dont la teneur a paru si importante que la discussion en a été retardée jusqu'au dernier jour. Cet article 18, à chacune des trois lectures du projet, a été complètement modifié et, chaque fois, de longues négociations entre les groupes de la majorité ont précédé la rédaction du texte. A la motion de compromis LobeTrimborn-Heile, adoptée en seconde lecture, le 22 juillet, on en a substitué une autre, due à l'initiative des mêmes députés, auxquels s'étaient joints MM. Kaas et Ulitzka, tous deux députés du centre. En voici le texte très différent de celui de la seconde lecture (publié par le Temps du 22 juillet) :

La division de l'Empire en pays doit tenir compte, autant que possible, de la volonté des populations intéressées, et servir les plus hautes aspirations économiques et culturales du peuple. Les modifications des territoires des pays et la formation de nouveaux pays, dans les limites de l'Empire, ont lieu par une loi constitutionnelle d'Empire.

Si les pays immédiatement intéressés sont consentants, une simple loi d'Empire suffit. Une simple loi d'Empire suffit également si l'un des pays intéressés ne cousent pas, mais si la volonté de la population réclame les modifications territoriales ou les nouvelles formations et qu'un intérêt primordial de l'Empire les exige.

La volonté de la population doit être déterminée par un vote. Le gouver. nement impérial décrète la consultation, quand un tiers des habitants des territoires à séparer, qui possèdent le droit de vote pour le Reichstag, demande la séparation.

Pour que la modification demandée ait lieu, la majorité devra comprendre les trois cinquièmes au moins des électeurs du district à séparer. Dans tous les cas où il s'agirait seulement de détacher d'un pays de l'Empire une partie du district (province prussienne, arrondissement bavarois ou unité analogue), la consultation devra s'étendre au district entier...

Dès que l'approbation de la population aura été constatée, le gouvernement d'Empire présentera au Reichstag une loi reconnaissant la nouvelle division territoriale.

Si la réunion ou la séparation donnent lieu à des conflits sur des questions de propriété, le tribunal supérieur de l'Empire décidera, à la requête d'une des parties intéressées.

De ce texte embrouillé on peut conclure que les modalités qui présideront aux regroupements territoriaux seront d'une complication telle que les populations intéressées hésiteront à demander des

changements quelconques à leur statut national. De plus, une dis position spéciale, votée par l'Assemblée nationale, décide que les paragraphes 2 à 5 de l'article 18 n'entreront en vigueur que deux ans après la publication de la nouvelle loi constitutionnelle.

Que deviendront pendant ce temps les aspirations rhénanes et que ferons-nous pour leur permettre de prendre corps ?

HENRI ALBERT.

Ukraine.

Parmi les problèmes russes, le problème ukrainien est l'un des plus compliqués. Il est lié, en effet, à celui du démembrement de l'Autriche, puisque la population de la Galicie orientale est ruthène; il est lié à la question roumaine, puisque la population de la Bukovine est mixte, roumaine et ruthène principalement; il est lié à la question polonaise, car la longue domination de la Pologne sur une partie de l'Ukraine a laissé des traces, et la frontière, en pays mixte, n'est pas facile à tracer. Du côté de la Russie également, les limites de l'Ukraine sont fort indécises au sud, vers la Nouvelle Russie, à l'est, vers la province du Don, et partout. Ces limites, d'ailleurs, doivent-elles être celles de provinces russes jouissant d'une autonomie plus ou moins étendue, ou celles d'un Etat distinct et indépendant? Et toutes ces questions d'ordre national si nombreuses, auxquelles il faudra répondre pour définir l'Ukraine, se compliquent de toutes les mêmes questions d'organisation intérieure qui agitent toute la Russie la lutte contre le bolchevisme et la restauration de la vie économique, pour laquelle il faudra choisir entre l'orientation allemande ou l'aide des Alliés.

La complication du problème ukrainien s'aggrave du fait que la politique des partis et des dirigeants de la politique, en Ukraine, n'est jamais claire. M. Victorov-Toporov a écrit, dans l'Action nationale de mai dernier, un exposé des révolutions de ce pays depuis la révolution de mars 1917: elles ont été nombreuses, mais on se demande quelle a été la véritable signification de chacune d'elles, ou même si elles ont eu un sens quelconque. On voit constamment l'action de l'Allemagne, même après l'armistice, et il est clair que rien n'a pu être fait d'important qui ne fût dirigé par elle, ou tout au moins toléré ; depuis quelques mois seulement son action a pu être contrariée, mais non supprimée, et elle ne l'a pas été par la résistance des Ukrainiens, mais par l'influence nouvelle des Alliés. Les hommes qui ont été à la tête de la Rada de Kiev ou du gouvernement ukrainien apparaissent donc comme de simples instruments, et leur conduite est celle de gens qui n'ont pas de point fixe, pas d'idée directrice, et qui se laissent ballotter par les événements.

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