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Or, qu'arrivera-t-il? Sur ces questions et sur des milliers d'autres, disons mieux, SUR TOUTES AUTRES SANS EXCEPTION, consultez vos plus intègres amis! Vous aurez mille réponses différentes 1. Le noeud que l'inspiration devait dénouer par l'uniformité de son oracle souverain, sera coupé violemment dans toutes ses parties. Le demi-dieu a-t-il donc dormi? Dédaigneux de la clarté du jour, a-t-il trouvé ces questions trop méprisables pour leur accorder sa consultation? C'est impossible: elles sont parmi les plus importantes. Que faire? Vous désespérer? Fermer votre cœur à tous ces indignes amis, convaincus d'avoir menti à leur conscience ou de l'avoir méprisée; d'avoir dit sous mille formes ce qu'ils ne pensaient pas, ou ce qu'ils ne s'étaient pas donné la peine de penser? Mais si vous fuyez ces hommes félons ou sans valeur, où vous réfugier? Au milieu des livres, pour leur demander « la conversation choisie << avec les plus honnêtes gens des siècles passés ?? »

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1 L'article 900 du Code Napoléon déclare non écrite, dans les donations et les testaments, toute condition contraire aux mœurs. C'est-à-dire qu'il maintient la libéralité, tout en dispensant le légataire ou le donataire d'exécuter la condition. Le commentaire de ces mots condition contraire aux mœurs, est donc une pure question de morale individuelle, renvoyée tout entière par le législateur à la conscience du juge.

Eh bien! que l'on consulte les arrêts anciens et modernes sur les espèces suivantes : Faut-il regarder, ou non, comme subordonnée à des conditions contraires aux mœurs, une libéralité faite à condition que le donataire ou le légataire ne se mariera pas?..... qu'il ne se remariera pas?..... qu'il n'épousera pas telle personne?..... qu'il n'épousera pas une personne de telle nation ou de telle religion?..... qu'il embrassera ou n'embrassera pas l'état ecclésiastique?..... etc., etc., etc. Les décisions, rendues EN SENS DIVERS par la conscience des magistrats les plus élevés et les plus impartiaux, montreront ce qu'il faut penser de l'uniformité prétendue de tous les jugements moraux.

Descartes, Discours sur la méthode.

Hélas! même déception pour vous! Ouvrez vingt livres de législation ou de littérature du même siècle: vous y trouverez les mêmes questions résolues de vingt manières par des législateurs et des moralistes, félons ou étourdis comme vos amis 1..... Alors, demandez à Dieu de disparaître au plus vite de cette terre! La vie devient horrible, si l'histoire de l'univers n'est que l'histoire de la fraude et de l'étourderie universelles !

Mais consolez-vous! croyez-moi! Ouvrez Pascal et lisez cette phrase d'un sens profond : « Jamais on ne << fait le mal si pleinement et si gaîment, que quand «< on le fait par conscience 2. » Consolez-vous bien mieux encore! Ecoutez ces paroles de Jésus-Christ sur la croix : « PÈRE, PARDONNEZ-Leur, Car ILS NE SA«VENT CE QU'ILS FONT!» Et d'accord avec le Sauveur, admettez la possibilité de l'erreur morale; POSSIBILITÉ INCOMPATIBLE AVEC LA THÈSE DE L'INFAILLIBILITE AbsoLUE DE LA CONSCIENCE INSPIRÉE SPONTANÉMENT OU INSPIRÉE APRÈS RÉFLEXION.

297. Voilà, sur ce point, le premier cri de notre cœur ! Mais arrivons à la discussion logique.

Nous venons de voir qu'on invoque, en faveur de l'infaillibilité absolue de la conscience : 1o l'autorité générale; 2o le sens intime; 3° le raisonnement. Démontrons, tout au contraire, les trois propositions suivantes: 1. L'autorité générale repousse l'infailli

1 Voyez dans Locke (Essais sur l'entendement humain, liv. I, chap. 11, § 1), l'énumération d'une foule d'usages iniques des diverses nations. • Pensées.

3 Saint Luc, chap. xxIII, § 3, vers. 34.

bilité absolue de l'inspiration; 2° le sens intime ne l'établit pas suffisamment, et même il la contredit; 3. le raisonnement l'écarte.

298. L'autorité générale repousse l'infaillibilité absolue de l'inspiration.- Nous l'avouons, les personnes qui parlent de l'infaillibilité absolue de l'inspiration sont en grand nombre. Mais nous leur dirons ceci : Veuillez choisir entre l'autorité générale qu'annoncent vos paroles, et l'autorité générale toute contraire, sérieusement constituée par vos actes! Quand même tous les hommes de l'univers répèteraient un mot dépourvu de pensée, quelle valeur ce mot peut-il garder, si, par des faits constants, tous les hommes de l'univers en démentent l'emploi purement labial?

Or, c'est ce qui arrive. La véritable autorité générale apparaît par le plus constant de tous les faits anthropologiques, par LE CONSENTEMENT UNIVERSEL DES

HOMMES A CRÉER DANS TOUTE SOCIÉTÉ UN POUVOIR LÉGISLATIF, BIEN DISTINCT DU POUVOIR EXÉCUTIF ET DU POUVOIR JUDICIAIRE.

Comprenez, lecteur, toute la portée de cet aveu considérable de la conscience de l'humanité, se dressant tout entière contre l'orgueil de la conscience individuelle, pour lui dire : « Il est con« forme à la nature d'établir, dans toute nation, des « lois positives! >>

Des lois positives!.... Alors, en se heurtant contre elles, la conscience individuelle ne peut que choisir entre trois partis, savoir: ou se contredire elle-même; ou déclarer les lois positives coupables ou inutiles; ou reconnaître leur légitimité. Développons les parties de ce trilemme.

Premier parti. Se contredire elle-même. Si la conscience individuelle reconnaît que la conscience du législateur peut, de bonne foi, penser autrement qu'elle, alors la conscience individuelle n'est plus la révélation infaillible du devoir.

Deuxième parti.-Déclarer les lois positives coupables ou inutiles.

Première supposition. Lois positives déclarées coupables. Si les lois positives ordonnent des actions contraires à celles qu'ordonne la conscience individuelle, celle-ci doit les prendre en horreur. Violence sacrilége! Se peut-il? Le droit promulgué contredirait la révélation naturelle!... Ce prétendu droit serait le non-droit. La société, qui ne peut s'en passer, deviendrait une erreur. Et vite, allons vivre isolés dans les bois, pour reconquérir notre foi sainte contre ces tyrans de notre foi, contre ces législateurs corrupteurs de l'idéal, qui défont ce qui était bien fait!

Deuxième supposition.- Lois positives déclarées inutiles. Si les lois positives ne font que répéter des vérités suffisamment révélées par la conscience, elles sont sans but. A quoi sert, dans une société, un pouvoir législatif? Le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire ne suffisent-ils pas pour prêter main-forte aux honnêtes gens contre les méchants? Dès que Dieu, législateur souverain, a inspiré le prince et le juge, éclairés directement par lui, qu'ont besoin le juge et le prince de l'impertinente parodie essayée dans les codes par les législateurs? Leur imposer la lecture de cette grossière contrefaçon, ne serait-ce pas, comme dit Bentham, «< employer un roseau

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« pour soutenir un chêne? allumer un flambeau pour << ajouter à la lumière du soleil 1? »>

Et quant au juge et au prince, que penser des conditions imposées à leur élection par les constitutions? A quoi bon demander qu'un fonctionnaire sache lire? L'homme le plus illettré ne peut-il pas être le meilleur grand-prêtre pour rendre les oracles du dieu?

Ce n'est pas tout. En présence du système de l'inspiration infaillible, quelle idée faut-il se faire du législateur divin lui-même, apportant des révélations positives? Si l'homme, par cela seul qu'il s'est donné la peine de naître, connaît toute la morale, que cherchait donc Moïse montant au Sinaï? Que cherchait le peuple se pressant à la suite de Jésus, pour écouter ses divines paraboles ??

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Troisième parti. - Reconnaître la légitimité des lois positives. Pour reconnaître cette légitimité, il faut, de deux choses l'une, ou leur donner pour mission de chercher quelque chose autre que le juste, ou leur donner pour mission de chercher le juste luimême.-Quelque chose autre que le juste? Quoi? L'utile? L'utile de quelle sorte? L'utile qui s'apprécie par la sensibilité seule? Mais nous avons vu que c'est l'inconciliable ennemi du juste; que c'est l'injuste lui

Législation civile et pénale, tom. I, chap. XIII, no 10.

2 Les partisans de l'inspiration infaillible ont souvent invoqué en leur faveur ce passage de saint Jean (cap. 1, § 1): « Erat lux vera quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum.» Ce passage (nous l'avons dit avec les théologiens les plus accrédités) s'applique à la raison, mais ne dit nullement qu'elle opère sans l'étude. Comment ceux qui y lisent le dogme de l'étendue scientifique illimitée de la conscience ne voient-ils pas que, dans ce sens, il serait la négation même de l'utilité des quelques applications du devoir que formule admirablement l'Évangile ?

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