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"O vous qui avez vécu parmi les hommes, souvenez-vous donc de vos œuvres quand vous parcouriez la Galilée et les rivages du lac de Génézareth. Quand vous entriez alors dans une maison, c'était pour y porter la joie, la santé, la vie, la résurrection. Est-ce donc la mort qui accompagne maintenant vos pas? Lui avez-vous donc permis de vous suivre quand vous avez daigné entrer sous mon toit? "

Et m'adressant à la Sainte Famille, j'ajoutais: "Famille bénie, vous avez daigné accepter l'hospitalité de la mienne, vous ne pouvez pas permettre que la mort vienne enlever l'un de nous sous vos yeux, et diminuer le nombre de ceux qui vous reçoivent du mieux qu'ils peuvent!"

Et quand j'avais ainsi répandu ma prière avec mes larmes, il me semblait que Jésus et la Sainte Famille me répondaient :

"Ne penses-tu qu'à ton bonheur ? Et mets-tu celui, de ta fille en oubli? Peux-tu lui assurer une félicité comparable à celle que nous voulons lui donner?

"Cette hospitalité que tu nous donnes, nous voulons la reconnaître, et c'est en retour que nous offrons la nôtre à ton enfant. Nous agissons à ton égard comme les amis que tu reçois pendant la belle saison, et qui rendent pendant l'hiver à tes enfants l'hospitalité qu'ils ont reçue durant l'été.

"Nous voulons bien demeurer" chez toi " pendant quelques mois, mais nous voulons aussi qu'en retour quelqu'un de ta famille vienne vivre " chez nous,"

"apud Deum". Ce sera un nouveau lien entre ta famille et la Nôtre..."

Je ne répondais que par mes larmes, et je recommençais le lendemain mes plaintes et mes colloques inutiles.

Pendant ce temps-là, le mal progressait rapidement, et la fièvre consumait ma fille bien aimée. Ses yeux s'agrandissaient, se creusaient et devenaient plus brillants. Des clartés célestes s'y reflétaient déjà, quand elle les tenait fixés sur les horizons lointains.

De son lit, elle apercevait la mer; et quand elle suivait du regard les grands navires qui passaient au loin, laissant traîner sur les flots leurs longs panaches de fumée, elle disait: Ainsi les âmes s'en vont vers Dieu, laissant derrière elles cette vie qui n'est qu'une fumée, et ces corps qui ne sont que cendre.

Elle appartenait à la confrérie des Enfants de Marie, et la fête de l'Assomption approchait. Iraitelle célébrer cette fête au ciel? Nous en avions à la fois l'appréhension et le pressentiment.

Ce fut, en effet, la veille de la solennité, un samedi, jour consacré à la Sainte Vierge, à l'heure où commence à proprement parler la fête liturgique, selon les règles de l'Eglise, que ma chère enfant rendit son âme à Dieu.

"Hélas! vers le passé tournant un œil d'envie,
Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie

Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler.

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,
L'instant, pleurs superflus!

Où je criai: L'enfant que j'avais tout à l'heure,

Quoi donc je ne l'ai plus! (1)

De ce jour où je crus voir le ciel ouvrir sa porte à mon enfant, mon paradis terrestre se ferma. Ma blanche colonnade prit l'aspect d'un monument funéraire. Mes balcons furent déserts et silencieux. Une ombre de deuil enveloppa toutes choses, les champs, les bois et la mer elle-même. Seule la chapelle resta lumineuse, parce que des rangées de cierges y veillaient autour d'un cercueil.

Deux longs jours de tristesse passèrent, et furent suivis d'une troisième nuit plus triste encore

de l'adieu définitif.

celle

Parmi les plus tristes souvenirs de ma vie, je reverrai toujours le lugubre spectacle de ce dernier départ pour le dernier voyage: cette nuit calme sous un ciel brumeux et sans lune, ces rares étoiles perçant péniblement le brouillard de leurs regards attristés, ce convoi funèbre défilant sous les grands bouleaux de la colline au milieu d'un silence que troublaient seuls les hurlements de quelques chiens effrayés, ce quai solitaire enveloppé d'ombre, cette mer calme et se plaignant toujours, parce qu'elle est le plus vaste des cimetières, ces lumières tremblottantes annonçant l'arrivée du bateau, ces matelots emportant le cercueil, le plaçant sur une galerie latérale du steamer, et (1) Victor Hugo-Contemplations.

me laissant seul auprès de ce colis qui contenait celle que j'aimais tant !

Et voilà donc ce qu'était devenue ma fille ! Et c'est ainsi que nous faisions ensemble notre dernier voyage!

"Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire

S'il ose murmurer;

Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,

Mais laissez-moi pleurer!

Mon Dieu, laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?...

Et maintenant, à vous tous qui rêvez encore de joies humaines, de capitoles et de paradis terrestres, ne perdez pas de vue l'instabilité des choses de ce monde, et rappelez-vous toujours que la vallée de Josaphat est voisine de l'Eden, comme la Roche Tarpéienne est à deux pas du Capitole.

St-Irénée-les-Bains, septembre 1901.

TABLE DES MATIÈRES.

Avant-propos des Editeurs........

Discours au banquet du comte de Paris...........
Eloge de l'art, des artistes, et de l'idéal.... ........................... .................
Eloge de l'hon. M. P. J. O. Chauveau

Autre éloge du même.........

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Discours en l'honneur de Christophe Colomb.....
Autre discours sur le même sujet................
Discours au banquet de Sir L. N. Casault.....................

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Le Canada, discours patriotique prononcé à Ottawa.......... 107
Premier éloge de Claudio Jannet........................................... ......................... 123
Deuxième éloge du même...................

Les Jésuites, discours de circonstance......

Avocats et magistrats.............

Conférence au Barreau............

131

147

165

....... 191

Eloge de M. A. E. Aubry, professeur de droit.................... 205
Eloge de S. E. le cardinal Taschereau......

........

215

269

Dieu dans l'enseignement. Discours à Saint-Boniface........ 239
Discours à l'inauguration du monument Champlain.......... 257
Discours d'une huître.........
Discours au banquet donné à Sir James Le Moine............. 273
Jubilé professionnel de Sir L. N. Casault, du juge Pla-

mondon et de M. Jacques Malouin... ....

.... 279

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