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NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENS

SUR LE PREMIER VOLUME.

INTRODUC

UCTION : note ite (chap. I, p. 2).

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SELON M. Gærres, la religion, dans son essence, est une, éternelle, immuable comme Dieu même : mais, dans son développement et dans ses formes extérieures, elle tombe sous la Qur's loi du temps, qui est celle de l'homme; comme l'homme et comme l'espèce humaine, elle naît, grandit, se diversifie en s'étendant, semble s'épuiser par son progrès, vieillit, meurt, renaît de ses cendres, et, dans cette perpétuelle vicissitude, dans ce jeu, en quelque sorte mécanique, de la vie et de la mort, s'épure, s'élève, se généralise et tend incessamment vers l'infini , son principe et son but. Venue de l'unité, elle retourne à l'unité, mais à travers le monde dont elle suit la marche, et par l'homme dont l'histoire est la sienne.

L'homme, enfant de Dieu et de la nature, reste long-temps attaché au sein où il a pris naissance, et il ne s'en détache que par degrés : c'est sous l'inspiration de la nature que se forment ses premières croyances; c'est à la nature que s'adressent ses premiers hommages. Tout est grand, tout est significatif, quoique simple et grossier, dans ce premier culte. Les

yeni phénomènes terrestres en sont d'abord les objets; les fleuves et leurs sources mystérieuses, les montagnes, leurs grottes profondes, leurs terribles volcans, le feu, le feu surtout, puissance active et cachée qui dévore tout ce qu'on lui présente. Mais les regards de l'homme quittent bientôt la terre pour s'élever aux cieux et contempler ce magnifique spectacle : là est la source du feu, là est son empire; là brûle éternellement le

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tlehal;

flambeau sacré du soleil; là étincellent les astres comme d'innombrables flammes au sein des ténèbres. Le culte du feu fait place à celui des astres, ou plutôt il se rattache à ce dernier. Le soleil l'armée des cieux avec les élémens, qui leur sont subordonnés, voilà les puissances immortelles et tout à la fois les prêtres du ciel; le monde entier est un reflet de Dieu, Dieu est adoré dans le monde qui le révèle aux hommes : en ce sens, la religion primitive devient un panthéisme.

Ici commence l'ouvrage des prêtres : expliquant la Divinité par la nature, ils étudient les élémens et leurs propriétés, ils enseignent la sagesse dans les exemples des animaux, ils ordonnent les cieux sur le plan de la terre, et réforment la terre sur le plan des cieux. Ils déterminent les demeures de la lune, du soleil et des planètes dans le zodiaque; ils rattachent le cours de l'année aux cercles qu'ils ont tracés sous la voûte céleste, établissent les saisons, les mois, les semaines et les jours, et règlent les fêtes d'après les grandes périodes de la révolution des astres, les titant principalement aux équinoxes et aux sol stices. Et comme, partis d'un centre unique qui fut le foyer de l'espèce humaine, les peuples ne se sont répandus que lentement vers les extrémités, ces vues sur le monde, et toute cette ordonnance ou céleste ou terrestre, ont été le commun héritage qu'ils ont emporté de leur patrie commune dans leurs migrations lointaines. Chacun d'eux a bâti ensuite, selon son génie et les circonstances, sur ces fondemens qui se retrouvent partout.

Telle fut l'enfance de l'homme s'ignorant encore lui-même; telle fut sa première religion toute spontanée et toute sensible. Il se confondait avec la nature, et la voyant vivante il vivait en elle; mais enfin il s'en distingua peu à peu, et là se manifeste le progrès. Le sentiment de l'existence propre commença à battre dans son coeur, d'abord sous la forme obscure d'une vie plus forte et plus énergique, de la vie organique s'exaltant dans la passion et n'ayant d'autre but que de se reproduire, se reproduisant par un acte instinctis; cette forme aussitôt se réfléchit dans la religion. Le monde animé par l'homme reçut de

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lui les deux sexes représentés par le ciel et la terre : le ciel, principe fécondant, mâle et tout de feu; la terre, fécondée, femelle et source de l'humide. Toutes choses sont issues de l'alliance de ces deux principes. Les forces vivifiantes du ciel se concentrent dans le soleil, chef de l'armée céleste; et la terre, éternellement fixée à la place qu'elle occupe, reçoit les émanations de cet astre puissant par l'intermédiaire de la lune: celle-ci répand sur la terre les germes que le soleil a déposés dans son sein fécond. Chaque printemps est la fête nouvelle où se célèbre et se consomme à la fois l'hymen des deux principes ; les plantes, les animaux, les hommes, sont les fruits qui naisz sent de leur union. Le monde, dans cette intuition enfantine et naïve, ressemble à une fleur de lotus : au fond du calice repose la terre, qui est comme l'ovaire renfermant les graines et poussant le pistil jusqu'au stigmate qui figure la lune, appelée encore la terre éthérée et liée intimement à notre planète; el quand le soleil vient, en quelque sorte, investir avec les étamines l'organe féminin, et répandre à la faveur de la lumière les semences fécondantes sur le stigmate ou la lune, celle-ci les recueille pour les porter ensuite dans le sein maternel de la terre qui doit les nourrir et les mettre au jour. Le lingam est tout ensemble le symbole et le mystère de cette époque religieuse, et son culte se perd dans la nuit des temps. Les douze lingams de l'Inde, divisés en mâles et femelles (Phallus et Cteis), nous donnent les douze dieux et les douze déesses de la Grèce, c'est-à-dire le soleil parcourant ses douze demeures, et la lune ses phases analogues, à travers le zodiaque. Ils appartiennent tous à cette époque, ces dieux qui apparaissent sur la terre, revêtus de jeunesse et de fécondité, pour y verser la vie, l'abondance et les biens physiques, comme le Siva des Hindous, l'Osiris des Égyptiens et le Bacchus des Grecs. Le culte porte un caractère semblable : c'est un enthousiasme, une ardeur de vie, un transport effréné des sens qui éclate en orgies et en fureurs bachiqnes, et par une hospitalité brutale, va jusqu'à prostituer les femmes aux étrangers parmi les fêtes et dans les temples même. Mais à cette chaleur de vie , qui transporte

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l'homme en exaltant ses organes, est opposée la mort, la froide mort, qui les éteint et les glace impitoyablement. Aussi la douleur succède-t-elle à la joie, le silence au fracas bruyant, et les plaisirs font place aux larmes. Ces dieux qui avaient paru sur la terre pour la féconder et la réjouir, et qui l'avaient peuplée des plus brillantes productions, disparaissent maintenant et s'enfoncent dans la nuit du tombeau. L'hiver et les ténèbres ont remplacé le printemps et la lumière ; la mort triomphe de la vie.

Mais une fois que cette soif brûlante de la vie se fut assouvie dans la matière et en eut pris à son gré, les organes calmés et plus élastiques mirent en jeu une force nouvelle. Comme Achille, au milieu des femmes, quand il aperçoit une arme, soudain la volonté s'élance du sein des affections. Un plus noble mouvement est imprimé à la vie, un plus noble but lui est proposé. L'homme veut toujours créer, mais créer des actes; il veut faire de grandes choses, il aspire à dominer, mais à dominer entre les forts. En un mot, la nature morale se fait jour dans l'homme, et à l'instant cherche un adversaire contre lequel elle puisse dignement s'exercer. Ce n'est plus cette !ntte sans conscience et sans gloire de la sensibilité, entre le plaisir et la douleur, la vie et la mort; c'est un combat volontaire, héroïque, où le bien et le mal sont aux prises, où le plaisir et la mort sont comptés pour rien. Toutefois ce dualisme moral se produit long-temps lui-même sous des formes obscures dont il se dégage peu à peu; long-temps le bien c'est pour lui la force, le mal c'est la faiblesse : de là le mépris et l'esclavage des femmes chez toutes les vations héroïques de l'Orient et de l'antiquité. Mais enfin le dualisme passe dans la sphère qui lui est propre, celle de la volonté et du libre arbitre; les idées pures du bien et du mal moral prennent leur essor. L'homme commençant à se reconnaître dans cette sphère nouvelle, transporte au monde cette nouvelle conception de lui-même. L'idée de la Divinité se révèle au héros, dont tous les efforts tendent à la vertu, sous une forme semblable à la sienne, une forme héroïquc et morale. A cette troisième époque viennent se rat

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