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la société, dans la faiblesse des mœurs domestiques et de la puissance paternelle elle-même, qui, en matière d'éducation, a besoin d'être avertie, soutenue, dirigée par la puissance publique plus éclairée et plus ferme....

Quant aux attaques portées contre l'Université, M. Guizot n'hésitait pas à défendre son rétablissement par Napoléon comme un immense service rendu au pays; il le regardait comme une de ces grandes œuvres que l'Europe nous enviait, et dont il était possible de concilier la surveillance et l'autorité même avec la liberté de l'enseignement.

Quelques précautions pouvaient paraître nécessaires à prendre à l'égard de certains établissemens privés, laïcs ou ecclésiastques le ministre annonçait l'intention d'accueillir les amendemens qui pourraient être présentés, et il terminait son discours par une péroraison qu'on peut regarder comme la dernière profession de foi du cabinet du 6 septembre.

« J'ai déjà eu occasion de le dire dans cette enceinte, pour un peuple, pour un gouvernement, le progrès, le véritable progrès consiste à acquérir ce qui lui manque, à avancer dans les voies dans lesquelles il est arrivé, voilà le progrès véritable. Eh bien! aujourd'hui, en fait de droits politiques, de liberté politique, je crois que la grande majorité de la Chambre pense avec moi que la France a acquis et possède tout ce dont elle a besoin, pour un espace de temps que je serais hors d'état de mesurer.

« Qu'est-ce qui manque à la France? Ce qui lui manque, c'est d'abord des garanties de durée, des garanties de stabilité pour toutes choses, pour ses institutions de liberté, comme pour toutes les autres; il lui manque de la richesse, du bien-être; il lui manque des lumières; la France a besoin d'être consolidée, d'être enrichie, d'être éclairée, voilà dans quel sens doit se faire le progrès, voilá dons quel sens son gouvernement doit la diriger. L'augmentation du bien-être général et matériel, l'augmentation du bienêtre moral et intellectuel, et la consolidation de tous ces biens acquis et garantis par nos institutions, voilà les véritables besoins du pays, voilà ce que nous lui devons, voilà les lois qu'il faut rendre pour répondre aux besoins actuels, aux besoins pressans de notre société.

«Eh bien! Messieurs, les lois que vous avez votées ces jours-ci, qui se rattachent à l'ordre matériel, et là loi actuelle, qui se rattache tout entière à l'ordre intellectuel, voilà les lois que la France attend, et qui lui font faire des progrès vrais et vraiment salutaires, des progrès que nous nous empresserons, que nous nous honorerons toujours de seconder. >>

La discussion des articles souleva des questions délicates. Elle mit en présence deux classes d'adversaires, les uns qui réclamaient un développement plus large et plus complet de

la liberté d'enseignement, les autres qui étaient plus préoccupés des inconvéniens et des écarts possibles de cette liberté.... Entre ces deux opinions opposées, le ministre de l'instruction publique et le rapporteur de la commission (M. de Saint-Marc-Girardin) eut souvent besoin d'intervenir pour exposer les principes et l'économie de la loi nouvelle. Le Gouvernement avait voulu remplir une promesse de la Charte, fonder la liberté de l'enseignement, mais sous les conditions et avec les garanties réclamées par l'intérêt d'une bonne et sage éducation. Il voulait le principe et l'exercice légitime du droit; mais il voulait aussi la répression efficace et sévère de l'abus. Ainsi, au nombre des conditions imposées aux directeurs des établissemens particuliers d'éducation, il mettait celle d'envoyer leurs réglemens et programmes d'étude au recteur de l'académie de leur ressort. On proposait (M. Vatout) d'y ajouter que ces réglemens seraient soumis à l'approbation du conseil académique : la proposition fut écartée; mais on y suppléa par deux amendemens, l'un portant que nul ne pourrait ouvrir un établissement d'éducation sans avoir prêté le serment prescrit par la loi d'août 1830, l'autre que le candidat serait tenu de déclarer qu'il n'appartient à aucune congrégation ou corporation non autorisée par les lois. Les deux amendemens, il est aisé de le voir, avaient pour objet de préserver l'enseignement de l'invasion des sociétés religieuses et spécialement des jésuites, et de conjurer une espèce de fléau qui, dans toute cette discussion, sembla planer comme un fantôme devant quelques imaginations alarmées. On se disputa encore beaucoup sur la délivrance des certificats de capacité, sur la composition des jurys d'examen, sur la définition de l'enseignement secondaire et les limites qui devaient le séparer de l'enseignement primaire et de l'enseignement supérieur, sur la question fort grave en elle-même de savoir si les colléges communaux suivraient une méthode commune, uniforme d'enseignement, ou s'il serait loisible à chaque conseil municipal de déterminer, selon

ses lumières, sa fantaisie et ses passions, la nature de cet enseignement; là et à cette occasion, se reproduisit une question déjà soulevée par M. de Tracy, celle de savoir en quelle mesure devait être donné l'enseignement classique ou scientifique, c'est-à-dire des lettres ou des sciences, question qui fut éloquemment traitée dans la séance du 23 mars par MM. Arago et Lamartine; par le premier, en faveur des sciences; par le second, en faveur des lettres, et par tous deux sans esprit d'exclusion, avec une supériorité digne de leur talent... De cette lutte académique qui ne termina rien, mais qui fit une noble diversion aux arides détails de la loi, la discussion retomba dans des digressions mesquines sur le régime intérieur des colléges royaux, auxquels une partie de l'opposition (M. de Tracy) voulait ôter la faculté d'avoir des pensionnats. Un amendement proposé pour les colléges communaux, où les élèves ne doivent recevoir qu'une partie de l'instruction donnée dans les colléges royaux, tendait à laisser aux conseils municipaux le soin de déterminer la nature et le plan des études qui devraient être suivies dans les colléges communaux. Mais la Chambre sentit, sur les observations faites par le ministre de l'instruction publique, que l'éducation étant d'un intérêt général et social, il était juste et nécessaire que les colléges communaux restassent soumis au contrôle et à la tutelle de l'autorité centrale.

De vives discussions curent lieu sur l'établissement des bourses dans les colléges royaux, considérées par les uns comme un sacrifice utile, un encouragement à l'étude des lettres, un moyen de fortune et de distinction ouvert aux classes pauvres; par d'autres, comme une institution arbitraire, inconstitutionnelle, onéreuse pour les communes, et funeste même aux classes qu'elle semblait favoriser en les arrachant à des professions modestes où elles auraient trouvé l'aisance et le repos, pour les pousser au hasard dans les rangs plus élevés de l'ordre social, où elles se consument dans l'inquiétude, l'agitation, l'impuissance et le désespoir.

Il faut remarquer à ce sujet que des deux côtés de la Chambre on semblait prêt à se plaindre qu'il y eût trop de lumières et de civilisation pour la sécurité de l'ordre social. M. le rapporteur de la commission, ramenant la question à ses véritables termes, en tira des considérations nouvelles pour l'établissement des bourses dans les colléges royaux ou communaux. Convenait-il maintenant à la bourgeoisie, à la classe aujourd'hui dépositaire de la civilisation et des lumières, d'en réserver exclusivement pour elle le précieux trésor? C'était le devoir et l'honneur de la classe la plus avancée de tendre la main à la classe la plus arriérée, de lui ouvrir ses rangs, de l'y recevoir et de la maintenir par sa protection généreuse et vigilante. Que signifient, d'ailleurs, ces distinctions entre la bourgeoisie et les classes inférieures? Ces catégories sont vaines et surannées. Il n'y a plus de bourgeoisie, plus de classes ni de limites marquées et infranchissables. La bourgeoisie ne vit et ne se perpétue que par le moyen même qui l'a fait surgir du sol, par un continuel recrutement au sein des classes placées au-dessous d'elle, par la fortune, la gloire, les lumières. C'est au sein de ces classes qu'elle puise l'énergie, la force et la fécondité : là est son avenir et la source intarissable de sa vie. Il n'y a pas aujourd'hui de bourgeoisie plus que d'aristocratie: il n'y a que la nation.

Ces considérations élevées et généreuses décidèrent la Chambre à maintenir le système des bourses.

Restait une question plus délicate et plus difficile à résoudre dans l'état actuel des partis, celle des petits séminaires, établissemens publics placés à la fois sous l'autorité des évêques et sous la surveillance du Gouvernement. La commission voulait sortir de cet état mixte en ôtant, par un amendement spécial, aux petits séminaires, dont le nom n'était pas prononcé dans le projet primitif, leur caractère d'établissemens publics, et en les assimilant, sous tous les rapports, aux maisons d'éducation privée; et son heng

rable rapporteur (M. Saint-Marc-Girardin) soutint, avec un talent chaleureux, son système, mais qui fut combattu par le ministre de l'instruction avec toute l'autorité de sa baute raison.

« Où conduirait le principe posé par la commission, disait M. Guizot? Ne serait-ce pas à faire du clergé lui-même un établissement privé, un corps libre dans l'Etat ? Que sont, en effet, les petits séminaires ? N'est-ce pas la pépinière où se forme et se recrute le clergé? Si l'on met l'indépendance absolue à la source, ne faudra-t-il pas bientôt la mettre partout et rompre partout les rapports de l'Etat et de l'Eglise? Nous ne pensons pas, pour nous, que cette indépendance absolue puisse s'allier avec l'influence énorme, avec l'ascendant nécessaire que donnent au clergé son caractère et sa mission. Aussi, l'indépendance absolue du clergé n'est-elle guère réclamée, la commission n'y a pas pris garde, que par ceux qui espèrent ou que la liberté tuera l'Eglise, ou que l'Eglise libre assujettira l'Etat.

« C'est sans doute une des affaires les plus délicates du Gouvernement que ses rapports avec l'Eglise. Il y faut beaucoup de ménagemens, de prudence, de fermeté, et tout à la fois beaucoup de respect pour les justes droits et pour les légitimes prérogatives de la puissance spirituelle; mais ce nest pas une raison pour rompre des rapports et abjurer une surveillance nécessaires à la sécurité de l'Etat. »

En résultat, l'amendement de la commission tendait à consacrer le principe de la liberté absolue de l'enseignement. Il parut assez important pour être soumis à l'épreuve du scrutin secret, et fut rejeté à une forte majorité; aussi fut-il décidé que les petits séminaires, considérés au nombre des établissemens publics, resteraient placés sous la surveillance et le contrôle de l'Université, et soumis au régime sous lequel ils ont été placés par l'ordonnance de 1828.

Tel que le projet venait d'être adopté dans ses dispositions particulières, il n'obtint sur l'ensemble qu'une majorité de trente voix. Il avait rencontré deux espèces d'adversaires, les uns qui trouvaient la reconnaissance du principe de la liberté en matière d'enseignement trop vague et trop restreinte, les autres qui la trouvaient trop large et trop hardie, comme si elle eût livré l'enseignement à l'invasion des sociétés politiques ou religieuses, au poison des clubs ou des congrégations.... Il fut reçu dans le public à peu près comme dans la Chambre élective; et peut-être est-ce à la froideur de l'opinion générale autant qu'à la retraite du ministère qu'il faut attribuer la né

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