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C'était le système suivi en Afrique, c'était l'échec essuyé par nos armes dont l'opposition voulait demander compte à l'ancien ministère et les partisans de ce ministère au maréchal Clausel; et, quoique le sujet cût perdu beaucoup de son intérêt aux yeux des partis par la recomposition du cabinet, il n'en mérite pas moins l'attention de l'histoire.

Déjà des plaintes et des accusations contradictoires avaient été portées devant le tribunal de l'opinion publique. Une pétition adressée à la Chambre des députés au nom des habitans de Tlemcen avait dénoncé le maréchal Clausel comme ayant fait lever une contribution illégale dont ils demandaient le remboursement. Une autre plus récente avait demandé sa mise en accusation. Le maréchal avait répondu à ses accusateurs par un écrit où, signalant dans un style amer l'ingratitude dont le Gouvernement avait payé ses services, il attribuait le malheur de son expédition et ceux de l'Algéric au système incertain et pusillanime du ministère. D'autres pamphlets, déplorant cette conquête comme un présent fatal légué par la Restauration à la monarchie de juillet, allaient jusqu'à en conseiller l'abandon total; et, entre l'exagération des deux partis opposés, d'autres voulaient restreindre l'occupation à quelques points du littoral.

Dès le 22 mars, la commission, chargée de donner son avis sur les crédits demandés, et nécessairement appelée à recueillir, à discuter les renseignemens, les faits et les griefs allégués, avait fait son rapport dont la crise ministerielle n'a pu faire oublier l'importance, et dont il faut rappeler quelques détails vraiment historiques pour l'intelligence de la question que la Chambre était appelée à juger.

L'article capital des crédits supplémentaires demandés par le ministre était de 3,647,000 fr., pour l'accroissement de l'effectif de l'armée en Afrique pendant l'année 1336, crédit que la commission proposait de réduire à 5,242,000 fr.

En fait, l'accroissement de l'armée d'Afrique lui eût paru peu important, si elle ne l'eût considéré que sous le rapport

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financier; mais il lui semblait mériter toute l'attention de la Chambre par l'intérêt de la question politique.

A ce sujet, l'honorable rapporteur (M. Janvier) rappelait que l'effectif des troupes pour l'Afrique porté dans le budget de 1836 à 28,945 hommes avait été réduit, d'après un amendement de la commission, adopté par le Gouvernement, à 22,920 hommes, et que la réduction devait être opérée à partir du 1er janvier au 1er juillet; que le ministère d'alors avait reconnu que toute extension par voie de conquête, tout effort du Gouvernement pour se mettre lui-même à la tête de la colonisation, seraient dangereux; que la conduite de l'administration en Afrique devait se borner à l'occupation des points principaux de la colonie et des portions de territoire nécessaires à la sûreté de l'occupation. Ce point convenu, l'administration devait veiller à l'entretien de relations pacifiques avec les naturels du pays, de sorte que les relations commerciales pussent se développer sans efforts.

D'après la reconnaissance du système qui fut alors vivement contredit par M. le maréchal Clausel, partisan d'une vaste colonisation au moyen d'émigrations européennes, la commission s'étonnait de voir que cette discussion eût été presque aussitôt suivie de la nomination du maréchal aux fonctions de gouverneur général des possessions françaises en Afrique.... Mais le ministère avait sans doute pensé que sa renommée et sa capacité militaires pouvaient seules balancer l'influence qu'acquérait de jour en jour Abd-el-Kader, et ce choix ne semblait plus, en effet, offrir d'inconvéniens dès que le nouveau gouverneur acceptait les instructions qui lui furent alors données par le ministre de la guerre.

«Dans une lettre du 17 juillet 1835, disait l'honorable rapporteur, le ministre déclarait au maréchal que, pour consolider, selon l'intérêt national, notre établissement en Afrique, deux conditions étaient également indispensables:

« L'une, d'entretenir avec les habitans du pays des relations propres à les convaincre à la fois de la perpétuité de notre établissement, et des avantages qu'ils devaient eux-mêmes en recevoir ;

« L'autre, de n'imposer à la France aucuns sacrifices prématurés ni hors

de proportion avec les bénéfices qu'elle en retirait déjà ou qu'elle pouvait raisonnablement en espérer.

« C'est pourquoi on recommandait expressément de ne rien faire qui donnåt lieu de croire à un système d'extension par la voie de la conquète et de la victoire. On devait avoir pour but principal de faire comprendre aux tribus que nous ne voulions entretenir avec elles que des relations pacifiques et bienveillantes, et que si de leur côté elles ne les troublaient pas, nous ne nous appliquerions qu'à les faire jouir elles-mêmes des bienfaits du commerce et de la paix. Toute expédition contre les tribus de l'intérieur était interdite, à moins qu'elle ne fût commandée par une nécessité évidente. Enfin, les plans de colonisation qui avaient été énoncés à la tribune étaient repoussés par le Gouvernement, qui ne voulait pas, en encourageant directement des essais prématurés et aventureux, contracter l'obligation morale d'imposer à la France des charges sans compensation assurée.

« La commission n'a pu qu'applaudir à l'esprit de prudence et de justice qui dicta ces instructions; cependant elle a regretté qu'elles n'eussent pas été plus précisées sur la nature et la portée de l'autorité française dans les diverses parties de la régence; mais les instructions cussent été suffisantes si le Gouvernement en eût surveillé l'exécution; il crut voir dans la proclamation d'avènement du nouveau gouverneur, une atteinte au système qui avait servi de base au budget de 1836, et à la lettre du 17 juillet; pourquoi dès ce premier moment avoir montré cette mollesse de volonté, dont par la suite il devait être donné plus d'une preuve ?

a Un Gouvernement qui veut être obéi, doit réprimer les écarts de ses agens, si élevés qu'ils soient. Nous avons reconnu avec un regret profond que ce devoir, à aucune époque depuis sept années, n'avait pas été rempli, autant qu'il aurait dû l'être, à l'égard de l'Afrique. Le Gouverment ne s'est pas assez inquiété de tout ce qui s'y passait au mépris de ses instructions; il a laissé s'introduire l'indiscipline à tous les degrés d'hiérarchie.

Venant aux détails des expéditions de Mascara, de la Tafna et de Tlemcen, le rapporteur de la commission observait qu'à toutes ces époques, M. le maréchal faisait regarder ces entreprises comme la dernière tentative à faire pour détraire la puissance d'Abd-el-Kader, et qu'à toutes ses demandes de renforts d'hommes ou d'argent, le ministère le rappelait à l'observation de ses premières instructions et à la nécessité de ne pas dépasser l'effectif des troupes qui lui avait été assigné; que, même après le succès de l'expédition de Tlemcen que le maréchal croyait impossible d'abandonner, le ministère n'hésitait pas à la désapprouver comme étant en opposition formelle avec les instructions données et le système tracé dans la discussion du budget de 1830.

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Ainsi, disait M. le rapporteur, la Chambre peut apprécier quelle est la part du ministre et du maréchal dans la déviaation du système de l'occupation restreinte. »

Entre les mesures prises à Tlemcen qui avaient paru être de nature à être examinées en conseil des ministres, était la levée d'une contribution extraordinaire faite sur les Coulouglis, après la prise et pour l'occupation de cette place.

La commission s'était étonnée de ce qu'une députation, qui s'était échappée de Tlemcen, avait traversé le Maroc, pour venir en France y demander réparation des excès d'autorité, des procédés iniques et violens dont les habitans avaient été victimes, eût été éconduite et renvoyée de France sans avoir obtenu justice.

D'après la pétition des Kasnadji, parvenue à la Chambre par l'entremise de M. Baude, commissaire du Gouvernement en Afrique, le gouverneur-général étant arrivé au Méchouar avait frappé les Coulouglis et les Turcs d'une contribution énorme (environ 166,000 fr. pour trois des réclamans), audessus de leurs facultés. Sur leur refus, ils avaient été jetés en prison, frappés de coups de bâton; des marabouts même avaient subi ce traitement. Enfin, cédant à la violence, ils avaient promis de s'exécuter; l'un d'eux, sorti de prison pour se procurer les sommes exigées, avait réuni des objets et des bijoux précieux que les collecteurs de cette contribution avaient pris en les estimant bien au-dessous de leur valeur : ils signalaient, comme les agens de ces avanies, Youssouf, bey de Constantine; Jacob Israël, juif marocain; Elmezari, lieutenant du bey de Mostaganem et Mustapha-Bey-Monkolecf, bey de Theusen....

Il avait paru étrange à la commission qu'on eût fait peser la contribution sur les Coulouglis, qui avaient appelé les Français, et dont l'unique désir était de rester sous leur protection, et non sur les Hadars (Maures) qui s'en étaient toujours montrés les ennemis; mais on répondait à ce fait que les Hadars avaient été pillés par les Coulouglis, et que ceux-ci, ayant eux-mêmes sollicité une garnison française, avaient consenti à supporter les frais de cette occupation extraordinaire; on ajoutait que le maréchal Clausel reconnaissant l'irrégularité

de la contribution et surtout des procédés employés à l'égard des malheureux Coulouglis, l'avait de lui-même réduite à 130,000 francs, et, par une décision postérieure, ordonné le remboursement des sommes qui n'auraient pas été employées.

En résultat, la commission, en déplorant les irrégularités et les violences commises au sujet de cette contribution désapprouvée par le Gouvernement, avait pensé que l'Etat ne devait pas en profiter, et proposait de restituer aux habitans de Tlemcen les fonds qui avaient été versés au Trésor, en ouvrant à cet effet au ministre des finances un crédit extraordinaire de 94,444 fr. sur l'exercice de 1836.

Poursuivant l'examen des faits qui avaient suivi la prise de Tlemcen, la commission se trouvait de nouveau placée, disait son rapporteur, dans la nécessité de signaler l'esprit d'indiscipline qui s'était introduit en Afrique, et dont l'exemple avait été donné par le chef de l'armée, et encouragé par les incertitudes du Gouvernement. Le ministère ne cessait de se plaindre de ce que l'effectif, au lieu d'être réduit à 25,000 hommes, était encore au-dessus de 31,000. Au mois d'avril, il rappelait qu'au lieu d'obéir aux ordres de renvoyer des troupes, le général d'Arlanges faisait, le 7 avril, une expédition que le gouverneur-général ne lui avait pas prescrite (la Tafna),' mais à laquelle il s'associa ensuite, et dont le résultat malheureux avait exigé l'envoi du général Bugeaud avec 4,500 hommes transportés de France sur les vaisseaux destinés à ramener des troupes d'Afrique.

Arrivé à l'époque des premières hostilités commises par Achmet-Bey, au commencement de 1856, l'honorable rapporteur rappelait qu'il avait été question plusieurs fois d'une expédition sur Constantine, mais que c'était une idée complétement abandonnée, lorsqu'elle fut ressuscitée par le maréchal Clausel, qui avait eu pour système d'établir des beys de création française partout où la souveraineté de la France ne s'exercerait pas directement....

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