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témoignaient au maréchal qu'il ne devait pas se considérer comme justiciable de la Chambre; après s'être cité comme un nouvel exemple de fatalité qui s'attache toujours à des services rendus au loin, quand ils n'ont pas eu de succès; après s'être plaint d'avoir été représenté comme un proconsul chargé des dépouilles des vaincus, tandis qu'il était obligé de vendre une portion de son patrimoine pour acquitter d'anciennes dettes nécessitées par un premier exil et des dettes nouvelles contractées dans l'exercice de ce gouvernement qui, pour toute fortune, lui avait valu les calomnies qu'il était forcé maintenant de repousser, le maréchal, remontant à l'origine de son commandement, faisait observer qu'il avait été envoyé en Afrique, non seulement pour réparer l'échec de la Macta, mais encore pour abattre complétement la puissance d'Abd-el-Kader, et il arguait de l'objet et des difficultés de sa mission pour démontrer la nécessité des expéditions successives dans lesquelles il s'était trouvé engagé.

«Suffisait-il, disait l'honorable maréchal, pour abattre complétement la puissance d'Abd-el-Kader, d'aller à lui, de le rencontrer et de le vaincre, s'il voulait bien accepter le combat, et puis de rentrer dans nos villes sans avoir profité de la victoire? Ces défaites auraient sans doute ébranlé sa puissance, mais elles ne l'auraient pas abattue, abattue complétement, comme le prescrivait le ministère.

Evidemment, en le poursuivant sans relâche dans tous les lieux où il cherchait de nouvelles ressources et une nouvelle armée, en ne lui laissant ni paix ni trève, en lui enlevant tous ses moyens d'action, j'obéissais aux ordres du ministère, je remplissais loyalement ma mission. Cependant, en présence de ces faits et de ces ordres, le rapporteur de votre commission a signalé l'esprit d'indiscipline se glissant dans l'armée; il s'est plaint que le ministère n'ait pas réprimé les écarts de ses agens, si élevés qu'ils fussent. Que signifie cette phrase? J'ai peine à la concevoir; j'ai peine surtout à croire qu'elle s'applique à moi, qui ne m'occupais que de la stricte exécution des ordres qui m'étaient donnés.

« Si l'indiscipline s'est glissée dans l'armée, en savez-vous la cause, Messieurs? C'est que les actes des chefs les plus élevés ont été l'objet d'une surveillance détournée et de mauvais exemple; c'est que toutes les conditions de la hiérarchie ont été interverties; c'est que l'insubordination d'agens serondaires envers leur chef naturel a été permise; que dis-je ? conseillée, ordonnée, transformée en devoir par l'autorité métropolitaine. En fait de discipline militaire, le respect de la hiérarchie est le plus absolu des principes; c'est en le violant qu'on a introduit l'esprit d'indiscipline dans l'armée : les protestations qui vous arrivent en font foi. C'est donc moi qui ai le droit de me plaindre de l'indiscipline; mais je n'ai point à m'en aç

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Revenant à la question principale, M. le maréchal établissait que, pour garder Alger, il fallait dominer, occuper toute la Régence; que, hors de là, on n'aurait que des sacrifices sans résultats, des charges sans compensation; que c'était en vue de la conservation de la Régence qu'il était allé à Mascara et à Tlemcen; qu'il avait fait l'expédition de Tlemcen, parce que son devoir était de la faire, parce qu'elle était commandée par les règles de la guerre et les besoins de la politique, parce qu'elle était conforme à l'esprit de ses instructions. Sans Tlemcen, la province d'Oran nous échappait, et si cette province ne nous est pas entièrement soumise, c'est que nous n'occupons pas encore toutes les positions nécessaires à la répression immédiate de tous les mouvemens qui peuvent y éclater. Ainsi, l'occupation de Tlemcen était aux yeux du gouverneur-général de la plus haute importance; et c'était pour concilier cette importance avec l'extrême modicité des ressources financières mises à sa disposition, qu'il avait frappé cette ville d'une contribution de 150,000 fr., et cette contribution, les Coulouglis et les Turcs eux-mêmes l'avaient en quelque sorte provoquée et offerte, car ils avaient long-temps et vivement sollicité la présence d'un corps français comme le seul moyen de les soustraire aux terribles vengeances d'Abd. el-Kader, incessamment suspendues sur leurs têtes... Cette contribution était destinée à payer les frais extraordinaires et le supplément de solde qu'entraînait nécessairement l'établissement de la garnison. Etait-ce donc, disait le maréchal, une si grande énormité que de faire supporter une portion de ces dépenses à ceux qui les avaient appelées de tous leurs vœux, et dans l'intérêt desquels elles devaient être faites?

«Tel fut le principe de la contribution de Tlemcen.

«Mais le chiffre de cette contribution une fois arrêté, quelque modéré qu'il fût, les hommes qui devaient le payer ont prétendu qu'il excédait leurs moyens. Cela devait être, et il faudrait bien peu connaître les contribuables de tous les pays, et surtout les Arabes, pour s'étonner de ces réclanations.

« Mais, dit-on, les Coulouglis et les Turcs plaidaient leur misère, et vous n'avez eu aucun égard à leurs doléances. J'avais égard aux besoins urgens de la garnison que je leur laissai; et quant à leur prétendue misère, je savais à quoi m'en tenir, car je n'ignorais pas qu'ils étaient riches au moins de l'argent pillé à Alger et même à Tlemcen. Vraiment, il faut n'avoir jamais habité l'Afrique pendant quinze jours, il faut être complétement étranger au caractère et aux habitudes des Arabes, pour espérer qu'en tenant compte de leurs doléances en matière d'argent, on n'obtiendra d'eux autre chose qu'un sentiment de mépris et de risée. »

Quant aux procédés employés pour la levée de cette contribution, le maréchal déclarait qu'il n'avait pas cru devoir permettre que des Français y fussent immiscés. Tlemcen devait être considérée comme un beylick qui se soumettait à notre pouvoir, il est vrai, mais en conservant ses droits, ses lois, ses coutumes.... Et, d'après ces principes, on avait dû laisser agir les autorités du pays dans la limite de leurs droits et de leurs pouvoirs....

« Malheureusement, ajoutait le maréchal, ces autorités ont agi avec des formes qui, toutes simples et usuelles qu'elles soient en Afrique, n'en rẻvoltent pas moins nos usages et nos mœurs. Aussi ai-je suspendu la contribution dès que j'ai été informé des procédés violens auxquels elle donnait lieu, et qui révoltaient à juste titre notre susceptibilité. Quant à la pétition des Kasnadji, à cette œuvre de mensonge, le jour où elle deviendrait l'objet d'une enquête sérieuse, solennelle, je saurais en démontrer les véritables caractères. En attendant, je me borne à la déclarer calomnieuse, et, comme telle, j'en déférerai les auteurs aux tribunaux dés qu'on voudra bien ne plus jeter d'obstacles entre la justice et moi. »>

Arrivant à l'expédition de Constantine, M. le maréchal se défendait des inculpations de la commission en termes qu'il faut rapporter textuellement pour ne pas affaiblir sa défense.

« J'arrive à l'expédition de Constantine.

« Faut-il maintenant entrer dans le récit de mes rapports avec le ministère du 6 septembre, relativement à cette expédition ? Oui, puisque, aprés l'examen des pièces officielles, votre commission elle-même n'a su à qui en renvoyer la responsabilité. C'est que votre commission n'avait pas pour élémens de conviction les paroles des membres du cabinet, les messages verbani de M. le ministre de la guerre, les promesses faites et les résolutions prises par l'administration du 22 février. C'est que toutes ces choses, qui ont été les mobiles de ma conduite, manquaient à la commission pour l'éclairer et asseoir son jugement. Dans cette affaire, un grief domine tous les antres. On me reproche d'avoir entrepris l'expédition de Constantine sans y avoir été explicitement autorisé; on subtilise sur les mots; on dit : « Nous avons permis, mais non ordonné. » Et comme l'événement n'a pas répondu aux espérances, on se prévaut d'une équivoque misérable pour échapper à la responsabilité.

«Je demanderai à tous les hommes de bonne foi, à tous ceux qui connaissent la valeur des actes du pouvoir, sous quelque forme qu'il se manifeste, ce qu'ils auraient pensé à ma place, en recevant la nouvelle que le Gouvernement apprenait avec satisfaction que j'entreprenais l'expédition de Constantine, et qu'un fils du roi partait pour l'Afrique. M. le duc de Nemours venait-il seulement en Afrique pour visiter une ville secondaire? Messieurs, je ne devais pas le croire, je ne l'ai point crn; et j'ai vu, au contraire, dans le voyage du prince, l'approbation la plus formelle de la décision que j'avais prise. »

Quant aux résultats de cette expédition, M. le maréchal en voyait un utile dans la possession du poste de Ghelma qui devait servir de point de départ à une seconde expédition, et diminuer ainsi les obstacles qui avaient complété le succès de la première.

D'ailleurs il ne prétendait atténuer ni la portée de nos pertes ni les justes regrets qu'elles excitent; mais, en abordant les causes auxquelles on voulait attribuer le non succès de l'expédition :

«Elles sont de trois sortes, disait M. le maréchal Clausel:

«1° La faiblesse numérique des troupes;

20 Le choix de la saison;

3o L'insuffisance des moyens de transport et des approvisionnemens de toutes espèces.

« Quoique j'eusse demandé des forces supérieures à celles qui m'ont été accordées, les forces que j'avais étaient suffisantes pour aller à Constantine. Mais, en opérant sur d'autres points, un plus grand nombre de soldats auraient préservé de tout danger et de toute inquiétude les provinces d'Oran et d'Alger. Avec quelques milliers d'hommes de plus, ont eût mis tout mon systéme à exécution, on eût fortement occupé Guelma, et alors il est probable que, sans attendre nos attaques, Constantine nous eût ouvert ses portes.

«La saison n'était pas trop avancée pour entreprendre l'expédition. N'avons-nous pas eu, à notre retour de Constantine, une série de beaux jours qui a duré plus d'un mois? J'ai rencontré en Afrique les froids et les neiges de la Russie, et s'il était permis à un général de ne pas les prévoir, c'était assurément dans ce pays.

« Quelle est donc la véritable cause de notre non succès? Le mauvais état et l'insuffisance du matériel. Voilà ce qui a retardé notre marche et fait arriver l'armée devant Constantine, dépourvue, par la séparation de ses équipages, des subsistances qu'ils portaient et qui lui eussent permis de rester quelques jours de plus devant cette place.

«La principale cause du non succès de l'expédition de Constantine a été une circonstance indépendante de toute prévoyance humaine. Et cependant on s'est armé de cet accident pour exécuter contre moi une machination ourdic depuis quelques années. On m'a destitué pour ne pas avoir été plus fort que les élémens et ne m'ètre point emparé de Constantine.

« Cependant, Messieurs, j'ai la présomption de penser que tout autre

général, mis à la tête du même nombre d'hommes, placé dans les mêmes circonstances et réduit aux mêmes moyens, n'aurait peut-être pas obtenu de plus heureux résultats que moi.

«Non, l'expédition de Constantine n'a point été un désastre, quoiqu'on se soit empressé de le qualifier ainsi par un sentiment que je crois peu français. Non, l'armée n'a pas péri dans cette expédition; il n'y a eu ni défaite ni échec, il y a eu non succès occasioné par l'inclémence du temps et le mauvais état du matériel mis à ma disposition.

« L'armée, je l'ai ramenée à Boue au milieu des difficultés qui n'étaient pas du fait de l'ennemi, et des obstacles qu'on m'avait suscités dans son sein pour contrarier mes efforts. Je l'ai ramenée à Bone pour la conduire de nouveau à Constantine. Cette mission m'a été enlevée.

« Quoi qu'il en soit, l'expédition de Constantine a donné lieu à des procédés d'une gravité bien nouvelle. Rentré en France, j'ai trouvé ma correspondance livrée à tous les commentaires par le ministre qui, ayant approuvé ma conduite hors de cette Chambre, devait, ce me semble, la défendre devant elle.

« Absent, j'ai été traduit à votre barre (de toutes parts: Non! non!), et, contrairement à tous les usages reçus, mes actes y ont été attaqués, incriminés sans qu'il me fût possible de me défendre. Enfin, sans m'entendre, et ne s'éclairant que des allégations de mes adversaires, une commission s'est portée juge de mes opérations comme général en chef, en dehors peut-être de tous droits.

<< Tous ces précédens sont sans exemple, en France, depuis que nous sommes placés dans l'ordre du gouvernement représentatif.

« Quant au fond de la question, seul point de ce débat qui soit véritablement digne des sollicitudes du pays, permettez-moi de le répéter avant de quitter cette tribune : arrêtez une fois pour toutes le but que vous voulez atteindre; sachez bien si vous voulez conserver ou abandonner Alger, et surtout osez avouer votre pensée.

« Mais, de grâce, ne mêlez point à ce grand intérêt si net, si positif, si appréciable, les petites ambitions ministérielles et les déplorables oscillations de la politique intérieure. S'il est une question qui se refuse au système de bascule, c'est la question d'Alger.

Dans l'hypothèse de l'abandon, je n'ai rien à dire : l'opinion du pays est connue, et tout le monde sait le jugement qu'il en porterait.

« Mais, si vous voulez conserver Alger, mettez-vous franchement en face de toutes les nécessités de la conservation, et ne reculez devant aucune.

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« C'est en allant droit aux choses, en les étudiant sous tous les aspects, qu'un précédent chef du cabinet a été si rapidement et si complétement convaineu.

Mais qu'ai-je besoin de plaider ici la cause de nos possessions d'Afrique? Ce proces, gagné devant vous l'année dernière, ne peut plus y être perdu; et si un doute existait encore dans votre conscience, il suffirait, pour les dissiper, qu'un éloquent orateur se répétát, et que vous, Messieurs, vous Vous rappelassiez votre vote de 1836.

Ce qui, pour vous, était vrai et nécessaire il y a un an ne saurait être faux et superflu aujourd'hui.

Les grands intérêts de la politique ne changent point ainsi de nature en un clin-d'œil.

« Je ne puis le dire et le répéter trop haut, Messieurs pour l'occupation et la pacification de l'Afrique, vous avez un moyen plus puissant que les sacrifices d'hommes et d'argent, c'est de déclarer en face du monde que Algérie est réunie à la France; qu'elle fait partie de notre territoire, et est mise comme telle sous la sauvegarde de notre volonté et de notre honneur!»

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