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A ce discours, que nous avons dû, en y retranchant quelques personnalités, opposer comme une réponse de l'honorable maréchal aux attaques de la .commission, succéda une improvisation spirituelle de M. Jaubert, dont l'objet était de prouver que le ministère avait manqué dans les affaires d'Afrique de système. La nomination du gouverneur-général était à ses yeux une faute immense du ministère, parce qu'il était pris dans l'opposition la plus avancée, et parce qu'il s'était montré sur la question particulière d'Alger le contradicteur absolu des idées du ministère.

L'orateur, suivant la série des événemens, y voyait dans la conduite du maréchal une opposition constante aux intentions du Gouvernement, qu'il éludait, violait ou bien outrepassait ouvertement, surtout et au sujet de la contribution de Tlemcen. Une enquête parlementaire lui paraissait nécessaire.

Quant à la malheureuse expédition de Constantine, M. Jaubert n'hésitait pas à en rejeter le tort sur le ministère du 22 février, qui l'avait autorisée contre le vœu formel de la Chambre et au-delà des prévisions du budget; et, sans être beaucoup mieux disposé en faveur du cabinet du 6 septembre, il reconnaissait que sa situation était assez difficile en face des affaires d'Alger, et qu'à cet égard il portait tout le poids des fautes antérieures.... En résumé, M. Jaubert regrettait qu'au lieu de ces débats, de ces incertitudes, de ces oscillations, de cette lutte diplomatique, où les deux partis montraient si peu de confiance l'un pour l'autre, le ministère n'ait pas eu le courage d'empêcher franchement l'expédition de Constantine.

« Il faut en dire la cause, ajoutait M. Jaubert: on a eu peur encore cette fois des journaux. Remarquez que l'intervention en Espagne venait d'être refusée, ce qui était un acte très grave auquel, pour ma part, j'applaudis complétement. Mais on ne voulait pas avoir l'air de reculer partout à la fois voilà pourquoi on a fait l'expédition de Constantine. Je le dis, parce que c'est mon devoir de le dire, on a cédé dans cette occasion à un faux point d'honneur. »

En jetant un coup d'œil rapide sur cette expédition, en déplorant les fautes commises et ses résultats désastreux,

l'honorable orateur n'en rendait pas moins hommage à la fermeté, à l'énergie que le maréchal Clausel avait montrée dans la retraite.

Sur la question de l'occupation d'Alger, M. Jaubert consentait à ce qu'on y conservât quelques points du littoral, et un bon établissement maritime et commercial. Mais sa conviction intime était qu'au premier coup de canon tiré sur le Rhin, on abandonnerait Alger, dont l'occupation, dans le système qu'avaient conçu le maréchal Clausel et le président du Conseil du 22 février, aurait exigé de la France le sacrifice de cent millions et la mise sur pied de cent mille hommes.

Enfin, après s'être élevé contre l'écrit récemment publié par le maréchal, écrit qui tendait à jeter le découragement dans les officiers de l'armée, et suffirait à lui seul pour motiver la révocation prononcée par le Gouvernement, M. Jaubert, après avoir signalé les fautes commises dans la direction des affaires d'Afrique, terminait par des réflexions piquantes sur la composition actuelle du ministère, qu'il croyait disposé à louvoyer, mais inhabile à conduire d'une main ferme le vaisseau de l'Etat.

19-20 avril. Selon M. de Rancé, aide-de-camp du maréchal Clausel, qui prit la parole après M. Jaubert, nous n'avions pas réussi jusqu'à présent à faire un établissement sérieux et utile en Afrique, uniquement parce qu'il y avait eu de la part du Gouvernement, et il entendait par là tous les ministères, absence absolue de conviction de système et de plan bien arrêté. La conduite du maréchal Clausel avait toujours été conforme aux instructions écrites ou verbales qu'il avait reçues. Les expéditions de Mascara et de Tlemcen étaient nécessaires; elles avaient reçu l'approbation du ministre, et la commission s'était étrangement trompée sur l'expédition de Constantine dont l'intempérie de la saison avait seule empêché la prise.

Telle n'était pas l'opinion de M. Baude, dont la mission qu'il venait de remplir en Afrique rendait un témoignage

puissant auprès de la Chambre. Il en était revenu convaincu que notre établissement peut s'y maintenir et s'y développer avec des frais modérés et proportionnés aux avantages qu'il nous procurera, mais plus convaincu encore que le système turbulent et irréfléchi, si éloigné des engagemens pris devant la Chambre, qu'il y avait vu en action, conduit inévitablement à l'abandon par lassitude, si la paix générale doit durer, à l'expulsion, si les chances d'une guerre européenne rappelaient nos soldats d'Afrique sur les Alpes ou sur le Rhin.

S'attachant spécialement aux affaires qui motivaient une demande de crédit, l'honorable membre exposait en détail les faits relatifs à la contribution de Tlemcen, qui devait peser sur nos ennemis les Hadars plutôt que sur les Coulouglis; il donnait, sur les extorsions et les violences dont elle avait été suivie, des détails qui soulevèrent plus d'une fois l'indignation de la Chambre. A cet égard, il avouait l'appui qu'il avait donné à la malheureuse famille Kasnadji; mais il repoussait énergiquement le reproche qui lui avait été fait d'avoir présenté un maréchal de France comme associé à des fripons.

« La faute de l'ancien gouverneur-général, ajoutait M. Baude, c'est d'avoir livré aux plus odieuses extorsions des hommes que sa protection devait couvrir; c'est d'avoir compromis ainsi l'honneur de notre domination et l'influence à laquelle nous devons prétendre.

« Les opérations financières de Tlemcen nous ont fait, dans la province de Constantine, plus de mal qu'une bataille perdue; elles ont éloigné de nous les populations, elles ont étouffé la confiance dans nos promesses, et c'est une des raisons qui autorisent à dire que le résultat de la dernière expédition a été la conséquence inévitable de la direction donnée à nos affaires en Afrique. La manière dont nous traitons nos amis de l'ouest était peu propre à nous en attirer de nouveaux, et les effets de l'occupation du Méchouar de Tlemcen et de Tafna n'effrayaient pas beaucoup nos ennemis. >>

Un autre fait aussi sévèrement caractérisé par M. Baude, était celui de la nomination de Youssouf, chef d'escadron des spahis, à la dignité de bey de Constantine. Cette mesure, prise sans l'assentiment, du moins officiel, du Gouvernement, avertissait Achmet de ne plus compter sur la neutralité réciproque qui faisait sa sécurité. Elle l'arracha à son repos, et il

répondit à la nomination de son successeur en excitant contre nous l'hostilité des tribus; c'est ce qui amena l'expédition de Constantine.

Entre autres causes du mauvais succès de cette expédition, M. Baude signalait encore l'état sanitaire de l'armée, le détournement des fonds destinés à l'assainissement de Bone et aux bâtimens militaires, pour fortifier ces funestes établissemens, l'imprévoyance dans le choix de la saison, et surtout l'insuffisance des moyens de transport. On avait évalué le nombre des mulets rigoureusement nécessaires à 1,200; l'armée est partie avec 430, dont 80 ont déserté du bivouac près Ghelma.

« Je voterai les crédits demandés, dit M. Baude en résumant son opinion, mais c'est avec l'espoir que la Chambre ne se trouvera plus dans la situation d'aujourd'hui, que cette demande est la dernière du même genre qui lui sera apportée.

« J'ai la confiance que le Gouvernement, détrompé par l'expérience, fera à l'Afrique l'application de cette politique ferme et modérée qui est celle de M. le président du Conseil. Il en coûtera beaucoup moins pour sauver l'Afrique que pour la perdre. Le Gouvernement aura besoin pour marcher dans cette voie d'une grande fermeté, d'une constance inébranlable; la Chambre, je n'en doute pas, saura lui en donner l'exemple.

Il était difficile que le maréchal Clausel laissât le discours de M. Baude sans réponse; mais il s'abandonna à des récriminations pleines d'aigreur et qui excitèrent plus d'une fois les murmures de la Chambre, auxquelles M. Baude voulait répliquer, lorsque M. le président du Conseil intervint pour expliquer les motifs qui avaient fait consentir le cabinet du 6 septembre à l'expédition de Constantine, et sur les moyens qu'il avait employés pour en assurer le succès.

Le cabinet du 6 septembre avait trouvé l'expédition décidée et presque en cours d'exécution. Il s'était assuré qu'il y avait alors en Afrique un effectif de 30,000 hommes, sans compter les indigènes, quoique le budget n'en n'eût alloué que 25,000, et il avait pensé que si ces 30,000 hommes suffisaient à M. le maréchal Clausel, l'expédition pouvait se faire sans une demande de crédits supplémentaires. L'abandon des préparatifs

qui avaient déjà été faits pouvait avoir des conséquences grages: l'expédition avait été annoncée d'un bout à l'autre de la régence; l'armée y comptait; les colons aussi. L'abandonner soudainement, eût été porter un grand affaiblissement à notre situation morale en Afrique....

Les choses en étaient là lorsqu'arriva M. de Rancé avec mission de demander un renfort de 6,000 hommes, non pas pour augmenter l'armée d'opération, disait-il, mais seulement pour remplacer les troupes qui seraient tirées de plusieurs points de l'occupation, afin de former l'armée d'opération... Comme cette demande entraînait la nécessité d'un crédit supplémentaire de 3 à 9 millions, on écrivit positivement à M. le maréchal Clausel que si ces 6,000 hommes lui étaient indispensables, s'il ne croyait pas pouvoir s'en passer sans compromettre le succès de l'expédition, le Gouvernement serait obligé de l'ajourner tout au moins au printemps. Que si, au contraire, le renfort demandé ne lui était pas absolument nécessaire, s'il avait confiance en lui et en ses moyens, il pouvait aller en avant.

Ici, M. le président du Conseil croyait devoir s'expliquer sur une autre circonstance dont on avait fait plusieurs commentaires inexacts, c'est-à-dire sur la mission du général Danrémont.

« Peut-être, dit-il, fut-cé mon opinion personnelle plus encore que celle de mes collègues, qui fit envoyer M. le général Danrémont. J'avais tant de peine à m'expliquer cette demande soudaine de 6,000 hommes, que je crus voir là un indice de la résolution ultérieure qu'avait peut-être formée M. le maréchal Clausel, de quitter l'Afrique. Je me disais que peut-être regardant le système du nouveau cabinet à l'égard de l'Afrique comme trop opposé à ses vues et au systéme dont il avait été l'exécuteur, peut-être voulait-il renoncer à son commandement. Dans la crainte d'un interrègne, il nous parut prudent d'envoyer M. le général Danrémont pour prendre le commandement dans le cas où M. le maréchal Clausel l'abandonnerait. Dans l'hypothèse contraire, M. le général Danrémont devait revenir en France comme il l'a fait.

« Que nous répondit alors M. le maréchal Clausel? Que les moyens mis à sa disposition étaient suffisans; qu'il eût préféré sans doute pouvoir ne faire de vides nulle part, mais qu'en définitive il n'hésitait pas à entreprendre l'expédition. Et je donnerai la mesure de sa sécurité dans la proposition qu'il fit lui-même d'envoyer en Afrique soit le prince royal, soit le prince son frère.

« Sa sécurité était entière; il nous la communiqua, »

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