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bien reconnue du poëme, qui domine dans l'avertissement du libraire au lecteur, dans lequel on retrouve des préventions tellement favorables au style de Joseph, qu'on pourroit supposer que c'est son père qui parle. « Je le trouvai (le poëme) si plein ‹ de feu, dit le libraire, et si bien digéré, que je le jugeai digne de paroître au jour..... Je ne dirai rien de l'auteur..... Ses ‹ vers parlent assez en sa faveur, et on peut juger par la force de son style et la beauté de ses pensées, qu'il ne fait que des « coups de maître. » Bienheureusement Dom Morillon n'a fait qu'un seul de ces coups de maître, et notre conscience, non. plus que nos tablettes, ne sont pas trop chargées de ses œuvres.

Puisqu'il est bien convenut que le poëme de Joseph est rare, que les curieux le recherchent et qu'il passe à de hauts prix dans les ventes, nous devons dire, pour l'édification des biblio philes, nous qui avons comparé les trois éditions dont nous sommes propriétaires, que l'édition de Bréda, 1705, est la plus jolie et la seule digue de bien figurer dans la collection d'un amateur qui se respecte.

Le sujet de Joseph, que Voltaire a jugé très propre au poëme épique, a, dans tous les temps et presque dans tous les pays, tenté les écrivains, qui l'ont souvent traité. Tout le monde. connoît le livre du jésuite de Cérisiers sur ce sujet; on ignore encore moins l'existence de Joseph, poëme en neuf chants, écrit en prose, par Bitaubé, qui le dédia, le 9 mai 1767, à Frédéric Guillaume, prince royal et depuis roi de Prusse. Précédemment. Bodmer, de Zurich, connu avantageusement par son poëme de Noé, avoit fait deux ouvrages; l'un, Joseph et Zulica, poëme en deux chants; l'autre, Jacob et Joseph, en trois chants, qu'il convertit tous deux en drames. Plus anciennement encore, l'abbé Genest avoit publié Joseph, tragédie tirée de l'Écriture Sainte, Paris, E. Ganeau et J. Estienne, 1711, in-8°, fig., 75 p., dédiée à la duchesse du Maine, et précédée d'un discours de M. de Malezieu. Elle avoit été représentée cinq fois en 1706, au château de Clagny, près Versailles. La duchesse du Maine y remplit le rôle d'Azaneth, femme de Joseph, seul personnage féminin de la pièce; Baron le père faisoit Joseph; M. Malezicu

père, Juda; le marquis de Roquelaure, Siméon; et le marquis de Gondrin, Pharaon. Le 19 décembre 1710 eut lieu la première représentation de cette pièce aux François; elle n'y fut jouée que onze fois.

Nous comptions déjà en France deux anciennes tragédies de Joseph; l'une, d'Antoine Tiron, en cinq actes, en prose, traduite du latin de Macropedius, et jouée à Anvers en 1564; l'autre, intitulée Joseph le Chaste, en cinq actes, en vers, par Montreux, sous le pseudonyme d'Olenix de Montsacré, imprimée en 1601. Enfin, les vieux auteurs des mystères et moralités n'avoient eu garde, comme on le pense bien, de négliger un sujet si éminemment moral et dramatique; aussi a-t-on trouvé dans la belle et riche bibliothèque de Gaignat (no 1908) une moralité intitulée: la Vendition de Joseph, ladicte vendition figurant celle de Notre Seigneur J.-C., mise en ryme françoise et par personnaiges. Paris, Pierre Sergent (sans date), in-8° long et étroit, caractères gothiques. C'est sans doute à la suite de ces moralités qu'on fit des cantiques populaires sur ce sujet saint, entre autres: L'Histoire de Joseph, mise en cantique, sur l'air de la Samaritaine, ou Jésus plein d'amour extrême. Lyon, André Molin (sans date), in-12, 24 pages.

Les pièces latines sur le même sujet sont innombrables; la plus ancienne que nous connoissions fut composée en 1536, et imprimée l'an suivant sous ce titre : Comoedia sacra, cui titulus Joseph, ad christianæ juventutis institutionem juxtà locas inventionis, veteremque artem, nunc primùm et scripta et edita, per Cor. Crocum Amsterodami Ludimagistrum. Antverpiæ, in ædibus J. Steelsii, мьXXXVII, in-8°, 32 folios non chiffrés. Vint ensuite la tragédie de Josephus, de Cornelius Schonæus, imprimée avec cinq autres, Harlemi, 1592, in-18.

Les plus nouvelles de ces pièces latines sont celles du jésuite S.-F. Le Jay, professeur d'éloquence au collège de Louis-leGrand (1). A. D.

(1) Ducornet (Vie de Voltaire, p. 16) raconte que le P. Le Jay étoit professeur de Voltaire en 1705 au collége Louis-le-Grand, et que le jeune Arouet

ET DE BARBIER.

CHARDON LA ROCHETTE A BARBIER,

BIBLIOTHÉCAIRE DU CONSEIL d'état.

Troyes, 8 pluviôse an XII (29 janvier 1804).

Cher et ancien confrère, je vous avois prié de me marquer incessamment la détermination du Ministre touchant la proposition que je vous avois faite, parce que mon opération s'avance et qu'elle seroit presque terminée sans un incident qui m'a pris dix à douze matinées ; c'est qu'au dessous de la bibliothèque il y avoit une salle où étoient empilés au moins dix mille in-folios et in-quartos, qu'il a fallu faire déployer successivement et examiner. Pressez donc, je vous prie, M. Locré d'obtenir du ministre une autorisation pour choisir dans les bibliothèques de Troyes et de Dijon les ouvrages de jurisprudence ou de littérature qui manquent à celle du conseil d'état. 11 faudroit dresser une liste des ouvrages dont le besoin est le plus urgent; mais il ne faut point dans cette liste remonter au dessus de 1740, car depuis la mort du président Bouhier, on ne trouve plus rien qui vaille, et l'on pourroit écrire sur la porte de sa bibliothèque, après son décès :

Les oracles ont cessé,

Car Bouhier est trépassé.

Vous concevrez, mon cher ami, que pour travailler pour vous, il faut que je puisse produire au préfet une autorisation

lui préféroit beaucoup le P. Porée, qui lui parloit davantage de littérature. Un jour, Voltaire fit au P. Le Jay une réponșe tellement impie, qu'elle scandalisa toute sa classe. Le professeur descendit de sa chaire, courut à Voltaire, le prit au collet, le secoua fortement, et lui dit : « Malheureux, tu seras un jour l'étendard du déisme en France! »

(1) Nous sommes redevables de cette communication à l'obligation de M. Louis Barbier, sous-bibliothécaire du roi au Louvre.

du ministre, afin que dans le rapport que je ferai avant de quitter Troyes, je puisse dresser deux listes pour lui être envoyées; l'une des manuscrits et des imprimés dont j'ai pris note, et sur lesquels la bibliothèque nationale fera son choix ; l'autre de ceux que le gouvernement se réservera pour celle du conseil d'État.

Si vous m'en croyez, mon cher ami, vous adresserez vousmême au ministre, sous le bon plaisir toutefois de M. Locré, un petit mémoire sur cet objet. Vous lui marquerez les besoins de votre bibliothèque, la presque impossibilité où l'on est aujourd'hui de trouver, même en les payant fort cher, beaucoup d'ouvrages qui ont été lacérés, brûlés, pendant le règne du vandalisme, ou que les étrangers nous ont enlevés, non pas à main armée, mais avec une main pleine d'assignats, d'assez mauvais aloi, comme vous et moi le savons trop bien, à nos dépens, s'entend. Ajoutez que, comme mon ancien collègue au conseil de conservation, entretenant une correspondance active avec moi, vous apprenez que je me prépare à lui faire un rapport sur une des plus belles bibliothèques qui existent dans nos départemens, si l'on excepte celles de la Belgique et des nouveaux départements réunis sur la rive gauche du Rhin. Faites surtout observer que si, avant mon départ de Troyes et de Dijon, je ne constate moi-même l'existence des ouvrages mis en réquisition, les bibliothécaires ne manqueront pas de le nier. Pesez tout cela, je vous prie, cher et ancien collègue, dans votre sagesse, et battez le fer tandis qu'il est chaud. Je vous salue et vous embrasse de tout mon cœur,

CHARDON LA ROCHETTE.

BARBIER A CHARDON LA ROCHETTE.

Paris, 11 pluviôse an XII (1er février 1804).

Que pensez-vous de moi, mon ancien et cher collègue? Devois-je garder un aussi long silence sur l'important service que vous vous proposiez de rendre à ma bibliothèque. Je l'ai gardé

ce long silence, parce que j'étois indigné de ne pas entendre parler à mon chef du résultat de la conférence qu'il devoit avoir à ce sujet avec le ministre. Je romps aujourd'hui ce silence, sans avoir rien de positif à vous annoncer. Ce petit événement ne sera funeste qu'à moi, puisqu'il me privera de bons livres ; mais que faire, quand on a à parler de littérature à un fonctionnaire accablé des travaux de sa place, et de ceux auxquels il se livre en particulier ? Puis-je tous les deux ou quatre jours aller frapper ses oreilles du nom de l'honnête commissaire qui a si bonne envie de nous obliger? Je me contente de rappeler, mon affaire à son secrétaire, et j'ai le désagrément de voir que l'un ne s'en occupe pas plus que l'autre. Quittez donc la ville de Troyes quand vous le voudrez, et n'y prolongez pas votre séjour pour attendre une autorisation qui peut-être n'arrivera pas.

Je toucherai demain le reste de votre arriéré et le mois échu. Ainsi il y a de l'ordre à la comptabilité du ministère de l'intérieur.

J'ai lu avec beaucoup de plaisir votre Heerkens. Ce brave homme était un insigne faussaire. Je n'ai de lui ici que son voyage en Italie. L'abbé de Saint-Léger l'avoit aussi, ainsi que deux ou trois poëmes de sa façon. Les auteurs du Dictionnaire historique italien le font mourir en 1780; Marron m'assure qu'il n'est mort que vers 1793. Si vous eussiez écrit votre article à Paris, vous eussiez pu y joindre l'indication de ses principaux ouvrages.

Salut cordial,

Votre affectionné concitoyen,

BARBIER.

BARBIER A CHARDON LA ROCHETTE.

Paris, 12 pluviôse an XII (2 février 1804).

Votre dernière m'a été remise, ancien et cher confrère, au moment où je venois d'en déposer une pour vous dans la fatale

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