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gumentation fût le caractère distinctif de son éloquence , on sentoit tant dame au fond de ses raisonnemens, que l'on en étoit ému. Son caractère portoit l'empreinte de la dignité angloise, comme celui de son antagoniste; mais il avoit une candeur naturelle , à laquelle le contact avec les hommes ne sauroit porter atteinte, parce que la bienveillance du génie est inaltérable.

Il n'est pas nécessaire de décider entre ces deux grands hommes, et personne n'oseroit se croire capable d'un tel jugement. Mais la pensée salutaire qui doit résulter des discussions sublimes dont le parlement anglois a été le théâtre, c'est que le parti ministériel a toujours eu raison, quand il a combattu le jacobinisme et le despotisme militaire; mais toujours tort et grand tort, quand il s'est fait l'ennemi des principes libéraux en France. Les membres de l'opposition, au contraire, ont dévié des nobles fonctions qui leur sont attribuées, quand ils ont défendu les hommes dont les forfaits perdoient la cause de l'espèce humaine; et cette même opposition a bien mérité de l'avenir, quand elle a soutenu la généreuse élite des amis de la liberté qui, depuis vingt-cinq ans, se dévoue à la haine des deux partis en France,: et qui n'est forte que d'une grande alliance, celle de la vérité.

Un fait peut donner l'idée de la différence essentielle qui existe entre les torys et les whigs, entre les ministériels et l'opposition , relativement aux affaires de France. L'esprit de parti réussit à dénaturer les plus belles actions, tant que vivent encore ceux qui les ont faites; mais il n'en est pas moins certain que l'antiquité n'offre rien de plus beau que la conduite du général la Fayette, de sa femme et de ses filles dans les prisons d'Olmntz (i).

Le général étoit dans ces prisons, pour avoir d'une part quitté la France après l'emprisonnement du roi, et de l'autre pour s'être refusé à toute liaison avec les gouvernemens qui faisoient la guerre à son pays ; et l'admirable madame de la Fayette, à peine sortie des cachots

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de Robespierre, ne perdit pas un jour pour venir s'enfermer avec son mari, et s'exposer à toutes les souffrances qui ont abrégé sa vie. Tant de fermeté dans un homme depuis si longtemps fidèle à la même cause, tant d'amour conjugal et filial dans sa famille, devoient intéresser le pays où ces vertus sont natives. Le général Fitz - Patrick demanda donc que le ministère anglois intercédât auprès de ses alliés pour en obtenir la liberté du général la Fayette. M. Fox plaida cette cause; etcependant le parlement anglois entendit le discours sublime, dont nous allons transcrire la fin, sans que les députés d'un pays libre se levassent tous pour accéder à la proposition de l'orateur, qui n'auroit dû être dans cette occasion que leur interprète. Les ministres s'opposèrent à la motion du général Fitz - Patrick, en disant, comme à l'ordinaire, que la captivité du général la Fayette concernoit les puissances du continent, et que l'Angleterre, en s'en mêlant, violerait le principe général, qui lui défend de s'immiscer dans l'administration intérieure des pays étrangers. M. Fox combattit admirablement cette réponse, dès lors astucieuse. M. Windham, secrétaire de la guerre, repoussa les éloges que M. Fox avoit donnés au général la Fayette, et ce fut à cette occasion que M. Fox lui répondit ainsi:

« Le secrétaire de la guerre a parlé, et ses » principes sont désormais au grand jour. Il ne » faut jamais pardonner à ceux qui commen» cent les révolutions, et cela dans le sens le » plus absolu, sans distinction ni de circon» stances ni de personnes. Quelque corrompu, » quelque intolérant, quelque oppressif, quel» que ennemi des droits et du bonheur de l'hu» manité que soit un gouvernement; quelque » vertueux, quelque modéré, quelque patriote, » quelque humain que soit un réformateur, » celui qui commence la réforme la plus juste M doit être dévoué à la vengeance la plus irré» conciliable. S'il vient après lui des hommes » indignes de lui, qui ternissent par leurs ex» ces la cause de la liberté, ceux-là peuvent M être pardonnes. Toute la haine de la révolu» tion criminelle doit se porter sur celui qui a » commencé une révolution vertueuse. Ainsi » le très-honorable secrétaire de la guerre parM donne de tout son cœur à Cromwell, parce M que Cromwell n'est venu qu'en second, qu'il >) a trouvé les choses préparées, et qu'il n'a fait » que tourner les circonstances à son profit; » mais nos grands, nos illustres ancêtres, Pym,

D Hampden, le lord Falkland, le comte de Bed« ford, tous ces personnages à qui nous sommes » accoutumés à rendre des honneurs presque » divins pour le bien qu'ils ont fait à la race hu» maine et à leur patrie, pour les maux dont » ils nous ont délivrés, pour le courage pru» dent, l'humanité généreuse, le noble désinté» ressèment, avec lesquels ils ont poursuivi leurs » desseins ; voilà les hommes qui, suivant la « doctrine professée dans ce jour, doivent être « voués à une exécration éternelle.

» Jusqu'ici nous trouvions Hume assez sé» vère, lorsqu'il dit que Hampden est mort au m moment favorable pour sa gloire, parce » que, s'il eût vécu quelques mois de plus, il » alloit probablement découvrir le feu caché m d'une violente ambition. Mais Hume va « nous paroître bien doux auprès du très+ho- » norable secrétaire de la guerre. Selon ce » dernier, les hommes qui ont noirci par leurs » crimes la cause brillante de la liberté, ont » été vertueux en comparaison de ceux qui » vouloient seulement délivrer leur pays du » poids des abus, des fléaux de la corruption , » et du joug de la tyrannie. Cromwell, Har» rison, Bradshaw, l'exécuteur masqué qui a » fait tomber la tête de l'infortuné Charles Ier.:

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