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» pendant que toute âme sensible en éprouve, » je la forme cette association, je la forme en » espérance avec les hommes honnêtes de tous » les pays, avec ceux, en si petit nombre , » dont la première passion est l'amour du bien » sur cette terre. »

M. Necker regrettoit amèrement cette popularité qu'il avoit, sans hésiter, sacrifiée à ses devoirs. Quelques personnes lui ont fait un tort du prix qu'il y attachoit. Malheur aux hommes d'état qui n'ont pas besoin de l'opinion publique! Ce sont des courtisans ou des usurpateurs; ils se flattent d'obtenir, par l'intrigue ou par la terreur, ce que les caractères généreux ne veulent devoir qu'à l'estime de leurs semblables.

En nous promenant ensemble, mon père et moi, sous ces grands arbres de Coppet qui me semblent encore des témoins amis de ses nobles pensées, il me demanda une fois si je croyois que toute la France partageât les soupçons populaires dont il avoit été la victime dans sa route de Paris en Suisse. « Il me » semble, me disoit-il, que dans quelques » provinces ils ont reconnu jusqu'au dernier » jour la pureté de mes intentions et mon atta» chement à la France? » A peine m'eut-il adressé cette question, qu'il craignit d'être trop attendri par ma réponse. « N'en par» Ions plus, dit-il, Dieu lit dans mon cœur: » c'est assez. » Je n'osai pas, ce jour-là même, le rassurer, tant je voyois d'émotion contenue dans tout son être! Ah! que les ennemis d'un tel homme doivent être durs et bornés! C'est à lui qu'il falloit adresser ces paroles de Ben Johnson, en parlant de son illustre ami le chancelier d'Angleterre. « Je prie Dieu qu'il vous donne » delà force dans votre adversité; car, pour de » la grandeur, vous n'en sauriez manquer. »

M. Necker, au moment où le parti démocratique, alors tout-puissant, lui faisoit des propositions de rapprochement, s'exprimoit avec la plus grande force sur la funeste situation à laquelle on avoit réduit l'autorité royale. Et, quoiqu'il crût peut-être trop à l'ascendant de la morale et de l'éloquence, dans un temps où l'on commençoit à ne s'occuper que de l'intérêt personnel, il se servoitmieux que personne de l'ironie et du raisonnement, quand il le jugeoit à propos. J'en vais citer un exemple entre plusieurs.

« J'oserai le dire,la hiérarchie politique éta» blie par l'assemblée nationale sembloit exiger, » plus qu'aucune autre ordonnance sociale, l'in» Invention efficace du monarque. Cette aunguste médiation pouvoit seule, peut-être, » conserveries distances entre tant de pouvoirs » qui se rapprochent, entre tant d'élus à titres » pareils, entre tant de dignitaires égaux par » leur premier état, et si près encore les uns » des autres par la nature de leurs fonctions et » la mobilité de leurs places; elle seule pouvoit » vivifier, en quelque manière, les gradations » abstraites et toutes constitutionnelles qui » doivent composer dorénavant l'échelle des » subordinations. » Je vois bien

» Des assemblées primaires qui nomment un » corps électoral;

» Ce corps électoral, qui choisit des députés » à l'assemblée nationale;

» Cette assemblée, qui rend des décrets, et » demande au roi de les sanctionner et de les » promulguer; •

» Le roi qui les adresse aux départemens;» Les départemens qui les transmettent aux » districts;

» Les districts qui donnent des ordres aux » municipalités, M Les municipalités qui, pour l'exécution de » ces decrets, requièrent au besoin l'assistance » des gardes nationales;

» Les gardes nationales qui doivent contenir » le peuple;

» Le peuple qui doit obéir.

» L'on aperçoit dans cette succession un ordre » de numéros, auquel il n'y a rien à redire; un, » deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, » neuf, dix; tout se suit dans la perfection. » Mais en gouvernement, mais en obéissance, » c'est par la liaison, c'est par le rapport moral » des différentes autorités, que l'ordre général » se maintient. Le législateur auroit une fonc» tiontrop aisée, si, pour opérer cette grande » œuvre politique, la soumission du grand » nombre à la sagesse de quelques-uns, il lui » suffisoit de conjuguer le verbe commander, et M de dire comme au collége, je commanderai, » tu commanderas, il commandera, nous com» manderons, etc. Il faut nécessairement, pour » établir une subordination effective , et pour » assurer le jeu de toutes les parties ascendantes w et descendantes, qu'il y ait entre toutes les » supériorités de convention une gradation » proportionnelle de considération et de res» pect. Il faut, de rang en rang, une distinction » qui impose, et, au sommet de ces gradations,

» il faut un pouvoir qui, par un mélange de » réalité et d'imagination, influe par son action » sur l'ensemble de la hiérarchie politique.

» Il n'est point de pays où les distinctions w d'état soient plus effacées que sous le gouver» nement despote des califes de l'Orient; mais » nulle part aussi les châtimens ne sont plus » rapides, plus sévères et plus multipliés. Les » chefs de la justice et de l'administration y ont » une décoration qui suffit à tout, c'est le cortége » des janissaires, des muets et des bourreaux. » Ces derniers paragraphes se rapportent à la nécessité d'un corps aristocratique, c'est-à-dire, d'une chambre des pairs, pour maintenir une monarchie.

Pendant son dernier ministère , M. Necker avoit défendu les principes du gouvernement anglois successivement contre le roi, les nobles et les représentans du peuple, à l'époque où chacune de ces autorités avoitété la plus forte. Il continua le même rôle comme écrivain, et il combattit dans ses ouvrages l'assemblée constituante, la convention, le directoire et Bonaparte, tous les quatre au faîte de leur prospérité, opposant à tous les mêmes principes, et leur annonçant qu'ils se perdoient, même en atteignant leur but, parce qu'en faitde politique, Tome n. a...

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