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se multiplioient à l'infini dans l'intérieur, et l'on entendoit dans le gouvernement cette sorte de craquement qui précède la chute de l'édifice. On souhaita d'abord que le général Joubert se mît à la tête de l'état ; il préféra le commandement des troupes, et se fit tuer noblement par l'ennemi, ne voulant pas survivre aux revers des armées françoises. Les vœux de tpus auroient désigné Moreau pour premier magistrat de la république; et certainement ses vertus l'en rendoient digne: mais il ne se sentoit peut-être pas assez d'habileté politique pour une telle situation, et il aimoit mieux s'exposer aux dangers qu'aux affaires.

Parmi les autres généraux françois, on n'en connoissoit guère qui fussent propres à la carrière civile. Un seul, le général Bernadotte, réunissoit, comme il l'a prouvé dans la suite, les qualités d'un homme d'état et d'un grand militaire. Mais le parti républicain étoit le seul qui le portât alors, et ce parti n'approuvoit pas plus l'usurpation de la république, que les royalistes n'approuvoient celle du trône. Bernadotte se borna donc, comme nous le rappellerons dans le chapitre suivant, à rétablir les armées pendant qu'il fut ministre de la guerre. Les scrupules, de quelque genre qu'ils pussent être, n'arrêtoient pas le général Bonaparte; aussi nous allons voir comment il s'est emparé des destinées de la France, et de quelle manière il les a conduites.

TROISIÈME PARTIE.

CHAPITRE PREMIER.

Nouvelles d'Egypte; retour de Bonaparte.

Rien n'étoit plus propre à frapper les esprits que la guerre d'Égypte; et, bien que la grande victoire navale remportée par Nelson près d'Aboukir en eût détruit les avantages possibles, des lettres datées du Caire, des ordres qui partaient d'Alexandrie pour arriver jusqu'aux ruines de Thèbes vers les confins de l'Éthiopie, accroissoient la réputation d'un homme qu'on ne voyoit plus, mais qui sembloit de loin un phénomène extraordinaire. Il mettoit à la tête de ses proclamations: Bonaparte géneral en chef, et membre de l'Institut national; on en concluoit qu'il étoit ami des lumières, et qu'il protégeoit les lettres; mais la garantie qu'il donnoit à cet égard n'étoit pas plus sûre que sa profession de foi mahométane, suivie de son concordat avec Tome H. x . i5...

le pape. Il commencent dejà la mystification de l'Europe, convaincu, comme il l'est que la science de la vie ne consiste pour chacun que dans les manœuvres de l egoïsme. Bonaparte n'est pas seulement un homme, mais un système; et, s'ilavoit raison, l'espèce humaine ne seroit plus ce que Dieu l'a faite. On doit donc l'examiner comme un grand problème dont la solution importe à la pensée dans tous les siècles.

En réduisant tout au calcul, Bonaparte en savoit pourtant assez sur ce qu'il y a d'involontaire dans la nature des hommes, pour sentir la nécessité d'agir sur l'imagination et sa double adresse consistoit dans l'art d'éblouir les masses et de corrompre les individus. Sa conversation avec le mufti dans la pyramide de Chéops devoit enchanter les Parisiens, parce qu'elle réunissoit deux choses qui les captivent: un certain genre de grandeur, et de la moquerie tout ensemble. Les François sont bien aises d'être émus, et de rire de ce qu'ils sont émus; le charlatanisme leur plaît, ils aident volontiers à se tromper eux-mêmes, pourvu qu'il leur soit permis, tout en se conduisant comme des dupes, de montrer par quelques bons mots que pourtant ils ne le sont pas.

Bonaparte, dans la pyramide, se servit du langage oriental. « Gloire à Allah/dit-il, Un y » a de vrai Dieu que Dieu, et Mahomet est son » prophète. Le pain dérobé par le méchant se » réduit en poussière dans sa bouche. » — « Tu » as parlé, dit le mufti, comme le plus docte » des mullahs. » — « Je puis faire descendre » du ciel un char de feu, continuoit Bonaparte, » et le diriger sur la terre. » — « Tu es le M plus grand capitaine, répondoit le mufti., » dont la puissance de Mahomet ait armé le » bras. » Mahomet, toutefois, n'empêcha pas que sir Sidney Smith n'arrêtât par sa brillante valeur les succès de Bonaparte à Saint-Jean-d'Acre.

Lorsque Napoléon, en i8o5, fut nommé roi d'Italie, il dit au géneral Berthier, dans un de ces momens où il causoit de tout pour essayer ses idées sur les autres: « Ce Sidney « Smith m'a fait manquer ma fortune à Saintr « Jean-d'Acre;je voulois partir d'Egypte, pas» ser par Constantinople, et prendre l'Europe » à revers pour arriver à Paris. » Cette fortune manquée paraissoit alors néanmoins en assez bon état. Quoi qu'il en soit de ces regrets, gigantesques comme les entreprises qui les ont suivis, le général Bonaparte trouva le moyen

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