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de faire passer ses revers en Egypte pour des succès ; et, bien que son expédition n'eût d'autre résultat que la ruine de la flotte et la destruction d'une de nos plus belles armées, on l'appela le vainqueur de l'Orient.

Bonaparte, s'emparant avec habileté de l'enthousiasme des François pour la gloire militaire , associa leur amour-propre à ses victoires comme à ses défaites. Il prit par degrés la place que tenoit la révolution dans toutes les têtes, et reporta sur son nom seul tout le sentiment national qui avoit grandi la France aux yeux des étrangers.

Deux de ses frères, Lucien et Joseph, siégeoient au conseil des cinq cents, et tous les deux, dans des genres différens, avoient assez d'espritet de talens pour être éminemmentutiles au général. Us veilloient pour lui sur l'état des affaires; et, quand le moment fut venu, ils lui conseillèrent de revenir en France. Les armées étoient alors battues en Italie, et, pour la plupart, désorganisées par les fautes de l'administration. Les jacobins commençoient à se remontrer, le directoire étoit sans considération et sans force: Bonaparte reçut toutes ces nouvelles en Egypte; et, après s'être enfermé quelques heures pour les méditer, il se résolut

à partir. Cet aperçu rapide et sûr des circonstances est précisément ce qui le distingue, et l'occasion ne s'est jamais offerte à lui en vain. On a beaucoup répété qu'en s'éloignant alors , il avoit déserté son armée. Sans doute, il est un genre d'exaltation désintéressée qui n'auroit pas permis à un guerrier de se séparer ainsi de ceux qui l'avoient suivi, et qu'il laissoit dans la détresse. Mais le général Bonaparte couroit de tels risques en traversant la mer couverte de vaisseaux anglois; le dessein qui l'appeloit en Franceétoit en lui-même si hardi, qu'il est absurde de traiter de lâcheté son départ d'Egypte. Il ne faut pas attaquer un être de ce genre par les déclamations communes: tout homme qui a produit un grand effet sur les autres hommes doit être approfondi pour être jugé.

Un reproche d'une nature beaucoup plus grave, c'est l'absence totale d'humanité que le général Bonaparte manifesta dans sa campagne d'Egypte. Toutes les fois qu'il a trouvé quelque avantage dans la cruauté, il se l'est permise, sans que, pour cela, sa nature fût sanguinaire. Il n'a pas plus d'envie de verser le sang qu'un homme raisonnable n'a envie de dépenser de l'argent quand cela n'est pas nécessaire; mais ce qu'il appelle la nécessité, c'est son ambition;

et, lorsque cette ambition étoit compromise, il n'admettoit pas même un moment qu'il pût hésiter à sacrifier les autres à lui; et ce que nous nommons la conscience ne lui a jamais paru que le nom poétique de la duperie.

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CHAPITRE IL

Révolution du 18 brumaire.

Dans le temps qui s'étoit écoulé depuis les lettres que les frères de Bonaparte lui avoient écrites en Egypte pour le rappeler, les affaires avoient singulièrement changé de face en France. Le général Bernadotte, nommé ministre de la guerre, avoit en peu de mois réorganisé les armées. L'extrême activité de ce général réparoit tous les maux que la négligence avoit causés. Un jour, comme il passoit eii.rc*vue les jeunes gens de Paris qui alloient partir pour la guerre: En/ans, leur dit-il, il y a rement parmi vous de grands capitaines. Ces simples paroles électrisoient les âmes, en rappelant l'un des premiers avantages desinstitutions libres, l'émulation qu'elles excitent dans toutes les classes. .' ■ ôl

Les Anglois avoient fait une descente en Hollande, mais ils en étoient dejà repousses. Les Russes avoient été battus à Zurich par Masséila, les armées françoises reprenoient l'offensive en Italie. Ainsi quand le genéeal Bonaparte revint, la Suisse, la Hollande et le Piémont étoient encore sous l'influence française; la barrière du Rhin, conquise par la république, ne lui étoit point disputée, et la force de la France étoit en équilibre avec celle des autres états de l'Europe. Pouvoit-on imaginer alors que, de toutes les combinaisons que le sort offroit à la France, celle qui devoit la conduire à être conquise et subjuguée étoit de prendre pour chef le plus habile des généraux? La tyrannie anéantit jusqu'aux forces militaires mêmes auxquelles elle a tout sacrifié.

Ce n'étoient donc plus les revers de la France au dehors qui faisoient désirer Bonaparte en 1799; mais la peur que causoient les jacobins le servit puissamment. Ils n'avoient plus de moyens, et leur apparition n'étoit que celle d'un spectre qui vient remuer des cendres; mais c'en étoit assez pour ranimer la haine qu'ils inspiroient, et la nation se précipita dans les bras de Bonaparte en fuyant un fantôme.

Le président du directoire avoit dit, le 10 août de l'année même où Bonaparte se fit consul: La royauté ne se relèvera jamais; on ne verra plus ces hommes qui se disoient délégués du ciel pour opprimer avec plus de sécurité

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