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tifîoient tour à tour les mesures les plus opposées. Quel indigne établissement que celui de la police! Cette inquisition politique , dansles temps modernes, a pris la place de l'inquisition religieuse. Étoit-il aime, le chef qui avoit besoin de faire peser sur la nation un esclavage pareil? Il se servoit des uns pour accuser les autres, et se vantoit de mettre en pratique cette vieille maxime de diviser pour commander, qui, grâces aux progrès de la raison, n'est plus qu'une ruse bien facilement découverte. Le revenu de cette policeétoit digne de son emploi. C'étoient les jeux de Paris qui l'entretenoient ; elle soudoyoitle vice avec l'argent du vice qui la payoit. Elle échappoit à l'animadversion publique par le mystère dont elle s'enveloppoit; mais, quand le hasard faisoit mettre au jour un procès où les agens de police se trouvoient mêlés de quelque manière, peut-on se représenter quelque chose de plus dégoûtant, de plus perfide et de plus bas que les disputes qui s'élevoient entre ces misérables? Tantôt ils déclaroient qu'ilsavoient professé une opinion pour en servir secrètement une opposée tantôt ils se vantoient des embûches qu'ils avoient dressées aux mécontens pour les engager à conspirer, afin de les trahir s'ils conspiroient; et l'on a reçu la déposition d'hommes semblables devant les tribunaux! L'invention malheureuse de cette police s'est tournée depuis contre les partisans de Bonaparte à leur tour: n'ont-ils pas dû penser que c'étoit le taureau de Phalaris dont ils subissoient eux-mêmes le supplice après en avoir conçu la funeste idée?

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CHAPITRE XVI.

De la littérature sous Bonaparte.

Cette même police, pour laquelle nous n'avons pas de termes assez méprisans, pas de termes qui puissent mettre assez de distance entre un honnête homme et quiconque pouvoit entrer dans une telle caverne, c'étoit elle que Bonaparte avoit chargée de diriger l'esprit public en France: et, en effet, dès qu'il n'y a pas de liberté de la presse, et que la censure de la police ne s'en tient pas à réprimer, mais dicte à tout un peuple les opinions qu'il doit avoir sur la politique, sur la religion, sur les mœurs, sur les livres, sur les individus, dans quel état doit tomber une nation qui n'a d'autre nourriture pour ses pensées, que celle que permet ou prépare l'autorité despotique! Il ne faut donc pas s'étonner si en France la littérature et la critique littéraire sont déchues à un tel point. Ce n'est pas certainement qu'il y ait nulle part plus d'esprit et plus d'aptitude à tout que chez les François. On peut voir quels progrès étonnans ils ne cessent de faire

dans les sciences et dans l'érudition, parce que ces deux carrières ne touchent en aucune façon à la politique; tandis que la littérature ne peut rien produire de grand maintenant sans la liberté. On objecte toujours les chefs-d'œuvre du siècle de Louis XIV; mais l'esclavage de la presse étoit beaucoup moins sévère sous ce souverain quesous Bonaparte. Vers la fin du règne de Louis XIV, Fénélon et d'autres penseurs traitoient déjà les questions essentielles aux intérêts de la société. Le génie poétique s'épuise dans chaque pays tour à tour, et ce n'est qu'après de certains intervalles qu'il peut renaître; mais l'art d'écrire en prose, inséparable dela pensée, embrasse nécessairement toute la sphère philosophique des idées; et, quand on condamne des hommes de lettres à tourner dans le cercle des madrigaux et des idylles, on leur donne aisément le vertige de la flatterie: ils ne peuvent rien produire qui dépasse les faubourgs de la capitale et les bornes du temps présent.

La tâche imposée aux écrivains sous Bonaparte étoit singulièrement difficile. Il falloit qu'ils combattissent avec acharnement les principes libéraux de la révolution; mais qu'ils en respectassent tous les intérêts, de façon que la

liberté fût anéantie, mais que les titres, les biens et les emplois des révolutionnaires fussent consacrés. Bonaparte disoit un jour, en parlant de J.-J. Rousseau : C'est pourtant lui quia été la cause de la révolution. Au reste, je ne dois pas m'en plaindre, carfj ai attrapé le trône. C'étoit ce langage qui devoit servir de texte aux écrivains, pour saper sans relâche les lois constitutionnelles, etles droits imprescriptibles sur lesquels ces lois sont fondées, mais pour exalter le conquérant despote que les orages de la révolution avoient produit, et qui les avoit calmés. S'agissoit-il de la religion, Bonaparte faisoit mettre sérieusement dans ses proclamations, que les François doivent se défier des Anglois, parce qu'ils étoient des hérétiques; mais vouloit-il justifier les persécutions que subissoit le plus vénérable et le plus modéré des chefs de l'église, le pape Pie VII, il l'accusoit de fanatisme. La consigne étoit de dénoncer, comme partisan de l'anarchie, quiconque émettoit une opinion philosophique en aucun genre: mais si quelqu'un, parmi les nobles, sembloit insinuer que les anciens princes s'entendoient mieux que les nouveaux à la dignité des cours, on ne manquoit pas de le signaler comme un conspirateur. Enfin, il falloit

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