Pagina-afbeeldingen
PDF
ePub

divers grades, auxquels toutes les classes de la nation pouvoient participer, rendoient la conscription moins pénible aux habitans de la campagne. L'intérêt continuel des victoires tenoit lieu de tous les autres; l'ambition étoit le principe actif du gouvernement dans ses moindres ramifications : titres, argent, puissance, Bonaparte donnoit tout aux François à la place de la liberté. Mais, pour être en état de leur dispenser ces dédommagemens funestes, il ne falloit pas moins que l'Europe à dévorer. Si Napoléon eût été ce qu'on pourroit appeler un tyran raisonnable, il n'auroit pu lutter contre l'activité des François, qui demandoit un but. C'étoit un homme condamné, par sa destinée, aux vertus de Washington ou aux conquêtes d'Attila; mais il étoit plus facile d'atteindre les confins du monde civilisé, que d'arrêter les progrès de la raison humaine, et bientôt l'opinion de la France auroit accompli ce que les armes des alliés ont opéré.

Maintenant ce n'est plus lui qui seul occupera l'histoire dont nous voulons esquisser le tableau, et notre malheureuse France va de nouveau reparoître , après quinze ans pendant lesquels on n'avoit entendu parler que de l'empereur et de son armée. Quels revers nous

avons à décrire! Quels maux nous avons à redouter! Il nous faudra demander compte encore une fois à Bonaparte de la France, puisque ce pays, trop confiant et trop guerrier, s'est encore une fois remis à lui de son sort.

Dans les diverses observations que je viens de rassembler sur Bonaparte , je n'ai point approché de sa vie privée que j'ignore , et qui ne concerne pas les intérêts de la France. Je n'ai pas dit un fait douteux sur son histoire; car les calomnies qu'on lui a prodiguées me semblent plus viles encore que les adulations dont il fut l'objet. Je me flatte de l'avoir jugé comme tous les hommes publics doivent l'être, d'après ce qu'ils ont fait pour la prospérité, les lumières et la morale des nations. Les persécutions que Bonaparte m'a fait éprouver n'ont pas, je puis l'attester, exercé d'influence sur mon opinion. Il m'a fallu plutôt, au contraire, résister à l'espèce d'ébranlement que produisent sur l'imagination un génie extraordinaire et une destinée redoutable. Je me serois même assez volontiers laissé séduire par la satisfaction que trouvent les âmes fières à défendre un homme malheureux, et par le plaisir de se placer ainsi plus en contraste avec ces écrivains et ces orateurs qui, prosternés hier devant lui, 42o CONSIDÉRATIONS SUR LA RÉVOL., etc.

ne cessent de l'injurier à présent, en se faisant bien rendre compte, j'imagine, de la hauteur des rochers qui le renferment. Mais on ne peut se taire sur Bonaparte, lors même qu'il est malheureux, parce que sa doctrine politique règne encore dans l'esprit de ses ennemis comme de ses partisans. Car, de tout l'héritage de sa terrible puissance, il ne reste au genre humain que la connoissance funeste de quelques secrets de plus dans l'art de la tyrannie.

FIN DU TOME SECOND.

Chap. XVII. De l'armée françoise pendant la

terreur ; des fédéralistes et de la Vendée. . 127

Chap. XVIII. De la situation des amis de la
liberté hors de France pendant le règne

de la terreur

Chap. XIX. Chute de Robespierre, et change-
ment de système dans le gouvernement. . 1^9

Chap. XX. De l'état des esprits au moment où
la république directoriale s'est établie en
France l$

Chap. XXI. Des vingt mois pendant lesquels
la république a existé en France , depuis
le mois de novembre 1795 jusqu'au 18
fructidor ( 4 septembre 1797 ) "9

Chap. XXII. Deux prédictions singulières tirées

de l'Histoire delà révolution par M. Necker. 107 ,

Chap. XXIII. De l'armée d'Italie 173

Chap. XXIV. De l'introduction du gouver-

nement militaire en France , par la jour-

née du 18 fructidor 177

Chap. XXV. Anecdotes particulières ^

Chap. XXVI. Traité de Campo - Formio en

« VorigeDoorgaan »