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INTRODUCTION.

DÉFINITION DE LA LITTÉRATURE BRÉSILIENNE.
PÉRIODES RÉSULTANT DE CETTE DÉFINITION.

CONSULTÉS.

DIVISION EN OUVRAGES

C'est à bon droit qu'on peut parler maintenant d'une littérature brésilienne. Les premiers éléments littéraires cependant ont été apportés au Brésil par les conquérants portugais. Les colons, leurs successeurs, restés en relation avec la métropole et se servant de sa langue, continuèrent à les cultiver. Ils ont enfin été développés avec une indépendance toujours plus grande par les Brésiliens natifs d'origine portugaise, à mesure qu'ils s'émancipaient euxmêmes davantage de la mère-patrie ').

Les indigènes en effet n'ont jamais eu de culture littéraire proprement dite. C'est tout au plus si par certains poèmes à la fois épiques et lyriques, par des hymnes religieux ou guerriers, soit enfin par de simples mélodies destinées à régler leurs danses, ils ont donné carrière à leurs instincts poétiques et musicaux. Telles doivent être les seules productions que présentent les dialectes indigènes.

Ce n'est qu'indirectement que ces habitants primitifs du pays, par leurs unions avec les colons, et par les races mêlées (mamelucos et mestizos) qui en sont sorties, ont exercé sur le développement du caractère brésilien et par conséquent sur la littérature de ce peuple une influence, que venait encore augmenter la nature riche et grandiose du pays. C'est ainsi qu'au bout de deux siècles le caractère national des Brésiliens et par conséquent aussi celui de leur littérature différait essentiellement de celui des Portugais.

1) Voyez Varnhagen, Historia geral do Brazil. Rio de J. 1854-57. 4o, vol. II, p. XXV, de la vraie nationalité des Brésiliens.

Cet exposé des éléments qui ont concouru à former la littérature brésilienne, nous conduit tout naturellement à la division en périodes, que nons allons indiquer ').

I période. De la découverte du Brésil jusqu'à la fin du 17me siècle. Les jésuites principalement introduisent la culture littéraire apportée d'Europe; les colons portugais et leurs descendants imitent servilement les modèles portugais et espagnols.

II période. Première moitié du 18me siècle. La culture littéraire s'étend et prend racine; on fonde des sociétés littéraires, mais, malgré quelques velléités d'indépendance, l'imitation pure et simple des modèles portugais persiste encore.

III période. Seconde moitié du 18me siècle. La culture littéraire se répand de plus en plus ainsi que la tendance à s'émanciper de l'influence de la métropole. L'école de Minas - Geráes est

le principal représentant de ce mouvement.

IV période. Du commencement du 19me siècle et surtout de la proclamation de l'indépendance du Brésil (1822) jusqu'à l'émancipation tant politique que littéraire de la mère-patrie et de la domination exclusive du pseudo- classicisme par l'influence des romantiques (1840). La littérature brésilienne prend un caractère national toujours plus prononcé au milieu des orages politiques et de l'influence directe des littératures française et anglaise surtout.

Vme période. De 1840 à aujourd'hui. La monarchie se consolide; le gouvernement et l'empereur lui-même encouragent les lettres et les beaux-arts. La littérature nationale proprement dite se développe de jour en jour davantage par l'ascendant de l'école romantique et des éléments brésiliens.

Malgré l'intérêt qu'offre le spectacle de ce développement et l'importance toujours croissante de la littérature du Brésil pour l'Amérique et pour le monde civilisé, c'est à peine si elle est connue aujourd'hui en Europe. Ferdinand Denis est le seul littérateur européen qui ait ajouté à son résumé de l'histoire littéraire du Portugal un appendice sur la littérature de la grande monarchie américaine (Paris 1826. 12°. p. 513-601), et encore cet ouvrage a-t-il paru à une époque où le développement dont nous avons parlé, ne faisait que commencer. Il ne faut pas s'étonner que les indigènes eux-mêmes n'aient senti le besoin d'écrire l'histoire de leur littéra

') Nous adoptons la division donnée par Norberto de Souza Silva, (Modulaçoens poeticas. Precedidas de um Bosquejo da historia da poesia brasileira. Rio de J. 1841. 8°. p. 21-53) et ne nous en écartons qu'en ce que nous fondons sa 4me et sa 5me période en une seule, la 4m, vu que la déclaration de l'indépendance, quelque importance politique qu'elle ait, ne nous paraît pas en effet avoir eu assez d'influence sur la littérature pour produire autre chose qu'une époque de transition à peine sensible..

ture qu'après avoir eu conscience de leur émancipation intellectuelle, et après avoir produit des oeuvres originales. Il devait en être ainsi et la même chose s'est vue chez tous les peuples. Ce n'est que dans le courant des trente dernières années qu'il a paru au Brésil des ouvrages ayant pour but de rassembler les matériaux de l'histoire littéraire future ou d'essayer de se rendre compte de son développement.

Ainsi déjà en 1831 le chanoine Januario da Cunha Barbosa, poète lui-même, a publié un Parnasse brésilien, dont malheureusement nous ne connaissons que le titre ').

En 1841 Joaquim Norberto de Souza Silva a fait précéder ses Modulaçoens poeticas d'un Bosquejo da historia da poesia Brasileira, qui nous donne à grands traits un tableau fidèle de la littérature brésilienne. C'est à cet ouvrage que nous devons notre division en périodes 2).

En 1843 J. M. Pereira da Silva publia la première partie de son Parnasse brésilien (Parnaso Brasileiro ou Selecção de poesias dos melhores poetas brasileiros, desde o descobrimento do Brasil; precedida de uma Introducção historica e biographica sobre a litteratura brasileira. Rio de J.), qui contient les poètes des 16me, 17me et 18me siècles et une introduction historique. En 1848 la seconde partie renfermant les écrivains du 19me siècle a également vu le jour. Si dans cet ouvrage l'auteur se borne aux notices biographiques les plus élémentaires, son Plutarco Brasileiro 3) (Rio de J. 1847. 2 vol.) nous offre au contraire des biographies critiques et détaillées de plusieurs d'entre les plus grands poètes brésiliens.

1) Voyez J. M. Pereira da Silva, Parnaso brasileiro. Rio de Janeiro 1843. 8°. vol. I. p. V.; D. J. G. de Magalhães Poesias. Rio de J. 1832. 8°. p. II.; Varnhagen o. c. vol. I. p. 16.

2) Ce même écrivain nous a promis une oeuvre plus considérable, une histoire de la littérature du Brésil, dont ils n'a malheureusement paru jusqu'ici que des fragments publiés dans la Revista do Instituto historico e geographico Brasileiro, XVIII. p. 29 et suiv.; XIX. supplém. p. 83; et dans la Revista popular, IX. (1861). M. de Magalhães n'a pas non plus exécuté son projet d'écrire une histoire de la littérature brésilienne, ce qui fait que nous le regrettons moins, c'est qu'il aime plutôt à créer qu'à critiquer: il n'écrit pas l'histoire, il la fait. Il avait en effet publié dans une revue (Nitheroy, Revista Brasiliense I. p. 132-159), qu'il rédigeait en 1836 à Paris avec quelques-uns de ses amis un article intitulé Ensaio sobre a Historia da litteratura do Brasil, qui ne contient que l'introduction de son grand ouvrage, mais qui est écrit si spirituellement et avec tant d'éloquence, qu'on ne peut s'empêcher de déplorer que le livre en soit resté à l'état de fragment. Il voulait diviser son histoire littéraire en deux périodes séparées par l'année 1808. Quelque bien fondée que soit cette division, nous avons cru devoir adopter les subdivisions de Norberto, comme favorisant davantage une vue d'ensemble et faisant mieux ressortir les phases du développement littéraire du Brésil.

3) Une seconde édition revue et augmentée a paru en 1858 à Paris sous le titre de: Os varões illustres do Brasil durante os tempos coloniáes.

Le livre de M. F. A. de Varnhagen intitulé: Florilegio da poesia brazileira ou Collecção das mais notaveis composições dos poetas brazileiros falecidos, contendo as biographias de muitos delles, tudo precedido de um Ensaio historico sobre as lettras no Brazil, vol. 1 et 2. Lisbonne 1850, vol. 3. Madrid 1853. 16°. est encore plus important. Le savant auteur de cet ouvrage ne s'est pas contenté d'y publier pour la première fois un grand nombre de morceaux inédits et puisés à des sources très-rares; il y décèle son origine allemande par l'exactitude et la profondeur que nous voyons percer partout dans l'introduction historique mise en tête du premier volume. C'est cette dernière partie de l'ouvrage qui nous a surtout servi de modèle pour les quatre premières périodes.

Nous avons aussi pris conseil des anthologies suivantes:

Parnaso lusitano, ou poesias selectas dos auctores portuguezes antigos e modernos, précédé d'un Bosquejo da historia da poesia e ling. portug. par le célèbre Almeida Garrett. Paris 1826. 5 v. 32°.

Grinalda de flores poeticas. Selecção de producções modernas dos melhores poetas brasileiros e portuguezes etc. Rio de J. 1854. 8°. Nous avons trouvé en outre un certain nombre de notices biographiques et critiques dans la Revista trimensal '), collection d'une haute importance pour l'histoire, la géographie et l'ethnographie du Brésil. — Puis dans l'Ensaio biographico-critico sobre os melhores poetas portuguezes par José Maria da Costa e Silva 2), auteur de la charmante poésie intitulée: O passeio, la promenade; dans les Memorias de litteratura contemporanea publiés par A. P. Lopes de Mendonça (Lisbonne 1855. 8°.) et dans le Diccionario bibliographico portuguez, estudos de Innocencio Francisco da Silva applicaveis á Portugal e ao Brasil. Lisbonne, 1858-60. 8°. Cinq volumes ont paru 3).

1) Revista trimensal do Instituto historico e geographico do Brasil. Rio de J. 1839-59. 22 voll. 8°.

2) Lisbonne 1850-56. 10 voll. 8°.

3) Une notice de la Revista do Instituto (XX. suppl. p. 80) nous apprend que François Meneses a laissé en manuscrit et incomplet un ouvrage intitulé: Os quadros da litteratura brasileira.

Pour la bibliographie il est fait mention dans le dictionnaire de Silva, cité plus haut (II. p. 51-54), d'un livre dont voici le titre: Catalogo dos livros do Gabinete portug. de leitura do Rio de Janeiro. Rio de J. 1858. 8°. Ce cabinet contient 15 à 16 mille ouvrages manuscrits ou imprimés et presque tous portugais ou brésiliens.

Ajoutons enfin que nous avons eu connaissance des titres des Origines de la poesia da terra de Cabral par Antoine da Silva de Pinheiro (Bahia 1854. 8°.), et du Discurso sobre a poesia em geral, e em particular no Brasil par le chanoine Fernandes Pinheiro, supplément de la traduction de Job, par José Eloy Ottoni, Rio de J. 1852, p. I — XXXIX.

PREMIÈRE PÉRIODE.

DE LA DÉCOUVERTE DU BRÉSIL JUSQU'A LA FIN DU 17ME SIÈCLE.

CHAPITRE I.

LES JÉSUITES SURTOUT INTRODUISENT LA CULTURE LITTÉRAIRE. PREMIERS ESSAIS EN LATIN ET EN PORTUGAIS D'APRÈS DES MODÈLES PORTUGAIS ET ESPAGNOLS. BENTO TEIXEIRA PINTO, LE PLUS ANCIEN POÈTE BRÉSILIEN.

L'histoire du développement de la civilisation et de la littérature du Brésil et de toute l'Amérique a une certaine analogie avec celle de l'Europe moderne. Dans ces deux continents il a été produit par les mêmes causes, mais en sens inverse. En Amérique il est bien sorti du contact d'une civilisation antérieure et de peuples à demi-sauvages, mais ce furent les conquérants qui apportèrent la civilisation, tandis que les indigènes, presque tous barbares (à l'exception des Mexicains et des Péruviens), ne participèrent à la culture qui suivit qu'en se mêlant à leurs oppresseurs. C'est pourquoi la civilisation américaine est beaucoup moins naturelle et moins originale. Les conquérants en effet, luttant sans cesse contre la nature, les maladies et les sauvages aborigènes, eurent beaucoup de peine eux-mêmes à ne pas devenir barbares, et ne purent conserver leur culture intellectuelle que par une liaison intime avec la mère-patrie, qui se chargeait en outre de combler les vides que la guerre, le climat ou la maladie avaient creusés dans leurs rangs. D'un autre côté les tribus indiennes n'étaient pas susceptibles de culture comme les nations germaniques qui envahirent l'empire romain; elles n'avaient pas comme celles-ci un génie capable de remonter le courant d'une civilisation plus ancienne et de lui communiquer un nouvel élément.

Les tribus indiennes du Brésil avaient à la vérité, comme dit M. de Varnhagen, une espèce de poésie destinée à servir de texte à leurs chants. Ce même auteur la décrit de la manière suivante: Leurs poètes (il parle des Tupinambás), estimés de leurs ennemis même, n'étaient autre chose que les chanteurs en personne, doués

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