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Dans la dernière phrase il fait évidemment allusion aux productions des frères Mattos, de Bernardo Vieiro Ravasco et d'autres poètes brésiliens plus importants que lui.

Ses poésies en langue portugaise ne trahissent pas une imagination très-vive, et ont tous les défauts des imitations de modèles maniérés eux-mêmes, dont elles exagèrent encore les défectuosités sans pouvoir atteindre aux productions d'un génie comme celui de Góngora, quels que soient d'ailleurs ses errements. Elles portent l'empreinte indélébile de la recherche; partout on y sent le travail, le manque d'inspiration et une versification trop correcte pour n'être pas le fruit de longues et pénibles études; mais en revanche elles se distinguent par une habilité technique si grande et un langage si choisi, que l'Académie de Lisbonne les range au nombre des ouvrages classiques '). Ce qui en outre leur a assuré une place honorable dans l'histoire de la littérature brésilienne, c'est le profond sentiment national qu'on y respire, et leur couleur locale 2). Une des meilleures poésies de notre poète est la Sylva: A ilha da Maré, description un peu longue et souvent trop prosaïque de l'île de Maré, près de Bahia, mais à laquelle pourtant les passages relatifs aux beautés de la nature des tropiques ont prêté une couleur à la fois poétique et locale, qu'on ne peut s'empêcher d'admirer 3).

Parmi ses poésies écrites en espagnol, les plus remarquables sont les deux comédies formant un supplément intitulé Descante comico. Elles ont pour titre: Hay amigo para amigo (publiée aussi sans nom d'auteur dans les Comedias famosas) et Amor, engaños y zelos. Ces deux pièces, qui n'ont probablement jamais dû être représentées, ne trahissent aucun talent dramatique: le dialogue est verbeux, l'exposition trop lente, les nombreuses expectorations lyriques ne servent qu'à voiler le manque d'action. Elles ne sont remarquables que comme premiers essais d'introduction de la comédie espagnole au Brésil ).

1) A Academia Real das Sciencias de Lisboa declarou classica, e texto de lingua a parte portugueza destas poesias, e isto já não abona pouco o merecimento dellas." (Da Costa e Silva, ouvr. c. p. 70.)

2) Outro merito e não pequeno de Manoel Botelho de Oliveira, attento o tempo em que escreveo, é certa porção de colorido americano, que tanto se faz desejar na maior parte dos poetas brazileiros, aindo os de maior esphera." „Tambem não e para mim pequeno titulo de gloria o ser elle o primeiro poeta do Brazil, que não se envergonhou de ser tido por americano, pois apresenta nas suas composições alguns rasgos de colorido local. Posto que educado na Europa, longe de despresar a terra do seu nascimento mostra por ella um enthusiasmo as vezes excessivo, mas que muito honra os sentimentos do seu coração." (Da Costa e Silva, p. 70 et 83.)

3) Voyez II. No 11.

4) Voyez sur Manoel Botelho de Oliveira, Varnhagen, ouvr. cité, I. p. XXVI

Un des compatriotes d'Oliveira, José Borges de Barros, connu surtout comme canoniste et comme orateur sacré (vicairegénéral de Coïmbre et d'Evora, né à Bahia en 1657, mort à Estremoz en 1719) s'est aussi essayé comme auteur dramatique. Une seule de ses comédies: A constancia com triumpho est parvenue jusqu'à nous ').

Quant aux autres poètes brésiliens de cette période nous ne connaissons guère que les noms des suivants: João Alvares Soares, né à Bahia en 1676, connu comme auteur du Progymnasma litterario; Diego Grasson Tinoco, qui doit avoir publié en 1689 une poésie intitulée: O descobrimento das esmeraldas, dont nous ne possédons plus que quelques strophes, citées par Claudio Manoel dans les notes de son poème de Villa Rica; D. Joanna Rita de Souza, dame de Fernambouc, etc. 2).

— XXVIII, 131-140 et III. p. 243–245. - 83.

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I. M. da Costa e Silva, X. p. 67

1) Voyez Revista do Inst. VII. p. 557-558 (suivant Barboza Machado) et Varnhagen, p. XXVI.

2) V. Pereira da Silva, Os var. ill. II. p. 318 et Varnhagen, p. XXVI et XXXI.

SECONDE PÉRIODE.

PREMIÈRE MOITIÉ DU 18 ME SIÈCLE.

CHAPITRE III.

L'IMPORTANCE DE LA COLONIE S'ACCROÎT DE JOUR EN JOUR. BAHIA SURTOUT, DEVENUE LA RÉSIDENCE D'UN VICE-ROI, VOIT LA CULTURE DES LETTRES SE RÉPANDRE DE PLUS EN PLUS ET DE NOMBREUSES SOCIÉTÉS LITTÉRAIRES SE FORMER. CARACTÈRE PANÉGYRISTE DE LA POÉSIE. JOÃO BRITO DE LIMA, MANOEL DE SANTA MARIA ET AUTRES POÈTES CONTEMPORAINS.

ROCHA PITTA.

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SEBASTIAN DA

Le gouvernement général de Bahia et sa capitale la ville du Sauveur (Salvador) sur la baie de tous les Saints (Bahia de todos los Santos) avaient déjà été pendant le 17me siècle le centre de la civilisation brésilienne, et c'est de leurs seins qu'étaient sorties les notabilités littéraires du temps.

Depuis le commencement du 18me siècle, surtout après l'avènement du roi Jean V de Portugal (1706-1750); depuis surtout que le gouvernement général de Bahia fut devenu une vice- royauté (1720 -1760), son importance n'avait fait qu'augmenter avec sa richesse.

„Bahia," dit M. de Varnhagen, était alors un pays comblé de tous les dons du Ciel. Sa population vivait dans l'abondance, et jouissant d'une tranquilité complète, ne pensait qu'à se divertir. Pas de fête de saint populaire, pas de naissance ou de mariage d'un membre de la famille royale, qui ne fût fêté avec pompe et chanté ensuite. Manquait-on d'occasions, les vice-rois et leurs familles étaient eux-mêmes l'objet de panégyriques de toute espèce, surtout d'épithalames et de poèmes généthliaques."

Comme partout la culture littéraire et surtout la poésie grandit au Brésil dans le sein du bien-être et d'une cour luxueuse, et cela d'autant plus, que les chefs du gouvernement prisaient le luxe intellectuel et cherchaient à le favoriser en réunissant ceux qui s'y intéressaient. Il en fut surtout ainsi sous le vice- roi Vasco Fernandes Cezar de Menezes, qui fonda à Bahia en 1724 la première

société littéraire sous le nom d'Academia Brazilica dos Esquecidos ').

Cet état de choses imprima naturellement aux productions poétiques un caractère spécial, celui de poésies de circonstance purement panégyriques, de même que la science prenait des allures académiques. Cela fut d'autant plus le cas que la poésie brésilienne, plus encore que la portugaise, n'a pas de racines dans le peuple, et que l'imitation de modèles espagnols et portugais ne permettait pas l'essor du génie national.

Parmi les poètes de circonstance de cette époque, citons d'abord Brito de Lima et Gonzalo Soares da Franca, tous deux membres de l'Académie dos Esquecidos.

João Brito de Lima, naquit le 22 octobre 1671 à Bahia, où il passa toute sa vie comme capitaine de la milice et membre du conseil communal. Il mourut pauvre à l'âge de 71 ans dans l'année 1742 2).

Sa jeunesse fut contemporaine des meilleurs temps des Mattos et des Vieira, avec qui il était lié et dont la gloire l'a probablement encouragé à se faire un nom dans les lettres.

Cette impulsion purement extérieure, sans qu'un véritable talent y répondît, lui donna une grande habilité de versification, mais ne lui permit de choisir comme sujets que les fêtes de la cour qui se présentaient souvent. Il règne donc dans ses poésies une imitation

1) Voyez sur cette académie et une autre semblable (dos Felizes) fondée en 1736 à Rio de J. la Revista do Inst. I. p. 80-82 et Varnhagen, o. c. I. p. XXXIV - XXXV. Ce dernier croit que le nom de dos Esquecidos (des oubliés) vient de ce que les membres furent oubliés par l'Academia da Historia, fondée en 1720 à Lisbonne. Quoique les écrits de notre académie aient été brûlés avec le vaisseau qui les portait à Lisbonne, Varnhagen affirme pourtant en avoir vu quelques-uns dans la bibliothèque du couvent d'Alcobaça; il les cite, mais les déclare assez insignifiants.

2) Dans son poema panegyrico du Dezembargador Ignacio Dias Madeira (Lisbonne 1742), qu'il composa à un âge avancé, il déplore son sort dans les strophes suivantes que nous citons parce qu'elles sont inspirées par un sentiment vrai. Nous lisons chant II. p. 20:

-

As más correspondencias que experimento,
Da contraria fortuna a feroz ira,

A longa idade e queixas tão atrozes
Tem trocado em lamento as doces vozes.
Sendo certo que dando nos meus versos
A muitos os louvores tão baratos
Encontré sempre naturaes adversos,
E tropecé com animos ingratos.
Effeitos da fortuna são diversos

Que aos meritos se mostram menos gratos,
E creio nasce por influxo forte
Mais que de gratidão, da minha sorte.

servile du style à la mode alors. Celles qui ont été imprimées de 1718 à 1742 se composent en grande partie de panégyriques, puis d'une élégie (poema elegiaco) sur la mort du fils aîné du comte de Villaverde, d'un poème sur le mariage du prince royal, du panégyrique déjà cité, d'une élégie sur la mort de D. Leonor de Vilhena, etc. Dans toutes ces productions il fait parade de ses connaissances mythologiques; elles sont pauvres d'idées, et le peu qu'on y en trouve, a de la peine à se montrer, enveloppé qu'il est dans les tropes abondantes du style cultéraniste. Les plus grandes sont en octaves, qui se distinguent rarement par leur harmonie, leur structure ou leur élan.

Brito de Lima est en tout cas le plus fécond des poètes de cette période, et c'est probablement ce qui lui a acquis la réputation dont il jouissait auprès de ses contemporains.

Parmi ses productions inédites il faut citer l'épopée: Cezaria en 1300 octaves, dans laquelle il a chanté la race et les actions du vice-roi D. Vasco Fernandes Cezar de Menezes comte de Sabugosa, ce protecteur des lettres ').

On n'a publié de Gonçalo Soares da Franca, né aussi à Bahia, que des pièces de circonstance sur la mort du roi Pedro II; on sait cependant qu'il a laissé manuscrit le commencement d'un poème sur la découverte du Brésil: Brasilia, et a prouvé par le choix de ce sujet national un goût rare à cette époque ').

Les frères Bartholomeu Lourenço et Alexandre de Guzmão sont beaucoup plus célèbres, le premier par son invention du ballon (qui lui valut le surnom de o voador), le second comme diplomate et homme d'État, que comme poètes. Leurs productions paraissent être de purs délassements 3).

Les noms de la plupart des autres poètes du temps se trouvent parmi les collaborateurs de la Relação panegyrica, publiée par le chanoine João Borges de Barros) à l'occasion des obsèques de

1) Voyez sur Brito de Lima Revista do Inst. X. 116-119,

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I. p. 189-198, et I. F. da Silva, Diccionario, III. p. 331-332.

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2) Voyez Barboza Machado, II. p. 406 et IV. p. 152. Les poésies relatives à la mort de Pedro II se composent d'une glosse, de cinq sonnets et de quatorze emblèmes et ont paru à Lisbonne en 1709. La Brasilia avait, dit-on, 1800

octaves et le poète en a lu le premier chant à l'académie dos Esquecidos.

3) Bartholomeu Lourenço de Guzmão, naquit à Santos en 1685 et mourut à Tolède le 18 nov. 1724. Son frère Alexandre, naquit au même endroit en 1695 et expira après une vie très-active à Lisbonne le 31 décembre 1753. Voyez sur ces deux célèbres Brésiliens Pereira da Silva, os var. ill., I. p. 211 257; I. F. da Silva, Diccion., vol. I. p. 33 et p. 232; et sur Alexandre, Da Costa e Silva, IX. p. 37 et suivantes.

*) Voyez sur lui Barboza Machado, ouvr. cité, IV. p. 174–175.

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