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beitéque les Anglais se glorijîoient de bâtir ? Ils n'en ont fait tout juste que ce qu'il falloit pour se rendre à jamais ridicules aux yeux de l'Europe entière. Les Anglois du moins ont appelé de cette prédiction. Au retour de Notre-Dame, le premier consul, se trouvant au milieu de ses généraux, leur dit: N'est-il pas vrai qu'aujourd'hui tout paroissoit rétabli dans l'ancien ordre ? « Oui, M répondit noblement l'un d'entre eux, ex» cepté deux millions de François qui sont » morts pour la liberté , et qu'on ne peut faire » revivre. » D'autres millions ont péri depuis, mais pour le despotisme. On accuse amèrement les François d'être irréligieux; mais l'une des principales causes de ce funeste résultat, c'est que les diflerens partis, depuis vingt-cinq ans, ont toujours voulu diriger la religion vers un but politique, et rien ne dispose moins à la piété que d'employer la religion pour un autre objet qu'elle-même. Plus les sentimens sont beaux par leur nature, plus ils inspirent de répugnance quand l'ambition et l'hypocrisie s'en emparent. Lorsque Bonaparte fut empereur, il nomma le même archevêque d'Aix, dont nous venons de parler, à l'archevêché de Tours; et celui-ci;

dans un de ses mandemens, exhorta la nation à reconnoître Napoléon comme souverain légitime de la France. Le ministre des cultes, se promenant alors avec un de ses amis, lui montra le mandement, et lui dit: « Voyez, » il appelle l'empereur grand, généreux, il» lustre, tout cela est fort bien; mais c'est » légitime qui étoit le mot important dans la » bouche d'un prêtre. » Pendant douze ans, à dater du concordat, les ecclesiastiqnes de tous les rangs n'ont laissé passer aucune occasion de louer Bonaparte à leur manière, c'est-àdire, en l'appelant l'envoyé de Dieu, l'instrument de ses décrets, le représentant de laProvidence sur la terre. Les mêmes prêtres ont depuis prêché sans doute une autre doctrine; maïs comment veut-on qu'un clergé, toujours aux ordres de l'autorité, quelle qu'elle soit, ajoute à l'ascendant de la religion sur les âmes?

Le catéchisme qui a été reçu dans toutes les églises, pendant le règne de Bonaparte , menaçoit des peines éternelles quiconque n'aimeroit pas ou ne défendroit pas la dynastie de Napoléon. Si vous n'aimez pas Napoléon et sa famille, disoit ce catéchisme (qui, à cela près, est celui deBossuet), que vous enarrivera-t-il? Réponse: Alors nous encourrons la damnation eternelle (i). Falloit-il croire, toutefois, que Bonaparte disposeroit de l'enfer dans l'autre monde, parce qu'il en donnoit l'idée dans celui-ci? En vérité, les nations n'ont de piété sincère que dans les pays où la doctrine de l'église n'a point de rapport avec

(i) P. 55. D. Quels sont les devoirs des chrétiens à l'égard des princes qui les gouvernent, et quels sont en particulier nos devoirs envers Napoléon Ier-, notre empereur?

R. Les chrétiens doivent aux princes <jui les^gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon Inr., notre empereur, l'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'empire et de son trône Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu même.

D. N'y a-t-il pas des motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon Ier., notre empereur? R. Oui: car il est celui que Dieu a suscité dans les circonstances difficiles pour rétablir le culte public de la religion sainte de nos pères et pour en être le protecteur. Il a ramené et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active; il défend l'état par son bras puissant; il est devenu l'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du souverain pontife, chef de l'église universelle. D. Que doit-on penserde ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur?

R. Selon l'apôtre saint Paul, ils résisteroient a 1ordre établi de Dieu même, et se rendroient dignes de la damna* tion éternelle.

les dogmes politiques, dans les pays où ies prêtres n'exercent point de pouvoir sur l'état, dans les pays enfin où l'on peut aimer Dieu et la religion chrétienne de toute son âme, sans perdre et surtout sans obtenir aucun avantage terrestre par la manifestation de ce sentiment.

CHAPITRE VIL

Dernier ouvrage de M. Necker sous le consulat de
Bonaparte.

M. Necker eut un entretien avec Bonaparte à son passage en Italie par le mont SaintBernard , peu de temps avant la bataille de Marengo; pendant cette conversation, qui dura deux heures, le premier consul fit à mon père une impression assez agréable par la sorte de confiance avec laquelle il lui parla de ses projets futurs. Ainsi donc aucun ressentiment personnel n'animoit M. Necker contre Bonaparte, quand il publia son livre intitulé: Dernières vues de politique et de finances. La mort du duc d'Enghien n'avoit point encore eu lieu; beaucoup de gens espéroient un grand bien du gouvernement de Bonaparte, et M. Necker étoit sous deux rapports dans sa dépendance, soit parce qu'il vouloit bien désirer que je ne fusse pas bannie de Paris, dontj'aimois beaucoup le séjour; soit parce que son dépôt de deux millions étoit encore entre les mains du gouvernement, c'est-à-dire, du premier consul.

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